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Pas assez de capital-risque pour nos start-up, le cri d'alarme de Jean Tirole

La France sait-elle vraiment développer ses start-up ? Le prix Nobel d’économie Jean Tyrole remet un rapport ce matin au premier ministre, et ce rapport a tout d’un appel au secours…
Article rédigé par Vincent Giret
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Franceinfo (Franceinfo)

 Ce rapport ramène tout le monde à la réalité. Jamais la France ne s’est autant adonnée que ces derniers mois à la célébration de ses start-up, et même à l’autocélébration : des événements spectaculaires pour les mettre en valeur, un label officiel celui de la french tech déployé dans les grandes métropoles, une grande banque publique pour financer leur développement, et des déclarations ou plutôt des fanfaronnades, proclamant que Paris a plus de start-up que n’importe quelle capitale européenne, et oui, je l’ai même entendu ces jours-ci, plus de start-up même que la silicon Valley. La réalité est hélas un peu plus triviale. Trois experts remettent donc ce matin au premier ministre un rapport alarmant, au nom du Conseil d’analyse économique, il est signé de Jean Tirole, prix Nobel d’économie, Marie Eckland qui dirige un fond d’investissements qui a fait grandir plusieurs des plus belles start-up françaises et de l’universitaire Augustin Landier. Ces experts remettent les pendules à l’heure : en matière d’écosystème d’innovation, la France n’est qu’en onzième position très loin derrière Londres, 6ème ou même Berlin en 9ème position de classement.

Quelles sont  les faiblesses françaises vraiment identifiées ?

Le rapport en note plusieurs, toujours évoquées par les investisseurs, l’hyper réglementation du travail, le poids de la fiscalité très supérieur à la moyenne européenne, les risques d’interventions publiques anachroniques très politiques dans les affaires ou encore le manque d’internationalisation de la place financière française ; Mais le plus intéressant est ailleurs : le cœur de ce rapport pointe le retard français en matière de ce qu’on appelle le capital-risque, le capital-risque c’est le carburant qui alimente et finance les start-up pour les aider à grandir, dans les mois et les premières années, où ces petites entreprises dépensent plus qu’elles ne rapportent, et où il faut continuer investir. C’est l’élément décisif. Et bien en matière de capital risque, même s’il s’est beaucoup développé ces dernières années, la France accumule toujours du retard, et il y a un signe qui ne trompe pas : c’est le nombre d’entreprises qu’on appelle les licornes, c’est à dire des start-up valorisées plus d’un milliard de dollars : le France en a trois, quand le Royaume Uni en a 17, valorisés au total plus de 40 milliards de dollars.

Mais la France a une banque publique, la BPI, dont le métier est d’accompagner ces jeunes entreprises ?

Oui, certes, la BPI fait son travail, et le rapport souligne d’ailleurs son utilité, son rôle positif surtout dans les périodes de crise. Mais les trois auteurs affirment aussi que l’Etat ne peut pas tout faire, que ce n’est pas très sain, qu’une banque publique n’est pas la mieux placée pour identifier les meilleurs de projets de business, et que le dispositif public français demeure confus, fragile et complexe. Les auteurs regrettent la quasi-absence d’investisseurs privés de long terme en France, en raison notamment du refus très politique de créer de véritables fonds de pension à la française. La France souffre toujours d’avoir un capitalisme sans capital privé, et d’être donc à la merci du capital étranger. L’affaire est d’autant plus regrettable, que la France dispose d’atouts considérables : des ingénieurs performants et une créativité supérieure à la moyenne. Autant de raisons, qui devraient nous inciter à renforcer au plus vite notre système de financement de l’innovation, notamment par des mesures fiscales. Il y a encore quelques tabous à briser...

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