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Menaces sur la mobilité

Le terrorisme menace notre monde ouvert, où les personnes et les marchandises peuvent se déplacer, voyager, comme elles l’entendent. Jusqu’où cette liberté peut-elle être contrainte ou mise en danger ?

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Plusieurs forces, aujourd’hui, menacent notre liberté de mouvement, notre mobilité. Ces forces n’ont pas grand rapport entre elles, mais elles poussent toutes dans le même sens. La première, vous l’avez dit, ce sont ces actes terroristes, ils sont d’autant plus menaçant que les spécialistes nous disent qu’il faudra du temps, beaucoup de temps, peut-être même une décennie pour les éradiquer. Ces actes meurtriers menacent d’abord notre mobilité urbaine, c’est elle qui a été attaquée : on sait par exemple qu’après les attentats de Paris, un tiers des Français ont modifié leurs habitudes de déplacements. Certains parisiens ont même arrêté d’utiliser les transports en commun. Il est probable que l’attentat de mardi matin qui a frappé une grande station de métro de Bruxelles aura le même type d’impact. Ensuite, l’attaque meurtrière perpétrée à l’intérieur de aéroport de Bruxelles aura un impact plus fort encore : il est certain que comme à Paris, les touristes étrangers délaisseront cette destination belge pour un temps plus ou moins long, mais au delà, c’est le trafic aérien qui pourrait bien en être aussi affecté : cet attentat a été perpétré hors de la zone de sécurité, il risque fort d’entrainer l’instauration de contrôles avant même l’enregistrement et donc du coup de ralentir la fluidité du trafic aérien, qui est pourtant l’une des grandes caractéristiques de notre époque.

Le deuxième signe de cette menace sur notre liberté de mouvement, c’est le retour des frontières…

Oui, là aussi plusieurs forces sont à l’œuvre, le terrorisme bien sûr qui pousse les Etats à rétablir les contrôles et les procédures aux frontières, mais l’énorme crise des réfugiés et des migrants poussent également l’Europe à se barricader et à revenir sur cette liberté de mouvement qui était pourtant l’un des fondements de l’Union européenne. Et ces deux crises-là, le terrorisme et les migrations, interviennent dans un contexte tout à fait singulier, où une troisième crise bien antérieure, la crise économique, grave, que le monde connaît depuis 2007-2008, a elle aussi ravivé les frontières. Là, ce n’est pas tant la liberté de mouvement des personnes qui en est cause, mais celle des biens et des marchandises. L’esprit de fermeture s’est manifesté un peu partout sur la planète : un organisme international a calculé que près de 3.800 mesures protectionnistes ont été prises dans le monde depuis 2009, et que le mouvement continue puisque 539 autres mesures protectionnistes ont encore été adoptées par des gouvernements depuis 2015, l’essentiel d’ailleurs par des grands pays du G20.

Et cela a un impact sur le commerce mondial ?

Oui, nettement, le commerce mondial qui était le marqueur de la mondialisation, a complètement freiné sa course depuis 2009. Son rythme ralentit. L’air du temps n’est plus du tout au libre échange. Il suffit d’ailleurs pour s’en convaincre d’écouter les débats des primaires électorales américaines, où le libre échange est taillé en pièces, Donald Trump est là encore celui qui cogne le plus fort, il est prêt à dénoncer des accords internationaux, à rétablir des frontières, à bâtir des murs, à l’intérieur même du pays entre les communautés. Au total, on a donc une liberté de mouvement qui se réduit pour les personnes comme pour les marchandises. Ce n’est sans doute pas la fin de la mondialisation, mais sa transformation, et certainement son inflexion nette et durable.  

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