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Crise grecque : quel rôle pour la France ?

La France peut-elle être le pays du compromis entre la Grèce et ses partenaires européens ? François Hollande reçoit Angela Merkel ce lundi soir à l’Elysée, il avait eu Alexis Tsipras la veille au téléphone. Quelles cartes le président français a-t-il en main pour débloquer la situation ?

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(© Radio France / Matthieu Mondoloni)

 Très peu de cartes et la partie que va tenter de jouer  François Hollande s’annonce très serrée.

Jusqu’à jeudi dernier, la position de la France était alignée, en tous points, sur celle de ses partenaires européens. Elle considérait que les créanciers avaient déjà preuve de beaucoup de solidarité avec la Grèce, que 250 milliards d’aide, c’était beaucoup d’argent, et qu’il fallait pour débloquer une nouvelle aide, au moins des garanties de la Grèce, en terme de soutenabilité budgétaire, pour être sûr de ne pas ne pas jeter à nouveau de l’argent dans un puits sans fond. Et puis quand la France a tenté de jeudi dernier de se démarquer, au tout dernier moment, en affirmant qu’il fallait continuer à négocier, "tout de suite ", avait même dit le président, et bien il s’était vu sèchement répondre : "Non. Pas avant le référendum grec ", par Angela Merkel soutenue par tous les autres partenaires européens.

Sauf que le référendum a eu lieu, que le "non" a gagné et la France doit, elle aussi, en tenir compte...

Oui, comme tous ses partenaires. Dès lors que la France veut à tout prix éviter une sortie de la Grèce de l’euro, François Hollande n’a que deux options :

  • soit il prend fait et cause, et à ce stade, publiquement pour Alexis Tsipras, comme l’y incitent fortement l’aile gauche du parti socialiste et l’extrême gauche, et il affronte l’Allemagne, il ajoute la crise à la crise et n’aurait aucune chance en fait de peser au sein de l’Union. Et d’ailleurs il s’en est bien gardé.

  • l’autre option, la seule possible, c’est donc de trouver les mots et les bases d’une compromis entre la France et l’Allemagne, comme à la belle époque, c’est à dire d’aider Angela Merkel à gérer son opinion publique, une opinion très remontée, qui ne va pas oublier de si peu que le ministre des Finances grec a traité les créanciers de "terroristes". Mais pour que ça marche, il faudrait que dans le même temps François Hollande réussisse à convaincre Alexis Tsipras de revenir à la table des négociations avec un plan raisonnable. Et là, nul ne sait encore si c’est possible.

En fait, c’est la capacité d’influence de la France, qui se mesure aussi dans cette crise ?

Oui. Autant la France est considérée au plan international comme un partenaire sérieux, solide et même courageux quand il s’agit de lutter contre le terrorisme, au Mali, au Sahel, et même au delà. Autant en Europe, sa crédibilité de deuxième économie de la zone euro a beaucoup diminué. La France a perdu de son poids, de cette capacité d’alliance qu’elle avait autrefois. Parce qu’elle n’a pas tenu parole sur ses comptes, parce qu’elle a tergiversé sur les réformes, elle a perdu du crédit vis-à-vis de ses partenaires.

Enfin, la France a d’autant moins les moyens d’une crise, qu’elle a elle-même quelques fragilités avec plus de 2.000 milliards de dettes : elle aurait beaucoup à perdre d’une remontée soudaine des taux d’intérêts. Le défi européen auquel est confronté François Hollande est de tout premier ordre.

Mise à jour, 7 juillet, 14h : une précédente version de la chronique indiquait que le ministre des Finances grec avait qualifié les créanciers de "nazis", ce qui n'est pas le cas. C'est en fait un député grec du Parlement européen, Manolis Glezos, membre de Syriza, qui a accusé l'Allemagne d’Angela Merkel de vouloir faire la même chose que celle du IIIème Reich. "Ils ont l'air différents, mais est-ce vraiment le cas ? ", expliquait-t-il ainsi dans une interview au journal chrypriote Simerini, en mars 2015 ainsi que le racontait le blog "Géopolis" de France TV Info.

(© Radio France / Matthieu Mondoloni)