Automobile : aux États-Unis et au Japon, la course vers l'électrique est ralentie par la pénurie de semi-conducteurs

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Le club des correspondants revient sur le développement des véhicules électriques aux États-Unis et au Japon. L’enjeu est énorme pour le secteur de l’automobile.

Article rédigé par
Karyn Nishimura et Loig Loury - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Une voiture électrique en chargement. Photo d'illustration. (JEAN-LUC FL?MAL / MAXPPP)

Comment polluer moins ? La question est au coeur de la 26e conférence de l'ONU sur le climat, la COP26, qui commence dimanche 31 octobre. L'une des réponses de l'industrie automobile à cette question, c'est la voiture électrique. Des poids lourds de cette industrie, aux États-Unis, misent de plus en plus sur ces véhicules. Mais la pénurie de semi-conducteurs pose problème.

Aux États-Unis, Tesla fait la course en tête

Les pénuries de semi-conducteurs continuent d'affecter le secteur aux États-Unis. C’est le cas, notamment, pour les deux plus gros constructeurs américains : General Motors et Ford. Déjà fortement touchés par le Covid-19 et les fermetures d’usines, les entreprises tournent désormais au ralenti à cause du manque de ces fameux semi-conducteurs. Les bilans comptables des deux compagnies ont été dévoilés cette semaine. Moins 25% de chiffre d’affaires pour General Motors au troisième trimestre et moins 40% pour le bénéfice net du constructeur. Ford s’en tire mieux avec un chiffre d’affaires en baisse de 5%.

Malgré tout, les deux entreprises de Détroit sont plutôt optimistes. "La situation s’est clairement améliorée", assure Ford. Même constat du côté de chez General Motors. Les deux mastodontes misent de plus en plus sur la construction de véhicules électriques. General Motors, notamment, prévoit de lancer 30 modèles d’ici 2025 et Ford a annoncé la création de 11 000 emplois d’ici 4 ans dans l’électrique.

Une transition vers l’électrique afin de se rapprocher d’un autre constructeur américain : Tesla. L’entreprise d’Elon Musk produit beaucoup moins de véhicules mais a dépassé cette semaine les 1 000 milliards de dollars de capitalisation. C'est 13 fois plus que General Motors, 17 fois plus que Ford. Cela grâce à une commande astronomique de 100 000 véhicules par le loueur Hertz.

General Motors espère rattraper Tesla en nombre de véhicules électriques vendus dans les cinq prochaines années. Pour l’instant, cette catégorie ne représente qu’environ 3% des ventes aux Etats-Unis. La transition est en cours mais ce n’est que le début. La Maison Blanche souhaite lui donner un coup d’accélérateur. Le plan d’investissement massif voulu par Joe Biden prévoit ainsi entre autres la construction de 500 000 bornes de recharge à travers le pays. En attendant, les pénuries de semi-conducteurs qui devraient se poursuivre en 2022 continuent d’affecter le secteur automobile et l’économie américaine.

Le Japon en avance dans la transition vers l'électrique

Au Japon aussi, la pénurie de semi-conducteurs est un problème. Dans le pays, la question de la transition vers les voitures électriques se pose également. L’enjeu est énorme pour le secteur de l’automobile japonais même s’il est vrai qu’il a pris une avance considérable. Il n’y a pas de diesel au Japon et cela fait déjà plus de 20 ans que Toyota produit des voitures hybrides. Tous les constructeurs s’escriment, en outre, à rendre les techniques de production moins polluantes.

Mais comme le gouvernement ne cesse de relever fortement les objectifs, ils sont encore loin du compte, comme le soulignait récemment Seiichi Nagatsuka, vice-présent de l’Association des constructeurs d’automobiles : "Le secteur automobile japonais a pris de l’avance en élargissant la gamme de voitures électrifiées et a réduit de 23% en 20 ans ses émissions de CO2. Mais désormais, ce qu’on nous demande, c’est de réduire encore d’autant d’ici à 2030, c’est vraiment un très gros défi." Il précise que, bien entendu, tout sera mis en oeuvre pour y parvenir, mais que cela ne se fera pas sans accompagnement.

Les constructeurs d’automobiles sont en effet presque contraints de changer de métier. Ce qu’ils craignent surtout c’est que le débat soit mal posé. L’ennemi, c’est le carbone, ce n’est pas le moteur à combustion, insiste par exemple Akio Toyoda,  le PDG de Toyota défenseur des hybrides pour assurer la transition sur l’ensemble du cycle de vie des automobiles. "J’entends des politiques dire qu’on n’a qu’à ne fabriquer que des voitures électriques. Mais c’est différent. Pour un pays exportateur comme le Japon, la neutralité carbone pose un problème pour l’emploi", juge-t-il. "La moitié des 10 millions d’automobiles produites annuellement au Japon sont exportées. Si on décrète que les véhicules à moteur à combustion sont des ennemis, cela signifie qu’en 2030, sur les 10 millions de voitures produites au Japon, la plupart ne pourront plus l’être. Et le cas échéant, une grande partie des 5,5 millions de salariés du secteur risquent de perdre leur emploi", s'inquiète-t-il.

Il n’est pas contre l’électrique, mais estime que la transition est mal pensée. C’est-à-dire que l’empreinte carbone des véhicules ne se mesure pas qu’au type de moteur qu’ils embarquent mais aussi au mode, conditions et lieux de fabrication, au contexte d’utilisation et d’autres contingences propres à chaque pays, et qu’on ne peut négliger ces aspects.

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