Pédocriminalité dans l'Église : en Espagne et en Allemagne, des scandales aux multiples conséquences

Des scandales autour de la pédocriminalité dans l'Église éclatent dans plusieurs pays Européens. En Espagne, un récent rapport accable l'institution alors qu'en Allemagne, ces révélations ont entraîné des départs en cascade au sein de l'Église.
Article rédigé par France Info, Mathieu de Taillac
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Le défenseur des droits, Ángel Gabilondo (à droite), remettant son rapport sur la pédocriminalité dans l'Église espagnole à la présidente du Congrès Francina Armengol (à gauche). (MARISCAL / MAXPPP)

En Espagne, un rapport accablant pour l'Église a été publié vendredi 27 octobre. Plus de 400 000 personnes auraient été victimes d’agressions pédophiles au sein d’institutions religieuses, dont plus de 200 000 de la part de prêtres ou de religieux.

Ce rapport est le fruit de témoignages de victimes, qui pour certaines se confiaient pour la première fois, ou qui pour d’autres disaient l’impossibilité d’obtenir une réponse de la part de l’Église catholique. L’équivalent du Défenseur des droits en Espagne, Ángel Gabilondo, a mis en cause les silences coupables de certains. "Ce qui est arrivé a été rendu possible par le silence de ceux qui auraient pu agir davantage, ou différemment, pour l’éviter, explique-t-il. Certains soulignent qu’on ne peut pas dire que tout le monde savait. Mais il est tout aussi clair qu’on ne peut pas dire que personne ne savait."

Toujours selon Ángel Gabilondo, l'Église n'a en effet pas grandement coopéré avec cette enquête externe. "Je mentirais si je disais que personne n’a collaboré, je mentirais aussi si je disais que la collaboration a été extraordinaire." Il a également ajouté qu'un évêque avait "grondé" ses équipes. La conférence épiscopale a lancé sa propre enquête concurrente, qu'elle a confiée à un cabinet d’avocat et dont les conclusions sont toujours attendues.

Des réactions plurielles de l'Église espagnole

Du côté des évêques, le président de la conférence épiscopale, le cardinal Omella, a déclaré que "les chiffres que certains médias ont extrapolés sont un mensonge". Il évoque les 200 000 victimes de clercs et 400 000 victimes dans les institutions religieuses, qui sont les résultats du sondage en proportion de l'entièreté de la population espagnole. Une extrapolation que le Défenseur des droits ne fait pas mais qu’ont faite la plupart des médias espagnols pour avoir, comme en France, un ordre de grandeur.

En revanche, la Conférence des religieux a demandé pardon aux victimes sur X, ex-Twitter. "Nous demandons pardon à toutes les victimes qui ont subi des abus sexuels au sein de l'Église. Nous nous sentons profondément associés à votre douleur et nous regrettons si nous n'avons pas agi correctement à un moment donné."

Parmi les évêques en revanche, tout le monde n'est pas sur la même ligne que le cardinal Ornella. Certains trouvent en effet que le mieux aurait été d’ignorer le rapport, d’autres qu’il faudrait au contraire faire amende honorable.

La fuite des catholiques allemands

Selon une enquête de 2018, près de 3 700 enfants ont été victimes de violences sexuelles entre 1946 et 2014 en Allemagne. Des fidèles reprochent à l’Église d’avoir fermé les yeux sur certaines affaires. Ces révélations ont d’ailleurs entraîné des départs en cascade au sein de l’Église, qui compte 21 millions de membres.

En 2022, 522 000 catholiques ont tourné le dos à l'Église. En 2021, ils étaient déjà 360 000 et ces chiffres sont les conséquences de la crise de confiance qui ébranle l'institution et de ces révélations. Chaque diocèse a donc lancé sa propre enquête indépendante. En Bavière par exemple, le cabinet missionné a identifié, sur la période 1945-2019, 235 auteurs d’abus et 497 victimes. Certains témoins reprochent à l’archevêché d’avoir caché au fond d’une armoire des documents explosifs sur des cas d’abus. Or, de 1977 à 1982, l’archevêque de Munich n’était autre que Joseph Ratzinger, alias Benoit XVI, l’ancien Pape décédé en fin d’année dernière.

L'Église a présenté ses excuses

Depuis 2020, l'Église s'est officiellement excusée et a mis en place un système d'indemnisation. Une commission indépendante est chargée d’estimer les préjudices des victimes. Près de 2 000 ont déjà été examinés et les diocèses et ordres catholiques allemands ont versé 33 millions d’euros aux victimes d’abus sexuels. Une victime sur trois a reçu moins de 15 000 euros et une sur 10 plus de 50 000 euros. Quand les sommes étaient jugées insuffisantes, certains se sont tournés vers la justice avec des montants parfois records. L’archevêché de Cologne, soupçonné d’avoir fermé les yeux sur les agissements d’un prêtre pédophile, a été condamné par exemple à verser 300 000 euros à un homme âgé aujourd’hui de 64 ans.

De plus, pendant trois ans, l'Église a tenté, lors d'un "chemin synodal", de chercher des voies pour se moderniser. Parmi les thèmes abordés, il y avait l’obligation du célibat pour les prêtres, que beaucoup voudraient voir abroger et l'ouverture de la prêtrise aux femmes. Mais pour ces changements, il faut l’aval du Vatican qui les rejette, car il y voit une "menace pour l’unité de l’Eglise". De peur de froisser le Pape, l’Eglise allemande s’est donc arrêtée à mi-chemin sur la route de la modernisation et des réformes.

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