Fake news : combattues en Suède, utilisées par le parti au pouvoir en Inde

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qu'il se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui direction Stockholm où une agence contre la désinformation vient d'être créée et New Delhi où le parti au pouvoir est accusé de manipuler les réseaux sociaux.

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Illustration d'un smartphone avec plusieurs application de réseaux sociaux. (MANAN VATSYAYANA / AFP)

Alors que la Commission Bronner a remis son rapport sur la lutte contre la désinformation en ligne à Emmnuel Macron, mardi 11 janvier, le club des correspondants nous emmène en Suède et en Inde où la menace des fake news est au cœur de l'actualité.

La Suède veut lutter contre les fausses informations venues de Russie et de Chine

En Suède, le gouvernement vient de créer une agence dédiée à l’identification et à la traque des fake news, une première en Europe. Cette nouvelle agence de la défense psychologique, c’est son nom offciel, est chargée de préserver la "société démocratique" et "la libre formation de l’opinion". Elle doit lutter contre la désinformation qui traverse les frontières, via les réseaux sociaux.

Inaugurée le 1er janvier, cette agence emploie déjà 45 personnes et a une double vocation. Il s’agit d'une part de travailler en collaboration avec les communes, les régions, les associations, les entreprises, afin de sensibiliser les groupes qui pourraient être visés et touchés par cette désinformation. Et d'autre part d’identifier en amont ces campagnes de désinformation, les pays qui les organisent et de les contrer avec des moyens diplomatiques ou technologiques.

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Mais comment définir une fake news ? Cette agence ne risque-t-elle pas de représenter une menace pour la liberté d’expression ? C’est une limite à ne pas franchir dans un pays où la liberté d’expression est très, très étendue. Les autorités disent en avoir bien conscience. L’objectif de cette nouvelle agence n’est pas de réguler le débat entre Suédois mais d’identifier les campagnes de désinformation lancées depuis l’étranger par d’autres pays qui veulent nuire à la Suède et aux intérêts suédois.

Quelles sont les cibles des autorités ? Le tout nouveau directeur de cette agence, Henrik Landerholm, a donné des éléments de réponse à la télévision suédoise. Cet ancien officier militaire et ancien ambassadeur ne s’embarrasse pas de précautions diplomatiques : "Nous essayons généralement d'éviter de pointer du doigt les pays mais on sait bien que les rapports de nos services secrets montrent que les menaces de sécurité contre la Suède viennent dans une large mesure des anciens pays de l’Est, et aussi de la Chine". Et pour être clair, dans l’immédiat, c’est la Russie que la Suède veut contrer. Elle se souvient des ingérences russes dans les élections américaines en 2016 ou des avertissements de l’Union européenne.

Le parti nationaliste indien accusé de harcèlement sur les réseaux

En Inde, les tentatives de manipulation de l'opinion viennent non pas de l'étranger mais du gouvernement lui-même, selon une enquête du média en ligne The Wire. L'article révèle que le parti nationaliste hindou (BJP) au pouvoir utilise un logiciel afin de manipuler les réseaux sociaux, d’y lancer des campagnes de haine ou d’utiliser illégalement le compte Whatsapp d’une personne.

Cette application, appelée Tek Fog, est redoutable : en quelques clics, son utilisateur peut créer des milliers de faux comptes sur Twitter et y lancer une campagne pour faire remonter un mot clé faisant ainsi croire qu’un thème politique est populaire. Tek Fog contourne ainsi les mesures de sécurité des réseaux sociaux qui interdisent ces pratiques. Plus grave encore, l'application permet de prendre le contrôle d’un compte Whatsapp inactif et d’envoyer des messages à ses contacts réguliers, sans que le propriétaire ne s’en rende compte. Une technique proche de celle utilisée par le fameux logiciel d’espionnage Pegasus, mais plus accessible, donc plus dangereuse.

Selon l'enquête (en anglais) menée par deux spécialistes en analyses de données pour le média indien The Wire, le BJP utilise Tek Fog depuis plusieurs années. L'application aurait ainsi contribué à renverser les tendances de popularité sur Twitter pour contrer les propositions de l’opposition. Le parti aurait aussi une base de données de personnes, rangées selon leurs professions, genre, ou caractéristiques physiques, et utiliserait Tek Fog pour lancer des attaques ciblées sur les réseaux et humilier des femmes journalistes qui critiquent le BJP, par exemple.

Pour Devesh Kumar, qui co-signe cette enquête, cette technique est démoniaque : "Il suffit de connecter une catégorie d’utilisateurs à une catégorie de mots clés de réponse et le logiciel va bombarder automatiquement des messages à ces personnes. C’est bien plus qu’un simple outil markéting, car le marketing ne prévoit pas d’appeler une personne 'prostituée' plus de 100 fois d’affilée. Tek Fog est un outil de harcèlement en ligne."

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L’un des responsables incriminés dans l’enquête a démenti l'utilisation par le BJP de l'application. Les journalistes de The Wire montrent pourtant des captures d’écran de Tek Fog où les serveurs du parti du Premier ministre Narendra Modi sont bien mentionnés. Tek Fog a été développée par la multinationale indienne Persistent, cotée à la bourse de Bombay et qui possède des bureaux en France. Mais la société n’a pas daigné répondre aux enquêteurs. Ces actions de harcèlement ou de vol d’identité, si elles sont prouvées, sont punies de plusieurs années de prison en Inde.

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