Cryptomonnaies : les ambitions très différentes du Nigeria, du Salvador et de la Chine face à l'expansion des devises virtuelles

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Dans le club des correspondants, franceinfo passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd'hui, direction la Chine, le Salvador et le Nigeria, trois pays qui ne voient pas d'un même oeil l'avènement des cryptomonnaies.

Article rédigé par
Liza Fabbian, Emmanuelle Steels, Stéphane Pambrun - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Illustration sur les cryptomonnaies. (JOEL PHILIPPON / MAXPPP)

De plus en plus de pays prennent la vague de la cryptomonnaie. En France, le bitcoin a battu des records en Bourse fin 2020, dépassant les 30 000 dollars. Son cours reste toutefois très fluctuant. Malgré cela, les monnaies virtuelles séduisent et aiguisent les appétits un peu partout dans le monde. Illustrations au Nigeria, au Salvador et en Chine.

Au Nigeria, la banque centrale lance sa propre monnaie numérique

Son nom ? Le e-Naira. Cette future monnaie virtuelle aura pour vocation principale l'inclusion financière et existera parallèlement aux devises en espèces. Cette cryptomonnaie devrait largement faciliter les paiements – notamment pour les personnes qui n'ont pas accès aux systèmes bancaires traditionnels au Nigeria. Le e-Naira doit permettre un paiement simple, gratuit et sûr, sous contrôle de la Banque centrale. Mais celle-ci se défend aujourd'hui de vouloir faire concurrence aux banques commerciales.

En lançant cette monnaie numérique, le Nigeria espère aussi limiter le recours aux cryptomonnaies déjà existantes – telles que le bitcoin – qui échappent à son contrôle. D'ailleurs, les transactions en cryptomonnaies sont en principe interdites dans ce pays d'Afrique de l'ouest, même si beaucoup y voient une valeur refuge, face à la faiblesse de la monnaie locale, le Naira. A tel point que le Nigeria se classe dans le top 10 des pays possédant le plus grand nombre d'utilisateurs de monnaies virtuelles, au monde.

Certains commerçants y ont aussi recours pour faciliter leurs échanges et éviter taxes. Avec le e-Naira, la banque centrale espère faciliter les envois de devises de l'étranger – au moment où de nombreux Nigerians installés à l'étranger s'éloignent des circuits officiels pour envoyer des fonds au pays.

Le Salvador, pionnier sur le bitcoin

Ce petit pays d'Amérique centrale est devenu, mardi 7 septembre, le premier au monde à faire du bitcoin une monnaie légale, au même titre que le dollar américain. C’était la volonté du président, convaincu qu’il allait convertir à la cryptomonnaie une majorité de la population qui ne dispose pas de compte bancaire. Mais sa décision n’a pas eu l’effet escompté. Une majorité de Salvadoriens s’opposent en effet à l’adoption de la cryptomonnaie, dans laquelle ils voient une source d’incertitudes économiques.
 
Selon les sondages, 70% des Salvadoriens considèrent que cette expérimentation se joue à leurs dépens. L’intérêt de la manœuvre reste d’ailleurs incertain et le manque de transparence du gouvernement ne permet pas de dissiper les doutes de la population. D’abord l’usage du bitcoin devait être volontaire, mais finalement tous les commerces du pays se sont vus forcés d’accepter ce mode de paiement.

Les Salvadoriens pensent qu’après l’adoption du dollar comme monnaie officielle, celle du bitcoin ne fait que renforcer l’absence de contrôle officiel sur la politique économique et monétaire et ouvre la porte au blanchiment d’argent.
 
Le pays a d’ailleurs connu plusieurs manifestations contre la légalisation du bitcoin comme monnaie officielle. La dernière s'étant déroulée jeudi 30 septembre où des milliers de personnes, notamment des syndicats, des juges et des militaires ont manifesté à San Salvador devant l’assemblée législative, qui a approuvé la fameuse Loi bitcoin il y a quelques mois.

L’imposition de la cryptomonnaie est perçue comme un caprice de la part d’un président jugé autoritaire, Nayib Bukele, qui était jusqu’alors l’un des plus populaires d’Amérique latine. L’intéressé estime simplement que les Salvadoriens sont en pleine période d’apprentissage, et que cela suscite une forme de rejet. 

La Chine, farouche adversaire du bitcoin... mais pas de la cryptomonnaie

Pékin a porté un coup d’arrêt fatal cette semaine aux cryptomonnaies. Après avoir interdit le minage, la création informatique de monnaie, la banque centrale a déclaré illégales toutes les transactions financières en cryptomonnaies. Plusieurs raisons expliquent cette aversion de la Chine pour le bitcoin.

La première c’est la consommation électrique excessive que cela implique. Dans ce pays, une multitude de gigantesques fermes de minages produisaient 75% du minage de bitcoin dans le monde, un facteur important d’émission carbone. Sans compter que la Chine connaît en ce moment des pénuries d’électricité. La fabrication informatique de bitcoin est donc désormais interdite.

L’interdiction des transactions financières est motivée par des enjeux de souveraineté nationale. La Chine contrôle de très près les mouvements de capitaux, il est par exemple interdit de sortir plus de l’équivalent de 50 000 dollars par an du pays. C'est pour cela que beaucoup de Chinois utilisaient le bitcoin qui est impossible à tracer. Il sert aussi aux activités criminelles des triades, les fameuses mafias chinoises.

Cependant, la Chine ne tourne pas complètement le dos aux monnaies numériques. Cette répression visant les cryptomonnaies est aussi une manière pour Pékin de mettre en place sa propre devise numérique, appelée e-Yuan et qu'il est déjà possible d'utiliser dans la capitale.

Le cap des 5 milliards de dollars de transactions a déjà été franchi et le yuan numérique devrait remplacer à terme les pièces et les billets avec l'incontournable effigie de Mao. La Chine est l'un des pays les plus avancés sur cette question de sa monnaie virtuelle qui sera généralisée en 2022 lors des Jeux olympiques d'hiver de Pékin. 

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