Tourisme : pénurie de main d'œuvre au Portugal, en Catalogne et en Italie

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction le Portugal, la Catalogne et l'Italie qui peinent à embaucher du personnel dans le domaine du tourisme.

Article rédigé par
Marie-Line Darcy, Henry de Laguérie - Bruce de Galzain
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Un serveur apporte des boissons sur un plateau dans un club de plage à Palma de Majorque, le 5 août 2021. (JAIME REINA / AFP)

Le manque de main d'œuvre dans le tourisme n'est pas récent, mais il s'aggrave dans de nombreux pays touchés, durant ces deux dernières années, par la crise du Covid-19 . Direction le Portugal, la Catalogne et l'Italie. 

Le Portugal cherche 50 000 travailleurs pour sa saison touristique

Après la pandémie de Covid-19, c'est le retour de l'effervescence mais il manque au bas mot 50 000 travailleurs. Faute de travail pendant la pandémie, les employés du tourisme ont été absorbés par d'autres secteurs. Quelques-uns ont créé leur propre activité et ne veulent pas l'abandonner. L'année a mal débuté question tourisme avec une chute de 40% de l'activité hôtelière et un recul de 60% du chiffre d'affaires pour un tiers des restaurants. Mais avec la maîtrise de la pandémie depuis Pâques, le secteur a repris des couleurs. Et la saison estivale qui démarre déjà s'annonce prometteuse. Alors les employeurs font des efforts, ils proposent des primes, des vacances dans les hôtels des groupes et le logement pour compenser le maigre salaire de base de 705 euros mensuels. Mais rien n'y fait. On a besoin de cuisiniers de serveurs de réceptionnistes et d'agents d'entretien.

Où le Portugal va-t-il trouver ces personnels manquant ? Première cible : les pays africains de langue portugaise comme par exemple le Cap-Vert, pays du tourisme lui aussi et affecté par la pandémie. Outre la langue commune, l'avantage réside dans l'existence d'un réseau d'écoles hôtelières totalement calqué sur le modèle portugais. La langue aussi pour le Brésil, grand fournisseur de main d'œuvre dans le tourisme au Portugal, mais actuellement des centaines de visas sont bloqués pour raison d'engorgement administratif. Par ailleurs le Portugal a signé un accord de mobilité de main d'œuvre avec l'Inde et s'apprête à faire de même avec le Maroc. Enfin dernière piste possible, les réfugiés ukrainiens dont beaucoup maîtrisent l'anglais. Et une certitude pas question de rater une troisième saison estivale.

En Catalogne, les restaurants réduisent leurs horaires faute de personnel

À Barcelone et sur la Costa Brava, jamais l'hôtellerie et la restauration n'avaient eu à faire face à un tel manque de main d'œuvre. Les petites affichettes "on cherche du personnel" fleurissent à l'entrée des établissements. La Catalogne a retrouvé sa fréquentation d'avant Covid, mais faute de serveurs suffisants, des restaurants seront contraints de réduire leurs horaires. Les clients devront s'armer de patience avant d'être servis. "C'est vraiment difficile de trouver du personnel qualifié dernièrement en cuisine et en salle, estime Marco, patron d'un restaurant près de la plage, parce qu'après deux ans de pandémie, beaucoup de gens ont moins envie de travailler. Il y a plein de monde dans la restauration qui me demandent tous les jours si je connais quelqu'un, des références... C'est un peu difficile."

Mais cette désaffection ne s'explique pas seulement par le coronavirus, le secteur avait déjà du mal à recruter. C'est un travail difficile, les salaires sont bas. En moyenne à Barcelone un serveur touche 1 300 euros par mois, juste un peu au-dessus du smic. C'est le cas de Lautaro, employé dans un bar à cocktail. Il a deux enfants, et s'il le pouvait il changerait de travail. "Ce n'est pas qu'une question de salaire, ce sont aussi les conditions : on fait beaucoup d'heures, on travaille les week ends, la nuit... On travaille quand tout le monde est libre, confie-t-il. Et puis avant ça payait bien, mais là c'est fini. Je comprends que les gens aillent chercher du travail ailleurs."

Pour faire face au manque de personnel, des hôtels de la Costa Brava proposent désormais un logement pour les employés. Sur l'île d'Ibiza, un établissement offre une prime de 200 euros à un salarié qui parvient à faire embaucher quelqu'un d'autre.

L'Italie met en place des mesures pour attirer les travailleurs

En Italie, le secteur de l'hôtellerie restauration a aussi du mal à embaucher. Côté chiffres, le secteur emploie environ 350 000 saisonniers, et il en manque quatre sur dix pour la saison qui a déjà commencé. La pandémie est passée par là et ces travailleurs se sont reconvertis dans la grande distribution ou sont à leur compte pour des plateformes de livraison. Mais il y a une autre explication et les différents syndicats patronaux semblent tous d'accord, la Ligue de Matteo Salvini aussi : c'est le revenu de citoyenneté, une sorte de RSA à l'italienne créé il y a tout juste trois ans et qui serait privilégié au travail, en tous cas une sorte de concurrence. Le patron de la fédération des hôteliers estime même qu'il "est temps de remettre ces gens au travail !". Ce n'est pas la seule raison : il y a des problèmes de formation, les horaires décousues, les bas salaires aussi. Le patronat se dit prêt à les augmenter mais si leurs charges diminuent.

Il y a quelques incitations pour améliorer les conditions de travail, comme en Ligurie par exemple où une prime financée par la région et l'Europe, de 2 000 à 6 000 euros, est donnée aux employeurs qui embauchent en règle et dans de bonnes conditions. Le contrat doit durer minimum six mois et même neuf pour les bars et restaurants. L'idée : rendre moins précaire le secteur en allongeant la saison et en améliorant les conditions de travail. Mais la Ligurie est la seule région à le faire pour le moment.

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