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Cinéma : "Il y a eu des moments où j'avais l'impression d'être prisonnier de Jean-Claude Dusse", confie Michel Blanc à l'affiche de "Les Cadors"

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, le comédien et réalisateur, Michel Blanc. Ce mercredi 11 janvier 2023, il est à l'affiche du film "Les cadors", de Julien Guetta, avec Jean-Paul Rouve.
Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 272 min
L'acteur et réalisateur Michel Blanc en mars 2021, à Paris. (THOMAS SAMSON / POOL)

Michel Blanc est ce qu'on appelle un "touche-à-tout". Tour à tour acteur, réalisateur, scénariste, et dialoguiste, c'est dans et avec la troupe du Splendid que le public l'a découvert dans un registre comique avant de s'imposer dans des performances dramatiques comme dans le film L'exercice de l'État pour lequel il a décroché le César du meilleur acteur dans un second rôle en 2012. On pense aussi au film Tenue de soirée de Bertrand Blier, en 1986, un incontournable de sa personnalité. Dans sa carrière, il a été nommé quatre fois aux César du meilleur acteur, mais il est avant tout un réalisateur. On pense évidemment à Marche à l'ombre (1984), à Embrassez qui vous voudrez (2002). Ce mercredi 11 janvier 2023, il est à l'affiche du film de Julien Guetta Les cadors avec Jean-Paul Rouve et Julien Guetta.

franceinfo : Les cadors, c'est l'histoire de deux frères que tout semble opposer. D'un côté, Antoine est le plus jeune, il est marié et père de deux enfants. De l'autre, il y a Christian, célibataire endurci, chômeur et bagarreur. Vous, vous incarnez leur oncle, un chef très mafieux, qui détourne et qui se livre à certains trafics. Vous aimez jouer ce genre de rôle ?

Michel Blanc : Non, c'est la première fois. Mais justement, c'est ça qui m'a attiré ! J'adore les premières fois. Quand un rôle est nouveau, quand je ne l'ai jamais joué et qu'en même temps, il me fait un peu peur parce que je ne suis pas sûr d'y arriver, parce que c'est une spécificité que je n'ai jamais abordée, c'est une raison de plus de dire oui.

Ce film, c'est aussi d'abord la famille. Vous êtes issu d'une famille modeste et fier de l'être. Vous avez été choyé par vos parents. Vous gardez quoi d'eux ?

J'avoue qu'avec mon père, on n'a jamais été en phase. Mais il se serait foutu sous le métro pour moi. Et c'est avec ma mère que j'avais le plus de connections.

Michel Blanc

à franceinfo

C'était une femme, évidemment, que j'aimais comme on aime sa mère, mais je ne le formulais pas, contrairement aux générations ultérieures ou aux films américains. On ne se disait pas "Je t'aime". Personne ne m'a dit "Je t'aime" dans ma famille, ni ma mère, ni mon père. Il y avait un côté très pudique dans les rapports.

Quel a été le point de départ ?  

J'ai dit très vite à mes parents : je veux être acteur. Et donc ma mère m'a dit tout de suite : "Mais on n'a pas de relation. Pour faire acteur, il faut en avoir". J'ai dit : bon, eh bien, je serai ingénieur-électronicien. Alors, j'ai fait des études. Le départ, c'est quand je suis rentré au lycée en section maths, il y avait un professeur de Lettres qui nous faisait jouer des pièces de Molière. Et je me rappelle très bien la première fois, en début d'année. C'étaient Les Précieuses ridicules et il a demandé qui voudrait jouer. Et j'étais maladivement timide et j'ai senti ma main s'élever presque à l'insu de mon plein gré, comme on dit. Et donc je suis monté, il m'a donné le texte, je tremblais et j'ai commencé à le jouer en lisant. Et d'un seul coup, moi, étant timide et très inhibé par rapport aux autres, j'ai réalisé qu'il n'y avait que là que j'étais bien donc qu'il fallait que je fasse ça.

L'équipe du Splendid a-t-elle joué ce rôle de famille de cœur ?

C'est différent. J'ai rencontré Gérard Jugnot en premier. On était en classe ensemble. Et puis Jugnot connaissait Thierry Lhermitte et Christian Clavier qui étaient dans la même classe. Eux, connaissaient Marie-Anne Chazel. Et donc on a fait très tôt des petits spectacles ensemble au lycée.

Est-ce que le fait de monter sur scène, justement, vous a permis de vous construire, de sortir de cette timidité ?

Oui. Totalement. Cette espèce de constatation en étant sur scène devant un public, que là, j'étais bien, m'a sorti de mes névroses initiales. Pas toutes, rassurez-vous ! Il y en a encore quelques-unes et un bon paquet que j'utilise pour jouer.

Ce métier, effectivement, est l'essentiel de mon évolution.

Michel Blanc

à franceinfo

Comment avez-vous vécu cette notoriété ?

Il y a eu des moments où j'avais l'impression d'être prisonnier de Jean-Claude Dusse. Alors ça, ça m'embêtait parce que j'avais envie de jouer d'autres trucs.

Ça a été dur de sortir de ce rôle ?

Ça n'a pas été dur. Ça ne dépendait pas que de moi. Il fallait qu'on me propose d'autres rôles et c'est ce qui s'est passé. Alors, quand j'ai écrit moi-même d'autres films, j'ai écrit des personnages qui étaient très proches de Jean-Claude. Mais je n'en suis sorti vraiment que grâce à Blier, grâce à Tenue de soirée où, d'un seul coup, j'ai eu un prix à Cannes. On change de registre d'un seul coup, et je me souviens de la réplique de mon boucher : "Mais, en fait, au fond, vous êtes un acteur !"

Etes-vous heureux de ce parcours ?

Oui, j'ai eu beaucoup de chance. C'est incroyable même le fait que Bertrand Blier m'appelle, que Téchiné m'appelle ! Le fait de rencontrer Jugnot en classe, avec qui, le premier jour, on a commencé à faire marrer la salle. Et où le prof à la fin de cours, nous a dit "Blanc et Jugnot, plus jamais ensemble". C'est le premier jour où on se rencontrait. C'est quand même un peu un coup de chance. Et le fait que j'aille au lycée Pasteur. J'étais très bon élève, alors ma mère n'a pas lâché le morceau. Elle a présenté ma candidature au lycée, j'ai été admis... Finalement, c'est grâce à cela que j'ai fait cette carrière. C'est parce que ma mère m'a envoyé au lycée Pasteur. Je ne sais pas ce qui se serait passé sinon. Est-ce que j'aurais eu le courage de me lancer là-dedans ? Je ne sais pas.

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