La question du recyclage en Suède, en Corée du Sud et à Singapour

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, nous nous intéressons à la question du recyclage en Suède, Corée du Sud et Singapour

Article rédigé par
Nicolas Rocca, Frédéric Faux et Gabrielle Maréchaux - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Des ouvriers trient des bouteilles en plastique dans un centre de recyclage des déchets à Hoengseong, le 27 mai 2021. (JUNG YEON-JE / AFP)

Pendant quatre jours, Lyon accueille le salon Pollutech qui se présente comme le salon des solutions environnementales notamment en matière de recyclage. Direction la Suède, la Corée du Sud et Singapour 

En Suède, le recyclage est un peu une seconde nature

Comme dans beaucoup de pays nordiques, le recyclage fait partie des nombreuses solutions offertes au consommateur. Ça commence par les bennes à recyclage, que l’on trouve à tous les coins de rues. Mais ce n’est pas tout. Dans le moindre petit supermarché, vous avez des machines qui récupèrent les bouteilles en plastique, les canettes en aluminium, et qui vous redonnent l’argent de la consigne. Les cordonniers et autres réparateurs d’électroménager bénéficient d’un taux de TVA réduit, pour favoriser la réutilisation. Cela touche aussi la mode. Dans certains quartiers, maintenant, vous avez plus de boutiques de vêtements de seconde main que de vêtements neufs. Le résultat, c’est qu’en Suède il n’y a qu’un infime pourcentage des ordures qui se retrouvent en décharge. De ce point de vue, c’est le champion d’Europe.

Mais ça ne veut pas dire que le pays a gagné son combat contre les déchets. Car si la Suède ne met presque rien en décharge, c’est aussi parce qu’elle brûle ses déchets pour faire de la chaleur et de l’énergie. La méthode est contestée dans d’autres pays, mais ici on fait confiance à la technologie qui est censée nettoyer les fumées, et on compte 34 centrales de ce type. Autre souci, on collecte chaque année 467 kg de déchets par personne et par an, et ce chiffre ne baisse plus. C’est comme le taux de recyclage, qui était bon il y a vingt ans, mais qui est maintenant retombé dans la moyenne européenne. On sent bien en Suède que pour aller plus loin, il ne suffira pas de recycler. Il faudrait maintenant générer moins de déchets, à la source, car le meilleur déchet, c’est encore de ne pas en produire.

En Corée du Sud, des progrès en termes de recyclage des déchets alimentaires

Dans ce pays à la croissance extrêmement rapide le système de recyclage a largement progressé aussi bien dans les restaurants qu'au sein des foyers. À Séoul par exemple, une partie des déchets alimentaires sont déposés dans l’une des 6 000 poubelles automatisées de la ville. Le sac est pesé et la facture dépend du poids. Une façon de responsabiliser des citoyens qui étaient autre fois les champions du gâchis de nourriture. Il y a 20 ans la Corée du Sud recyclait seulement 2% de ses déchets alimentaires, un chiffre qui a désormais atteint les 95%. Les restes de nourriture sont ensuite compressés, la partie humide est transformée en biogaz tandis que les déchets secs deviennent des engrais pour les jardins de la ville. Cette transformation est aussi bénéfique pour la planète que pour le portefeuille de la municipalité. Grâce à ce tri efficace Séoul a économisé 8,4 millions de dollars (un peu moins de 7,3 millions d'euros) sur les six dernières années.

Si le pays est efficace dans sa gestion des déchets alimentaires, ce n’est pas le cas pour le plastique. Le problème reste présent comme dans d’autres pays asiatiques, mais il a surtout a été aggravé par la pandémie de Covid-19. Les livraisons de nourriture en ligne ont explosé de plus de 73% en cette année de crise sanitaire, ce qui a entrainé une hausse colossale des déchets plastiques. Si désormais 43,6% d'entre eux sont recyclés, le pays continue d’incinérer, d’enfouir ou d’exporter ses déchets vers la Thaïlande ou aux Philippines. Pour le reste, ce sont malheureusement des dépôts à ciel ouvert qui sont constitués comme celui d’Incheon, dans la grande agglomération de Séoul où réside la moitié de la population du pays. Cette décharge devrait fermer en 2025. Un véritable casse-tête pour les autorités qui ne parviennent pas à trouver un endroit pour stocker les 12 000 tonnes de déchets quotidien qu'elles entreposaient sur place.

 À Singapour, les eaux usées font l'objet de beaucoup d’intérêt

Ce petit pays d’Asie du Sud-Est se veut pionnier dans le recyclage des eaux usées. À l’échelle mondiale, 80% des eaux usées sont rejetées dans la nature, mais à Singapour 40% de l’eau des égouts réapparait dans les robinets d’industries et de particuliers.

Si Singapour s'est intéressé au recyclage des eaux usées, c'est que malgré sa météo souvent pluvieuse, ce petit pays est en situation de stress hydrique. "Il pleut tout le temps, et pourtant on manque d’eau, explique le Professeur Snyder, directeur de l’Environement and water research institute. Cela parait fou mais c’est plutôt logique : Singapour est un petit pays avec une densité parmi les plus élevées au monde. Donc il n’y a pas la place pour collecter cette eau de pluie, il y a des infrastructures pour désaliniser l’eau de mer, mais cela prend beaucoup plus d’énergie que de recycler les eaux usées." Cette dernière méthode présente également d'autres avantages avec un recyclage possible à l'infini ou presque, et une limitation de la pollution marine.

Cette eau usée devient propre et même potable car elle est traitée par un système d’osmose inverse, notamment des ultraviolets et du chlore. Le résultat est impressionnant, au final cette eau recyclée atteint des standards de pureté plus élevés que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais, une barrière psychologique peut demeurer. Pour la combattre l’ancien Premier ministre avait ainsi bu une bouteille de cette eau traitée en direct à la télévision, et les écoles visitent régulièrement les centres de recyclage, en somme Singapour a fait de cette technologie une fierté et ne compte pas s’arrêter là. La proportion d’eau recyclée devrait atteindre 55% de la consommation d'ici 2060, selon l'Agence nationale de l'eau.

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