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La dégradation de la condition des femmes en Afghanistan et en Tunisie

Tous les jours, le club des correspondants décrit comment un même fait d'actualité s'illustre dans deux pays.

Article rédigé par France Info - Mathieu Galtier et Sonia Ghezali
Radio France
Publié
Temps de lecture : 6 min
Des femmes afghanes vêtues d'une burqa dans marché dans le district de Fayzabad, dans la province de Badakhshan, en Afghanistan, le 23 janvier 2023.  (OMER ABRAR / AFP)

Les droits des femmes se réduisent de plus en plus en Afghanistan et en Tunisie. En Afghanistan, les droits des femmes déclinent de jour en jour depuis le retour des talibans à la tête du pays. En Tunisie, pays pourtant connu pour être l'un des plus progressistes sur la place des femmes dans la région, les femmes au pouvoir sont de moins en moins nombreuses et les militantes féministes ne sont plus aussi protégées. 

En Afghanistan, de nouvelles restrictions chaque jour 

En Afghanistan, depuis que les talibans ont pris le pouvoir le 15 août 2021, les violations des droits humains des femmes et des filles se sont multipliées et progressivement aggravées. Les talibans avaient promis qu'ils seraient plus souples que lors de leur précédent régime entre 1992 et 1996. Leur exercice du pouvoir depuis qu'ils l'ont pris par la force démontre le contraire.

L'un des premiers droits que les femmes ont perdu est celui d'exercer en politique. Sous la République afghane d'Afghanistan, le Parlement était composé à 27,7% de femmes. Les Afghanes étaient présentes dans les ministères, au palais présidentiel. Il n'en n'est plus rien.

Les talibans ont aussi exclu les femmes de nombreux secteurs professionnels au nom de la charia, la loi islamique. Aujourd'hui les femmes sont exclusivement autorisées à travailler dans les écoles et le secteur médical où à leur domicile. L'enseignement secondaire et supérieur est aussi interdit aux Afghanes. Cela fait 506 jours que les adolescentes sont privées de collège et de lycée en Afghanistan.   

Plusieurs enseignantes à travers le pays organisent des cours clandestins, et permettent à de nombreuses Afghanes de poursuivre leur éducation, une éducation cependant à haut risque et qui n’aboutit à aucun diplôme ou reconnaissance officielle. De nombreuses femmes travaillent elles à domicile, certaines sont même des cheffes d'entreprise mais elles ont dû faire enregistrer leur société avec le nom d'un de leur proche masculin.

>> Témoignage : Afghanistan : face à la volonté des talibans de réduire les femmes au silence, "Radio Begum" continue d'émettre

Internet permet à de nombreuses femmes de poursuivre leur activité professionnelle à domicile ou leur commerce mais les conditions économiques sont si dégradées, l'electricité est inconstante et parfois même rare et très chères, donc il est difficile de maintenir une activité à domicile. Les femmes sont comme dans un piège qui se referme sur elles un peu plus chaque jour, puisque les talibans annoncent regulièrement de nouvelles restrictions.

Moins de parité en Tunisie

En 1956, Habib Bourguiba établit le Code du statut personnel en Tunisie. Il donne des droits jusqu'alors inédits aux femmes dans le monde arabe. La polygamie est interdite. Le mariage ne peut se faire sans le consentement de la femme. Les femmes ont les mêmes droits que les hommes concernant le divorce. L'arrivée du parti Ennahdha, inspiré des Frères musulmans au pouvoir au lendemain de la révolution en 2011 n'a pas remis en cause ses avancées. Mais elles n'ont pas progressé. Le coup de force du président de la République, Kais Saied, en juillet 2021, inquiète les défenseurs des droits des femmes. Le gouvernement tunisien est dirigée par une femme depuis l'automne 2021. Pourtant cela ne montre pas pour autant que le pays demeure à l'avant garde sur la question de la place des femme dans la région. 

Dans la société civile, la voix des féministes tunisiennes porte de moins en moins. Kais Saied n'a jamais caché son fort conservatisme sociétale. Même s'il est un adversaire acharné de l'islam politique, le chef de l'État partagent avec ses ennemis une même vision du rôle de la femme. Kais Saied s'oppose, par exemple, à l'égalité entre homme et femme dans l'héritage. Or, c'est l'un des combats phares des féministes tunisiennes. Le président affirme que cela remettrait en cause les fondements de la société, dans laquelle, c'est à l'homme de pourvoir aux finances du ménages. Et qu'il est donc normal qu'un frère touche, par exemple, deux fois plus que sa sœur. Le Coran a édicté des règles très strictes sur le sujet. Et Kais Saied refusent d'y porter toucher.

Historiquement refuge des militantes féministes dans la région, là encore la Tunisie l'est de moins en moins. Lundi, l'activiste franco-algérienne Amira Bouraoui a failli être ramenée de force en Algérie par les autorités tunisiennes. La gynécologue condamné à deux ans de prison pour offense au Prophète, était arrivée clandestinement en Tunisie quelques jours auparavant. Munie de son passeport français, elle avait tenté de s'embarquer pour l'hexagone depuis l'aéroport de Tunis. Mais elle a été arrêtée par la police. Jusqu'à récemment, les autorités se montraient pourtant tolérants avec les activistes des pays voisins. Finalement, Amira Bouraoui a pu s'envoler pour Lyon grâce à l'intervention de la France. Les militants des libertés civiles n'ont cependant pas manqué de dénoncer une atteinte grave à la tradition d'accueil de la Tunisie.

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