Guerre en Ukraine : la neutralité de l'Afrique du Sud et de l'Inde, alliés économiques de la Russie

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction l'Afrique du Sud et l'Inde, deux pays qui ne se positionnent pas face au conflit en Ukraine.

Article rédigé par
Claire Bargelès - Sébastien Farcis
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Le Premier ministre indien Narendra Modi salue le président russe Vladimir Poutine avant une réunion à Hyderabad House à New Delhi, le 6 décembre 2021. (MONEY SHARMA / AFP)

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que Bruxelles a proposé, mercredi 4 mai, d'élargir les sanctions européennes contre la Russie, comment se positionnent les alliés économiques de la Russie au sein des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ? Direction l'Afrique du Sud et l'Inde.

L'Afrique du Sud se rêve médiatrice du conflit

Du côté de l'Afrique du Sud, à l'image d'autres pays africains, le parti au pouvoir l'ANC (Congrès National Africain) a décidé de rester prudemment neutre vis à vis de la guerre en Ukraine et de son partenaire des Brics. Depuis le début de l'invasion, le gouvernement sud-africain défend son choix de non-alignement et s'est toujours abstenu lors des votes de sanction devant l'ONU. Alors qu'au tout début de la guerre, le parti tâtonnait autour de la position à adopter, désormais la ligne est claire, et suivie par l'ensemble du gouvernement : la neutralité est de mise, et les termes de "médiation" et de "dialogue" sont martelés pour expliquer l'abstention à l'ONU. Selon la ministre des Affaires étrangères, Naledi Pandor, il faut arrêter de placer Moscou "à la marge des institutions internationales", sans quoi son "niveau d'impunité" sera renforcé. Une stratégie de "diplomatie tranquille" qui s'inscrit dans la tradition du pays, sans compter que l'ANC entretient des liens historiques avec la Russie, du temps de la lutte contre le régime de l'apartheid. Pour sa part, le président Cyril Ramaphosa se rêve en médiateur, ayant déjà échangé par téléphone avec les deux camps, et en profite pour critiquer l'OTAN, un discours qui n'est pas pour déplaire à ses alliés des Brics.

À partir de là, chacun s'est positionné sur la scène politique sud-africaine, pour prendre des directions radicalement différentes. D'un côté, à droite, le principal parti d'opposition, l'Alliance Démocratique, en a profité pour se positionner comme défenseur de la cause ukrainienne. Son patron, John Steenhuisen, était d'ailleurs sur place la semaine dernière, pour observer les conséquences de la guerre. Sur ses réseaux sociaux, on peut le voir rencontrer les maires de Lviv et de Kiev, et condamner le manque d'implication de l'ANC. À l'opposé, le parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) a lui clairement pris position pour Moscou. Le vice-président de cette formation de gauche radicale Floyd Shivambu considère qu'il n'y a "rien de mal" dans les agissements de Vladimir Poutine, qui se bat, selon lui, contre "l'expansion impérialiste de l'OTAN."

En Inde, le choix de la neutralité pour du pétrole à bas prix

L'Inde n'a pas condamné l'agression russe en Ukraine, et s'est abstenue lors de tous les votes sur le sujet à l'ONU. Une position qui a irrité les capitales occidentales, surtout que New Delhi en profite pour acheter du pétrole russe à bas prix. L'Inde explique sa position par plusieurs arguments. Il y a d'abord les arguments pratiques : plus de 80% de l'équipement militaire indien utilisé aujourd'hui est d'origine russe. New Delhi a besoin des pièces de rechange, et ne peut donc pas se permettre d'entrer en conflit diplomatique avec Moscou, surtout à un moment où l'Inde subit des agressions de l'armée chinoise le long de leur frontière disputée. La Russie a du reste été un allié diplomatique fidèle de l'Inde, bien plus constant que les États-Unis, donc New Delhi ne va pas rompre ces liens facilement. Il n'empêche que le gouvernement indien a condamné les atrocités commises à Butcha, en Ukraine, et a appuyé une enquête internationale sur le sujet. Et New Delhi réclame la cessation des hostilités, sans toutefois mentionner la responsabilité directe de la Russie. 

Cette position de neutralité permet à l'Inde d'acheter du pétrole russe, à prix réduit. New Delhi affirme en effet n'avoir aucune obligation à suivre l'embargo unilatéral imposé par certains pays européens et américains, et surtout, l'Inde est le troisième consommateur de pétrole au monde, dont l'essentiel est importé, et la population souffre de l'inflation provoquée par la hausse des cours actuels. New Delhi a donc fortement augmenté ses achats de pétrole russe, offerts à prix réduit. En avril, l'Inde est devenue le premier importateur de pétrole de l'Oural, à l'origine du quart des achats. Ces transactions sont toutefois compliquées : elles ne peuvent pas être faites en dollar à cause des sanctions américaines, ce qui oblige à la mise en place d'un nouveau système d'échange en rouble et roupie indienne.

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