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L'Etat et sa stratégie pour les entreprises françaises

Dailymotion, Alcatel-Lucent, Renault, en l’espace de dix jours, l’Etat est intervenu dans des dossiers sensibles touchant à l’avenir de ces entreprises.

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Pour répondre à votre question, examinons, Fabienne, ces trois affaires successives. 1 – le cas Dailymotion. Orange, l’opérateur de téléphonie veut vendre Dailymotion, une belle pépite de l’internet, spécialisée dans la vidéo, qu’il possède à 100%. Orange veut vendre tout simplement parce qu’il n’a pas les moyens de la développer. L’Etat, qui possède 23% du capital d’Orange, dit non une première fois par la voix d’Arnaud Montebourg, quand, le groupe de téléphonie est sur le point de finaliser un accord avec le géant américain Yahoo !, puis l’Etat dit Non une deuxième fois, il y a deux semaines, quand Orange croit avoir trouvé un acheteur chinois, près à prendre 49% de Dailymotion. Et en catastrophe, l’Etat suscite la candidature improvisée du français Vivendi. Ouf, l’entreprise va donc rester française : alors, on ne veut pas insulter l’avenir mais on sait encore très peu du projet de Vivendi, pour développer Dailymotion, et on peut se demander quand même si l’Etat fait perdre deux ans à cette entreprise, dans un secteur où le temps et la taille sont des facteurs majeurs.

Deuxième cas, c’est Alcatel-Lucent, absorbé purement et simplement par le finlandais Nokia ?

Dans ce cas, l’Etat est complètement pris de cours, il n’est pas actionnaire, mais on est en France, et l’Etat ne veut surtout pas apparaître en position de faiblesse. Dans les faits, il pourrait quand même brandir le patriotisme économique pour s’opposer au rachat, mais 1 - cela ne tiendrait pas la route, 2 – L’Etat n’a pas de plan B français. 3 - Alcatel-Lucent ne peut survivre seule. Du coup, il ne reste plus que le petit théâtre politique : François Hollande convoque les deux pdgs, ils leur fait promettre que l’emploi en France ne sera pas affecté. La vérité, c’est qu’on n’en sait rien, et que l’Etat n’aurait pas les moyens de s’opposer demain à un plan d’économie, si Nokia le décidait. Bilan : beaucoup de bruit pour rien et une question gênante : pourquoi ce genre de situation n’est jamais vraiment anticipée, pourquoi l’Etat arrive toujours après la bataille ?

Enfin, il y a le cas Renault, là l’Etat est en train de provoquer une belle guerre des nerfs…

Pardon, vous allez me trouver d’humeur chagrine ce matin, mais là encore je ne comprends pas bien la finalité de cette histoire. L’Etat a donc décidé de mettre un milliard sur la table pour bloquer une résolution du conseil d’administration. L’Etat veut profiter de la loi dite Florange qui attribue des droits de vote double aux actionnaires restés fidèles plus de deux ans à une entreprise. En fait l’objectif est purement financier : l’Etat pourrait ainsi revendre des actions Renault, se faire un petit pactole, sans diminuer son poids en terme de droit de vote. Il se comporte un peu comme un fonds de pension. Mais il prend un risque colossal : celui de déstabiliser par un coup d’éclat surprise l’équilibre subtil de l’alliance entre le français Renault et le japonais Nissan, une alliance qui a sauvé Renault du naufrage. Un bras de fer bien curieux qui cache une autre interrogation : l’Etat a-t-il vraiment besoin de posséder 15% du capital de Renault, dans un secteur qui ne peut  pas vraiment être déclaré comme stratégique.

Au total, la politique de l’Etat à l’égard des entreprises paraît bien crispée, trop politique et souvent illisible. 

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