Le grand témoin, France info

Laurent Esnault : "Si on ne parle pas, les pédophiles continuent à agresser et violer d'autres enfants"

Laurent Esnault signe un documentaire intitulé "Ecole en bateau, l'enfance sabordée", diffusé sur France 5 ce mardi soir. Il y donne la parole aux victimes de cette école parallèle qui proposait de voyager autour du monde le temps d'une année scolaire. Et où, lui-même et d'autres enfants, ont été victimes de tentatives de viols pendant leur séjour.

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Le procès s'est tenu l'an passé et a duré trois semaines. Le
fondateur de l'Ecole en bateau a été condamné pour ses actes pédophiles
pendant les 25 ans qu'a duré l'Ecole en Bateau . Pour le journaliste, ce
film était donc l'occasion d'exorciser cette période de sa vie puisque, pour
lui, les faits étaient prescrits.

Raconter pour se libérer

"Pour moi c'était une libération puisque, quand j'ai
décidé de porter plainte en 2006, je me suis dit : "
je suis journaliste et
il faut que je raconte cette histoire". Quand le procès a approché, c'était
une évidence encore qu'il fallait que je raconte cette histoire à travers ce
procès. J'ai réussi à convaincre les victimes de témoigner parce que, ce qui
est important, dans les histoires de pédophilie, c'est de dire ce que l'on a
vécu. Pour la plupart d'entre nous, on a mis un couvercle sur cette histoire et
ce couvercle finit par exploser. Il faut le faire le plus vite possible parce
que, plus on attend, plus les dégâts psychologiques sont importants."

Responsabilité

Six personnes ont accepté de témoigner face caméra. Il les a
suivis lors du procès. Et tous étaient sous la coupe de cette personne.
"On était à bord comme des adultes. On était sous emprise psychologique et
comme on était adultes, on était responsables de nos actes et de ce qu'il se
passait à bord du bateau. En matière de violence sexuelle, on était aussi
responsable de ce qu'il nous faisait. On culpabilisait par ce que l'on ne
pouvait pas dire non."

Aujourd'hui, Laurent Esnault confirme aller mieux. "Ce
film a été une vraie libération"
affirme-t-il sans hésitation. "Le
procès a été une étape importante pour toutes les victimes"
. Il
rappelle qu'il s'est tu de 1983 à 2006 et avoue porter "la
culpabilité"
en lui de ne pas avoir parlé. "Il faut que les victimes
parlent et si on ne parle pas, les pédophiles continuent à agresser et violer
d'autres enfants"

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