"L'actrice et la femme que je suis aujourd'hui, c'est "Doutes"", un nouveau rôle fort pour Muriel Robin dans une fiction sur Arte

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, la comédienne et humoriste, Muriel Robin. Elle est à l’affiche de la fiction "Doutes" diffusée sur Arte ce vendredi 5 novembre.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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Muriel Robin, le 12 septembre 2018, à La Rochelle. (XAVIER LEOTY / AFP)

Humoriste, actrice, réalisatrice, metteuse en scène, Muriel Robin est sortie lauréate du Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris. C'est l'émission La classe sur France 3 qui lui offre une belle rencontre avec le public français. Rapidement, il y a eu la scène avec des One Man Show, des collaborations avec Pierre Palmade, Elie Semoun et enfin, le cinéma avec son premier grand rôle offert par Jean-Marie Poiré dans Les couloirs du temps, Les visiteurs 2 en 1998.

Ce métier de comédienne l'accompagne depuis, avec des rôles qui ne nous laissent pas indifférents, au cinéma, mais aussi à la télé comme : Jacqueline Sauvage : C'était lui ou moi, réalisé par Yves Rénier en 2018. Dès vendredi, elle sera à l'affiche d'une fiction réalisée par François Hanss qui s'intitule : Doutes, diffusée à 20H55 sur Arte.

franceinfo : Dans Doutes, vous incarnez le rôle d'une journaliste de télévision à l'apogée de sa carrière, qui voit sa vie bouleversée par les révélations d'une jeune femme. C'est un huis clos, sous tension, qui offre un regard juste sur l'immense difficulté pour les victimes à se faire entendre et finalement, la facilité avec laquelle les violeurs, les harceleurs se défendent finalement.

Muriel Robin : Oui, mais le projecteur est aussi tourné sur la femme de l'agresseur, qui est un sujet beaucoup moins traité, ces fameux dommages collatéraux. Et tout d'un coup, on peut s'identifier. Si demain, mon mari, mon meilleur ami, est accusé, est-ce que cette personne est encore fréquentable ? Comment je fais puisqu'on n'a jamais la vérité, puisqu'aucun agresseur n'a jamais 'avoué' un viol ? C'est une parole contre une autre, donc la vérité, on l'aura jamais. Et je trouvais cet axe-là très intéressant, on a un film qui ne laisse pas indemne.

L'épisode dure une heure dix, on est dans un format particulier. On est en apnée. Moi, je l'ai vu quatre fois, ça se finit... Je respire et on se réveille le lendemain avec. Il y a quelque chose qui se passe. J'aime bien l'idée d'être utile alors c'est vrai que je vous suggère de le regarder vraiment et d'en parler. C'est aussi ce silence des enfants et des adultes d'ailleurs.

Ce long métrage est inspiré d'une histoire vraie. Elle vous a renvoyé à votre propre histoire. Plein de choses sont remontées, de violences que vous avez vécu enfant et pourtant, vous n'avez rien dit.

A 12 ans, j'ai eu une main d'un curé sur la cuisse, très haut sur la cuisse. Je faisais la même taille qu'aujourd'hui.

A 12 ans, j'avais déjà mes mâchoire carrées, un peu de personnalité donc j'ai pu enlever la main, haut, sur ma cuisse, mais bien sûr en y repensant, je revois les gamines qui avaient mon âge, qui n'avaient pas du tout l'air grandes comme moi, petites filles fragiles qui n'ont certainement pas pu dire : "Non".

Muriel Robin

à franceinfo

Et pourtant, pendant des années, beaucoup de femmes se sont tues.

Et se taisent encore.

Vous-même, vous étiez proche de vos parents et vous ne leur avez rien dit.

On protège, on le sait bien, on ne va pas amener un souci dans la maison. Cette expérience qui n'est pas 'traumatisante' a peut-être eu des répercussions sur ma vie, je ne sais pas combien elles pèsent, je ne le saurai jamais. Je ne crois pas que ce soit pour ça, que je suis aujourd'hui avec une femme. Je ne sais pas combien ça pèse dans mon histoire personnelle. C'est compliqué.

Le courage est un mot que j'emploie beaucoup pour les femmes. Il y a des cadavres à l'intérieur et ce sont des morts intérieures insoutenables. Il y en a trop. Si on avait les chiffres, je pense que l'on serait effaré. Encore en parler, faire ce film est nécessaire pour peut-être que des adultes aujourd'hui se disent : "Oui, ça m'est arrivé, il faut que j'aille le dire quelque part".

Quand vous étiez petite fille, vous avez décidé de travailler sur ce métier de comédienne. Votre rêve était d'incarner des rôles forts comme ceux d'Annie Girardot. On y est, on est dans des rôles forts.

Ce sont les rôles qu'on me propose. Si on me voit dans ces rôles-là et pas dans d'autres, c'est que, en 30 ans, on ne m'a pas proposé de rôles ni durs ni drôles. Si je me retrouve avec ces rôles, c'est qu'on pense que je vais pouvoir les incarner. Je suis contente de Doutes parce que si je devais arriver dans ce métier aujourd'hui, ma carte de visite, c'est Doutes. Je le dis parce que j'ai l'image forte de cette fille du One Man Show, qui a une mâchoire carrée, les cheveux courts. J'ai bougé, j'ai beaucoup changé, j'ai beaucoup travaillé sur moi et si je devais choisir l'une des deux cartes pour "me vendre", elle est là cette fille du One Man Show. D'ailleurs, je repars en tournée en début d'année, mais je m'en amuse, je vais la chercher. Mais l'actrice et la femme que je suis aujourd'hui, c'est Doutes.

Est-ce que ça veut dire que par moments, vous doutez encore ?

Oui. Je n'ai rien fait au cinéma. J'ai la carte de l'humour, je peux dire, voilà ce que je sais faire donc si vous avez envie, franchement, moi, ça me plairait. Je pense au public aussi, qui ne m'a jamais vu au cinéma donc, je ne suis pas usée comme comédienne. Finalement, je peux faire du cinéma, je n'en ai pas fait, j'ai 66 ans, c'est génial. En fait, qui est la plus enviable ? Isabelle Huppert ou Moi ? Celle qui a tourné avec tous les réalisateurs avec lesquels on aurait envie de tourner ou l'actrice qui est toute neuve au cinéma. C'est pas mal, finalement !

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