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Le décryptage éco. Pourquoi la France est-elle abonnée à la petite croissance ?

L’Insee a révisé une nouvelle fois à la baisse ses prévisions pour 2016 et 2017. Pourquoi la croissance en France, ne redécolle pas ? L'analyse de Vincent Giret.

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Façace d\'entrée de l\'INSEE à Paris, le 22 mai 2015.
Façace d'entrée de l'INSEE à Paris, le 22 mai 2015. (THOMAS SAMSON / AFP)

L'Insee a révisé à la baisse ses prévisions pour 2016 et 2017. Selon l'institut de statistiques, dans sa note de conjoncture trimestrielle, le produit intérieur brut (PIB) devrait augmenter de 0,4% au quatrième trimestre, pour atteindre 1,2% à la fin de l'année, au lieu des 1,3% jusque-là anticipés.

Il y a plusieurs facteurs pour expliquer pourquoi, en France, la croissance ne redémarre pas. D’abord, il y a quelques mois encore tout le monde avait espéré mieux, et pas seulement le gouvernement. Ce qui confirme que la prévision est un art délicat. Au mois de juin, le gouvernement tablait encore sur une belle dynamique, 1,6%. Cinq mois plus tard, le ciel de cette fin de quinquennat s’assombrit nettement : un petit 1,2% en 2016, nous dit l’Insee, et pas mieux en 2017, comme si l’économie française était désormais condamnée à la vitesse lente, après une décennie décevante.

Des raisons conjoncturelles

Pour expliquer cette déception, il y a, nous dit l’Insee, des raisons conjoncturelles : c’était bien parti au début de l’année, on avait pu constater une nette accélération des deux moteurs de la croissance que sont la consommation et l’investissement qui, enfin, frémissait. Et puis boum ! ou plutôt pschitt ! il y a eu un gros trou d’air en deuxième trimestre. Plusieurs facteurs ont pu jouer. L’Insee, d’ailleurs, reste assez pudique sur le sujet.

Mais il suffit d’avoir une toute petite mémoire pour se souvenir de ce que l’un de mes confrères avait appelé le grand barnum El Khomri : l’incroyable séquence de la loi travail. Une affaire très mal préparée, mal ficelée, mal communiquée et au final incomprise, qui avait soulevé un vaste mouvement social. Ce ne fut bon ni pour la consommation, ni surtout pour l’investissement et les embauches : les entreprises nageaient à nouveau en pleine incertitude, crispées, inquiètes, parfois entravées. Cette déplorable affaire a contribué très largement à couper nette la dynamique. 

La France accumule un net retard par rapport à ses voisins.Pour l’expliquer, il y a plusieurs facteurs. Une étude marquante en pointe l’une des causes majeures. Vous connaissez le fameux classement Pisa, qui évalue les performances éducatives de nos élèves. L’OCDE fait exactement la même étude mais sur les actifs : elle évalue la qualité des compétences de ceux qui travaillent. Sur ces critères fondamentaux pour la croissance, la France se situe dans les profondeurs du classement, derrière la Pologne, qui est pourtant un pays en plein rattrapage, après 50 ans de communisme.

Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’on nous n’avons pas de talents en France, mais cela signifie que globalement, et pratiquement dans tous les domaines, nous accumulons des retard en matière de qualification, de champ de compétences. Cela n’est d’ailleurs pas sans lien avec l’étude Pisa, puisqu’il y a des éléments du scolaire, de la formation initiale qui se répercutent dans la vie active.

Mais il y a aussi des champs, comme les techniques numériques, les mathématiques, etc. où la médiocrité de la formation permanente est pointée. C’est donc un facteur structurel extrêmement profond qu’il faudrait traiter de toute urgence. Peu de croissance, c'est une mauvaise nouvelle pour le prochain président.

Ce qu’on appelle l’acquis de croissance, c’est à dire la dynamique pour l’année à venir, représente un petit 1%. Ce qui signifie que l’économie française va encore rouler à toute petite vitesse au début du prochain quinquennat et que, d’une manière générale, la France ne retrouvera pas ses glorieux taux de croissance du passé. Il faudra donc apprendre à vivre et à réformer avec cette petite croissance. Le tout dans un contexte économique qui est en train de changer, avec l’entrée dans un nouveau cycle de hausse des taux d’intérêts et des prix de l’énergie.

Façace d\'entrée de l\'INSEE à Paris, le 22 mai 2015.
Façace d'entrée de l'INSEE à Paris, le 22 mai 2015. (THOMAS SAMSON / AFP)