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Budget 2015 : les dernières concessions de Paris à Bruxelles

Bruxelles voulait des précisions sur le budget 2015 de la France, Paris a répondu. Le ministre des Finances, Michel Sapin, a écrit hier au vice-président de la Commission européenne. La France revoit sa copie et met donc de l’eau dans son vin. Il faut dire qu’elle n’avait plus vraiment le choix

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Copié dans le presse-papier !
(Emmanuel Cugny, le chroniqueur économique de France Info © RF)

 La Commission rendra son avis mercredi 29 octobre. Nous saurons alors si, oui ou non, le budget français rentre dans le moule. Mais à Bercy, comme dans les coulisses de la Commission européenne, les rumeurs sont identiques : cette fois, ça devrait passer.

D'abord Paris a consenti quelques efforts, et surtout on voit mal l'Europe renvoyer dans les cordes un de ses pays piliers, lui enfoncer encore un peu plus la tête sous l'eau, au risque d'exacerber les esprits et notamment de faire le lit des partis extrémistes.

 

Quels sont ces gestes supplémentaires ?

 

Bercy s’engage à réduire l’année prochaine le déficit public d’environ 3 milliards 700 millions d'euros supplémentaires par rapport à ce qui était initialement prévu. De 93 milliards d’euros de déficit, on devrait en toute logique passer sous les 90 milliards. Le niveau restera au-dessus des fameux 3% de Maastricht mais on gagnera un peu de terrain.

 

Comment ?

 

1/ en actualisant les prévisions de dépenses – les taux d’intérêts bas nous permettent par exemple de payer moins pour rembourser notre dette.

2/ en trouvant des recettes nouvelles.

 

Finalement, les deux parties s'en sortent plutôt honorablement

 

C'est comme une fin de conflit social : il faut savoir en sortir la tête haute sans que l'un ou l'autre camp ne perde la face.

Cela dit, le problème est-il réglé sur le fond ? Ceci est une autre histoire. Seules les réformes structurelles ont des effets concrets, durables et pérennes. Or, que prévoit le gouvernement français pour satisfaire la demande de Bruxelles ? Point de réforme de fond mais du grignotage.

Bercy entend récupérer 500 millions d’euros de la non-déductibilité de l’impôt sur les sociétés sur certaines taxes ; 300 millions d’euros de ressources supplémentaires viendront des collectivités locales. Bref : en majorité des recettes, donc des ponctions, et non de réelles réductions de dépenses.

Consacrer notre endettement à l'investissement plutôt que de financer les dépenses courantes de l'Etat serait plus efficace.

En matière de politique économique, il est décidément difficile pour nos dirigeants de se défaire de leurs vieux démons.

(Emmanuel Cugny, le chroniqueur économique de France Info © RF)