"Ce qui m'intéresse, c'est de montrer les coulisses", Mathieu Sapin nous embarque dans "Douze voyages présidentiels"

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Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’ auteur et dessinateur de bandes dessinées, Mathieu Sapin. Il publie : "Douze voyages présidentiels" aux éditions Zadig.

Article rédigé par
Elodie Suigo - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Mathieu Sapin dans son atelier à Paris (PHILIPPE WOJAZER / REUTERS)

Mathieu Sapin est auteur et dessinateur de bandes dessinées, classé mi-artiste, mi-reporter. C'est sa série parodique avec le fameux héros au slip rouge, Supermurgeman, qui lui a offert une belle notoriété. Son travail avec Riad Sattouf, Laura et Patrick, ou encore celui pour la Jeunesse : Sardine de l'espace ont forgé son coup de crayon et lui ont donné envie de tenter d'autres choses, de toucher au journalisme notamment avec son album Feuille de chou. Journal d'un tournage en 2010. Il y racontait les coulisses du film : Serge Gainsbourg (Vie héroïque) de Joann Sfar.

Ensuite, il y a eu : Campagne présidentielle (2012), le suivi de la campagne de François Hollande puis ce travail avec Gérard Depardieu, Retour en Caucase en 2014.

Aujourd'hui, il publie : Douze voyages présidentiels aux éditions Zadig.

franceinfo : Douze voyages présidentiels s'apparente à un documentaire car vous avez pris le temps et le soin de demander à des journalistes d'analyser certains moments que vous avez vécu avec le président Emmanuel Macron. C'était important pour vous de rentrer dans la peau de, de suivre et de ne plus être du côté des observateurs, mais des observés ?

Mathieu Sapin : Il est particulier par rapport à mes autres albums d'observation parce que là, c'est vraiment une démarche journalistique. Je ne suis vraiment pas du même point de vue que la presse présidentielle. Je venais un peu en touriste parce que je venais tous les trois mois au rythme de la revue Zadig, regarder un déplacement dans "la France des territoires", comme on dit. J'ai demandé à Elizabeth Pineau, qui avait été présidente de l'Association de la presse présidentielle, de venir compléter et puis apporter des analyses qui viennent donner du contexte aussi à chacun de ces déplacements. Et comme ça s'étale sur quasiment ces cinq années de mandat, ça fait vraiment comme un espèce de portrait des années Macron.

Je me souviens très bien du premier déplacement que j'ai fait d'Emmanuel Macron, en 2018, c'était sur l'itinérance mémorielle à Verdun. Je connaissais tout ce contexte parce que j'avais suivi de près la présidence de François Hollande, j'avais fait des bandes dessinées sur ce sujet, mais là, c'était très différent. C'étaient des nouvelles personnes, une nouvelle manière de travailler et donc à la fois, il y avait des choses qui faisaient penser au "monde d'avant", et puis, il y avait d'autres pratiques qui étaient très différentes. Alors, au départ, chaque détail saute aux yeux et puis, peu à peu, on s'habitue et on fait moins attention.

Pourquoi le dessin ? Ça commence très, très jeune !

Le dessin a toujours été quelque chose de très naturel. Mais la plupart des enfants dessinent et peu à peu, ils cessent de dessiner parce qu'ils s'intéressent à autre chose ou parce que le dessin ne les satisfait plus. Et souvent, peut-être pas tous, mais beaucoup de dessinateurs et de dessinatrices sont des personnes qui n'ont pas cessées de dessiner. J'en fais partie. Finalement, la question du dessin ne s'est jamais posée. C'est plutôt, que faire quand on dessine tout le temps ? Et la chance que j'ai eue, c'est d'avoir des parents qui m'ont encouragé à faire ça et puis de faire des rencontres qui m'ont aidé à en faire un métier.

Vous avez obtenu très vite une accréditation pour entrer à l'Elysée, pour suivre le président Hollande. Vous vous sentez journaliste ?

Mon travail est plus subjectif que celui d’un journaliste qui se doit d’être plus dans la neutralité.

Mathieu Sapin

à franceinfo

Disons que j'essaie d'être toujours juste dans ce que je raconte et donc d'avoir un souci de la vérité, comme peut l'avoir un journaliste. Mais j'assume aussi une forte subjectivité, dans le sens où je ne vais pas hésiter à dire ce que je pense, ce qui me traverse l'esprit. Et puis, je me mets en scène dans ces bandes dessinées-là, j'arrive avec un espèce de personnages qui est moi et qui est en même temps une version un peu réduite dans tous les sens du terme de moi.

Être dessinateur dans toute cette équipe qui suit le président de la République, c'est différent que d'être un journaliste politique pur et dur. Ça veut dire que le dessin adoucit "les mœurs", le regard ?

J'ai deux armes, deux outils très précieux qui sont le dessin et le temps.

Mathieu Sapin

à franceinfo

Souvent la réaction des gens par rapport aux dessins est positive. Ils trouvent ça étonnant, amusant. Alors après, dans un second temps, ils sont parfois un peu surpris, voire énervés... Parce qu'il n'y a pas que le dessin, j'écris aussi beaucoup de choses, des dialogues que j'entends et je n'hésite pas à montrer ce qui ne marche pas, les couacs, enfin les coutures. Ce qui m'intéresse, c'est de montrer les coulisses. Je n'hésite pas à passer beaucoup de temps à observer et souvent avec le temps, le naturel revient et moi, ce qui m'intéresse, c'est l'humain. Montrer les personnes derrière les fonctions. Derrière les personnages, il y a des personnes et j'aime montrer comment ils sont, ce qui les anime et ça, il faut du temps pour observer ça.

A la fin de l'ouvrage : Le château - Une année dans les coulisses de l'Elysée (2014), il y avait un épilogue sur les attentats de Charlie Hebdo et de 2015. On sait que le dessin peut susciter beaucoup de haine. Ça représente quoi, pour vous, de dessiner, de continuer à dessiner, de continuer à maintenir cet art ?

C'est vraiment quelque chose qui est apparu à ce moment-là, ce jour-là, quand il y a eu les attentats de Charlie. Avant, je n'avais jamais pensé au fait que le dessin puisse être problématique. Ça n'a jamais été en jeu pour ma génération et d'un seul coup, on se rend compte que ce qui a l'air complètement anodin, justement rattaché à l'enfance et plutôt quelque chose de plaisant, peut devenir à double tranchant. Parce que le dessin a aussi une force, bien sûr, mais qui peut constituer une menace pour des gens. "Un interdit", disons-le. Et dans ce cas-là, on se dit : "Tiens, je n'avais jamais envisagé les choses comme ça", mais ça, on y pense bien sûr et puis après, on oublie, heureusement !

Quand je fais mes dessins, je ne suis pas en train de me demander quelles conséquences, cela va avoir parce que sinon, on s'arrête tout de suite. Mais simplement, il y a quand même cette espèce de gravité qui s'est installée et on ne l'aborde plus de la même manière.

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