Keren Ann revisite dix de ses chansons avec le Quatuor Debussy

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’auteure, compositrice et musicienne, Keren Ann. Elle est de retour avec : Keren Ann and Quatuor Debussy, un disque et une tournée

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
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La chanteuse Keren Ann, lors des Francofolies en 2015. (XAVIER LEOTY / AFP)

Chanteuse, songwriter, auteure, réalisatrice, guitariste, Keren Ann a notamment co-écrit, avec Benjamin Biolay, la chanson : Jardin d'hiver, devenue indissociable d'Henri Salvador, ainsi que de son album, Chambre avec vue. Depuis 2000, sa carrière solo a été saluée à chaque sortie d'album par le public et la critique, soit huit albums. Aujourd'hui, elle est de retour avec : Keren Ann and Quatuor Debussy, un disque et une tournée.

franceinfo : À l'intérieur de ce disque, la bande son de votre parcours musical, revisité, soit vingt ans de carrière en dix morceaux. Il est vraiment tout ce qui vous définit. Vous êtes une citoyenne du monde, musicienne, même de musiques de films. Quand on dit : "Keren Ann", on a l'impression qu'il n'y a pas de frontières, même dans votre travail.

Keren Ann : Vous avez raison. Ce n'est pas parce que je ne savais pas où me situer, c'est parce que tout ça se situe ensemble pour moi. Certes, l'écriture de chansons, c'est une satisfaction immense, c'est quelque chose que j'aime. J'aime cette architecture. J'aime raconter avec une progression harmonique. J'aime l'équilibre entre les rimes, les notes, les couplets, les refrains et les arrangements, le son. Je trouve que tout ça crée aussi quelque chose, c'est-à-dire que cette forme physique me plaît beaucoup.

Mais c'est vrai que pour moi, elle est aussi liée à plein d'autres aventures comme la musique de film ou l'opéra, le théâtre, la danse contemporaine. Travailler avec des chorégraphes, c'est quelque chose qui m'a fait énormément avancer dans la musique. Travailler avec des gens qui s'expriment avec le mouvement, avec ce langage corporel, m'a fait comprendre beaucoup de choses aussi par rapport à ma manière de composer et donc, j'ai besoin de tous ces projets justement pour ensuite continuer, soit à écrire des chansons, soit à les emmener ailleurs.

Vous avez commencé la musique très tôt. Quel est le point de départ ?

C'était une guitare à l'âge de 9 ans. Il me fallait un instrument avec lequel je pouvais commencer, peut-être, à écrire des chansons. J'étais assez obsédée par le son, j'avoue. Ça m'a toujours fasciné d'écouter un album et de dissocier les éléments, de me dire que chaque instrument, d'une manière intuitive ou d'une manière écrite, retrouve sa place dans l'interaction entre les instruments. Et puis, ils entourent une voix. Je voulais élargir ça, je voulais avoir plus d'instruments, plus de matières, plus de textures. C'est ce qui m'a permis par la suite de travailler avec des orchestres. Il n'y a pas de fin aux possibilités, surtout avec un quatuor, d'ailleurs.

Quand on écoute La biographie de Luka Philipsen, votre premier album, vous aviez une voix beaucoup plus feutrée, beaucoup plus "cachée". Quelle place occupe-t-elle aujourd'hui dans votre vie ?

A mes débuts, il fallait que les chansons racontent et que la voix soit juste un grain qui donne le caractère aux chansons.

Karen Ann

franceinfo

Déjà, elle est beaucoup plus assumée. C'est marrant parce qu'à l'époque, c'est vrai que je n'osais pas trop raconter avec la voix alors que sur scène, je racontais avec une grande voix. Tout le monde me disait : "Comment ça se fait que sur les albums, vous chantez d'une manière si discrète et intime alors que sur scène, vous exprimez ?" Je répondais toujours que sur scène, il y a tellement de gens pour qui chanter, la salle est grande, la pièce est haute de plafond, il faut que je remplisse alors que quand je suis chez moi et que j'enregistre la voix, c'est une toute petite pièce. Pour moi, cette manière de faire était honnête, il fallait trouver le bon équilibre.

Vous qui êtes plutôt réservée, au départ, comment avez-vous vécu cette explosion avec le fameux Jardin d'hiver, qu'on retrouve d'ailleurs dans cet album ? Ça a été un maillon très fort de votre parcours et on a l'impression que ça a été un tourbillon très dur à assumer, à vivre pour vous.

Au contraire. J'avais adoré. J'étais tellement contente que cette chanson ait du succès et qu'elle commence à être écoutée, traduite. Le fait qu'elle ait sa vie, ça m'a permis de passer à autre chose. C'est toujours très satisfaisant quand une chanson a un parcours fort et de se dire que c'est devenu un classique. Non, j'étais très contente et je le suis toujours !

Vous en gardez quoi de cette belle collaboration avec Henri Salvador ?

Beaucoup d'humour, d'humour noir parce qu'il n'arrêtait pas de se moquer de plein de choses et d'avoir des choses avec une tendresse incroyable. J'en garde un très bon souvenir.

L'illusionniste est la chanson qui ouvre ce nouvel album avec ce Quatuor Debussy. C'est une déclaration d'intention, une profession de foi, on ne peut pas appeler ça autrement. À l'intérieur de cette chanson, on entend : "Je ne suis pas un clown triste". C'est un beau clin d'œil sur ce que vous pensez aujourd'hui pouvoir accomplir et sur votre évolution.

On peut raconter la beauté, l'accepter, bien la vivre et la rendre lumineuse avec les mots.

Keren Ann

à franceinfo

Je pense que je n'ai jamais été un clown triste. J'ai toujours été quelqu'un dans la vie qui était plutôt joyeux et je le suis toujours parce que je pense que dans l'observation, on cherche le beau, on cherche le bon. Il y a d'autres matières chez moi où on cherche le tordu, le malaise, comme dans l'opéra.

J'arrive à exprimer toute forme d'émotion, mais c'est vrai que dans la chanson, dans la narration, peut-être parce que c'est à la première personne, j'ai besoin d'une certaine honnêteté. Ce ne sont pas toujours mes histoires, c'est souvent emprunté, mais après, il faut que je sache de quoi je parle et donc toute la beauté ne se raconte pas qu'avec le sourire.

Keren Ann et le Quatuor Debussy seront en tournée dès le 20 mars à Montbéliard, le 25 mars à Grasse, à la comète scène nationale de Châlons-en-Champagne le 30 mars et bien d'autres villes.

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