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"Bienvenue dans mon monde" : Paul El Kharrat se confie dans un livre pour explorer la partie immergée de l'autisme

Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Aujourd’hui, l’auteur, écrivain, candidat de jeux télévisés, Paul El Kharrat. Il publie "Bienvenue dans mon monde", aux éditions HarperCollins.

Article rédigé par franceinfo - Elodie Suigo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 272 min
Paul El Kharrat à Paris le 8 septembre 2020 (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)

Paul El Kharrat est auteur, écrivain, candidat de jeux télévisés et également chroniqueur radio et télé. Ses 153 victoires dans l'émission Les douze coups de midi sur TF1 lui ont apporté l'adoption par les Français, tous unanimes et en admiration devant ses connaissances, mais surtout devant sa personnalité. Il a été diagnostiqué autiste à 16 ans, le 22 juin 2015. 16 ans pour comprendre pourquoi il était si différent dans sa vision, dans sa perception du monde. Il publie Bienvenue dans mon monde, aux éditions HarperCollins.

franceinfo : La date du 22 juin 2015 est vraiment mise en exergue. On sent qu'il y a eu un déclic à ce moment-là, une délivrance. D'où l'importance de bien diagnostiquer et de trouver les mots.

Paul El Kharrat : Oui. C'était important que je sache ce que j'avais, parce que ça me torturait un peu. Depuis que j'ai trois ans, on suppose que je puisse être porteur de troubles autistiques, de névroses ou même de psychoses. J'ai tellement eu de diagnostics différents que ce serait trop long de tous les nommer. Mais en tout cas, j'étais satisfait d'enfin avoir un nom parce que juste avant que j'aie le diagnostic, on ne savait toujours pas et je n'étais pas satisfait parce que ce n'était pas précis. Et enfin, j'ai eu ce diagnostic qui nous a été plutôt utile pour l'avenir.

Vous commencez cet ouvrage par une phrase d'Ovide : "On me tient pour un barbare parce qu'on ne me comprend pas". Vous avez eu peur de ne jamais être compris ?

"Nombreux sont les moments de ma vie où je continue à me demander ce que j'ai pu faire pour être autant incompris dans ma manière d'expliciter et d'exprimer des choses."

Paul El Kharrat

à franceinfo

Il y a des gens qui diront : "Mais je t'ai compris !" Dans la réalité, c'est beaucoup plus complexe. Et ils ne comprennent qu'une partie émergée de l'iceberg et que la grosse partie immergée est encore à découvrir et à comprendre. Et ce n'est pas évident tous les jours de devoir répéter sans cesse comment je fonctionne pour telle chose parce qu'il y a tellement de points à souligner, à exprimer que ce serait beaucoup trop long de tous et toutes les faire. Donc c'est encore trop compliqué.

Tout ça pour dire que vous avez une émotion à fleur de peau aussi ?

Ah oui, j'ai une hypersensibilité qui, dans le négativisme ou dans le positivisme, est quand même extrême. Ça, c'est indéniable.

Ça veut dire que par moments, vous êtes limite en burn-out. Vous racontez d'ailleurs que quand vous faites l'émission, la famille est en burn-out total, c'est-à-dire que c'est terrible dans la famille.

Au moment où je passe les sélections, ça n'allait pas du tout. Je me suis dit pour me changer les idées : je vais faire un jeu, je vais essayer de me dépasser, de passer des sélections et comme j'apprécie la culture et les jeux télévisés, je me suis lancé, j'ai tenté ça. Le seul truc, c'est qu'il y a les humains qui sont autour et qui gravitent, qui nous environnent. Il y a un public, il y a des lumières, il y a des bruits et il faut savoir s'y assujettir sans broncher. Et donc ce n'est pas toujours évident, loin de là même !

Ce livre est un hommage que vous rendez à votre famille, au fait qu'ils ont toujours été à vos côtés. C'est votre grand-mère qui a vu ce reportage qui va faire qu'enfin on va réussir à trouver un diagnostic et à vous apporter une réponse. Vos parents n’ont jamais rien lâché.

C'est vrai que je ne peux pas en vouloir à ma famille, même si c'est toujours plus nuancé quand je suis dans des périodes de crise, je dis toujours : les autres sont insupportables, ils sont hostiles, ils sont mauvais, je les déteste ! Il peut y avoir des choses très difficiles à entendre.

"Avec les efforts que mes parents ont faits, je ne peux pas leur en vouloir de ne pas comprendre totalement les tenants et les aboutissants de ma personne, c'est-à-dire ma manière d'agir, de faire, ma philosophie de vie."

Paul El Kharrat

à franceinfo

C'est comme si on vous demandait de comprendre entièrement un livre d'Hegel ou de Nietzsche, ce n'est pas évident. Comme j'ai une manière de concevoir le monde quasi-philosophique, même s'il y en a beaucoup d'autres qui trouvent un écho dans la personne en face et qu'on s'entend bien, il suffit qu'il y ait un point qui n'aille pas et ça, c'est pour toutes les relations amicales, amoureuses, c'est toujours très compliqué.

La moralité de cet ouvrage, et c'est la force de celui-ci, c'est qu'on est tous l'autiste de l'autre parce qu'on est tous différents et que c'est important de conserver cette différence.

Oui. Il y a un mot que je déteste, c'est le mot normalité évidemment.

D'ailleurs, vous en faites tout un chapitre !

Bien évidemment, je fais mon maximum pour des adaptations, parce qu'il faut savoir faire des compromis, des consensus pour avancer, pour être apprécié de tout le monde. Si je restais totalement imperméable à autrui, on m'aurait critiqué. D'ailleurs, on continue de me critiquer en me disant que je ne laisse rien passer. Mais pour bien s'entendre avec autrui, pour qu'il y ait des activités qui amènent à la joie, il faut savoir faire des compromis, même si c'est avec des gens beaucoup plus bêtes que soi, parce qu'apparemment, dans ce monde-là, pour être heureux, il faut être un peu plus bête que les autres. Voir des choses que personne ne voit, dont personne ne se rend compte et se sentir seul par la même, c'est source de souffrances, c'est source d'ennui, comme dirait Schopenhauer. Et entre les deux, il y a quelques instants de bonheur, il faut savoir les saisir. En fait, quand je suis content, c'est que je suis un peu plus bête.

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