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Le décryptage éco. La prime d'un million d'euros du patron de PSA passe à l'épreuve des actionnaires

Mardi se tient l’assemblée générale de PSA qui se prononce sur la prime exceptionnelle de 1 million d’euros du patron Carlos Tavares. Le décryptage de Fanny Guinochet.

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Le PDG de PSA-Citroën, Carlos Tavares, le 23 février 2018, à Mulhouse (Haut-Rhin).
Le PDG de PSA-Citroën, Carlos Tavares, le 23 février 2018, à Mulhouse (Haut-Rhin). (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Des syndicats, surtout la CGT, se disent écœurés et dénoncent "une prime à la casse de l'emploi". Cette prime de 1 million d'euros, c'est celle de Carlos Tavares, le patron de PSA. Elle est bien liée à la mise en œuvre du plan de redressement de la filiale allemande Opel, que le groupe automobile français a rachetée l’été dernier, et qui s’accompagne d’un plan de départ volontaire. Avec cette prime, Carlos Tavares va encaisser 6,7 millions d'euros pour l'année 2017, contre 4,7 millions en 2016 et 5,2 millions en 2015. Elle sera à l'ordre du jour, mardi 24 avril, de l'assemblée générale de PSA.

Est-ce que les actionnaires peuvent s’opposer à une prime ?

Depuis la loi Sapin 2, qui est entrée en vigueur l’année dernière, les actionnaires ont un pouvoir beaucoup plus contraignant qu’avant sur les rémunérations des dirigeants. C’est ce qu’on appelle le "say on pay", qui veut dire littéralement : "avoir un droit de regard et s’exprimer sur la rémunération". Il y a maintenant deux votes des actionnaires.

Le premier est un vote en amont dit "ex-ante". Il établit avec plus de transparence qu’avant, la politique salariale de l’entreprise. C’est là qu’est définie la composition des packages des dirigeants – donc de M. Tavares – avec le détail : tant de rémunération fixe, X% de rémunération variable, tant de prime, tant de stock-options, etc.

Le second est un vote "ad post", qui s’applique pour la première fois cette année. Il vient valider la rémunération versée. L’objectif est de vérifier que le package qui va être versé est bien en accord avec ce qui a été décidé. Le versement de la prime de Carlos Tavares est donc conditionné à ce procédé très encadré. Si l’assemblée générale votait contre, il faudrait un nouveau vote.

Est-ce qu’il peut y avoir un vote négatif ?

Ce n’est pas la première fois que la rémunération de Carlos Tavares suscite la polémique. Mais les actionnaires ont toujours suivi. Cette année, ils sont très contents des résultats de PSA. Le constructeur automobile affiche un bénéfice net record de presque 2 milliards d'euros pour 2017, en hausse de 11,5% !
Le conseil de surveillance a d’ailleurs récemment salué le leadership de Carlos Tavares, qui place l’entreprise dans le top 5 de l’industrie automobile mondiale.

Mais, c’est vrai, il y a un toujours un risque, car ce type de "bonus" lié à des rachats fait de plus en plus tiquer. Cela passe surtout de moins en moins bien dans l’opinion publique. On se souvient du débat en 2016 autour de la rémunération du patron de Renault, Carlos Goshn, même si c’était particulier, car c’était l’État actionnaire qui avait voté contre. C’est cette histoire d’ailleurs qui a conduit à l’émergence de la loi Sapin 2.

C’est, en ce moment, la saison des assemblées générales et on observe un changement. Les rémunérations des dirigeants sont adoptées, mais avec des majorités beaucoup plus courtes, là où avant, il y avait des validations avec plus de 85% de votants. Un seul exemple : la semaine dernière, la rémunération de Xavier Huillard, patron du groupe BTP et concessions Vinci, a été approuvée, mais avec un score très bas de 56%.

Le PDG de PSA-Citroën, Carlos Tavares, le 23 février 2018, à Mulhouse (Haut-Rhin).
Le PDG de PSA-Citroën, Carlos Tavares, le 23 février 2018, à Mulhouse (Haut-Rhin). (SEBASTIEN BOZON / AFP)