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Semi-conducteurs : le bras de fer entre les Etats-Unis et la Chine monte d'un cran

Dans le club des correspondants, franceinfo s'intéresse à la guerre technologique entre les Etats-Unis et la Chine sur les semi-conducteurs. Washington veut ralentir le développement de Pékin dans la production de ces composants électroniques, indispensables aux technologies de pointe. 

Article rédigé par France Info, Sébastien Paour - Sebastien Le Belzic
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Production de semi-conducteurs à Colomiers, en Occitanie, dans l'entreprise Actia. (REMY GABALDA / MAXPPP)

Sans semi-conducteurs, il n'y a tout simplement pas de numérique : pas de 5G, ni d'ordinateurs. La course aux semi-conducteurs fait rage entre les Etats-Unis et la Chine. Dernier épisode en date : Washington a annoncé début octobre des restrictions drastiques de ses exportations de puces électroniques vers l'empire du Milieu. Ce qui a des conséquences à Pékin, mais aussi à Taiwan. 

Aux Etats-Unis, la volonté d'entraver le développement de la Chine

Les Etats-Unis viennent de durcir leurs règles de contrôle à l'exportation. L'objectif est d'empêcher encore un peu plus la Chine de fabriquer et d'acheter ses composants. Le Bureau de l'industrie et de la sécurité du département américain du Commerce le dit clairement dans son communiqué : ces mises à jour limiteront la capacité de la Chine à la fois à acheter et à fabriquer certaines puces haut de gamme utilisées dans des applications militaires. La secrétaire adjointe au commerce, citée dans le texte, ajoute : "Nos actions protègeront la sécurité nationale et les intérêts de la politique étrangère des Etats-Unis, tout en envoyant un message clair selon lequel le leadership technologique américain est une question de valeurs et d'innovation."

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Cette mesure intervient quelques jours après une autre décision, cette fois du Pentagone, qui a placé treize entreprises chinoises sur liste noire pour leurs liens supposés avec l'armée de Pékin. Le département américain de la Défense vise, sans la nommer, la société chinoise DJI, leader mondial des drones.

Taiwan se range derrière Washington

Ce n’est pas la première fois que Washington accuse Pékin d'espionnage industriel et de menaces à la sécurité nationale. Le bras de fer s'est durci avec la pénurie de semi-conducteurs liée à la pandémie de covid-19. Joe Biden avait débloqué 52 milliards de dollars cet été par le Congrès pour relancer leur production ici, aux Etats-Unis. Pour la Maison-Blanche, il n'y a aucun doute, ces composants sont utilisés par Pékin pour produire des systèmes militaires avancés et notamment, dit la Maison Blanche, des armes de destruction massive.

Et dans cette guerre économique, Washington vient de recevoir le soutien de Taïwan, l'île chinoise qui cristallise les tensions entre les deux puissances. Cette prise de position n'est pas anodine : Taiwan est l'un des principaux fournisseurs de puces à la Chine. La ministre taïwanaise de l'Économie était ici à Washington la semaine dernière. Elle a donné une conférence de presse dans un grand hôtel et a promis que les entreprises taïwanaises respecteraient les derniers contrôles américains à l'exportation. Elle a précisé que 42 % des exportations de Taïwan et 60% de ses exportations de puces étaient destinées précisément à la Chine.

En Chine, des restrictions qui font très mal à l'industrie de la tech

C’est un véritable coup de poignard pour l'industrie chinoise des semi-conducteurs sachant que plus de 90 % des puces utilisées ici, en Chine, sont importées ou fabriquées localement par des fournisseurs étrangers, surtout Taiwanais ou sud-coréens. Désormais il est interdit aux entreprises américaines, mais aussi à celles qui travaillent avec les Etats-Unis, de commercer avec 31 sociétés chinoises, dont Yangtze Technologies qui travaille notamment avec Apple.

Et au-delà des entreprises, les restrictions s'appliquent également à tous les citoyens américains qui soutiennent le développement ou la production de puces dans des usines en Chine avec la menace de perdre la nationalité américaine ce qui provoque ici des démissions en pagaille et cette réaction de la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères Mao Ning : "Les États-Unis bloquent et oppriment de manière malveillante les entreprises chinoises en abusant des mesures de contrôle des exportations. Ce comportement va à l’encontre du principe de concurrence loyale et viole les règles internationales. Cela porte non seulement atteinte aux droits des entreprises chinoises, mais affectera également entreprises américaines".

La Chine menace les Etats-Unis de mesures de rétorsion. Mais lesquelles ? Ce n’est pas encore très clair. On peut craindre par exemple que Pékin s’en prenne à Apple ou à Tesla, mais ce n’est pas encore dit, sachant que pour les Etats-Unis, en tout cas, c’est une bataille qu’il faut absolument gagner.

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La Chine était préparée à une telle offensive américaine, et les tensions avec Washington ne sont pas nouvelles. L'empire du Milieu avait anticipé ces sanctions américaines en investissant dans ce secteur dans le cadre de son programme "China 2025". Mais développer une industrie nationale autonome prendra quand même du temps et cela, la Chine, n’en a pas beaucoup. Le pays absorbe 60% des semi-conducteurs produits dans le monde, et reste notamment en retard pour ce qui concerne les semi-conducteurs de dernière génération.

La Chine a donc mis la main au portefeuille pour stimuler la recherche avec un programme d’investissement de quelque 150 milliards de dollars sur 10 ans et une course effrénée pour la maîtrise de cette industrie stratégique notamment pour les systèmes militaires et les supercalculateurs.

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