Abaya interdite à l'école en France : qu'en est-il chez nos voisins européens ?

Tous les jours, le club des correspondants décrit comment un même fait d'actualité s'illustre dans plusieurs pays.
Article rédigé par France Info - Carlotta Morteo,, Pierre Chaperon, David Philippot
Radio France
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Temps de lecture : 6 min
PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP (DYLAN MEIFFRET / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP)

Pour cette rentrée scolaire en France, le port de l'abaya, cette robe longue et ample, est interdite, ainsi que l'a annoncé le ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal. Même si la nature de ce vêtement reste discutée, cette décision, prise au nom de la laïcité selon le ministre, est unique en Europe.

Peu d'interdits dans les pays nordiques

En Suède, il n'y a aucune règle en matière de vêtements religieux. On peut porter ce qu’on veut, l'abaya, la kippa, la croix, le voile islamique dans l’espace public comme les écoles, les hôpitaux, l’armée, les piscines,  pour les fonctionnaires ou dans les entreprises. La liberté d’expression est sacro-sainte, protégée par la Constitution. L’expression de son affiliation religieuse est donc un droit que la Cour suprême suédoise a défendu dans plusieurs affaires.

Au Danemark, il est interdit d’avoir son visage caché. Les niqabs et les burkas sont par conséquent bannis depuis 2018. On risque une amende de 160 euros, qui monte à 1 600 euros en cas de récidive. 

En Norvège, la burqa est interdite dans les écoles et les universités.

En Finlande, les kippas et les hijabs sont interdits à l’armée, pas parce que ce sont des signes religieux, mais parce qu'aucune coiffe, hors béret militaire, n’est autorisée. En revanche, la Ligue nationale du football finlandais, qui offre à ses licenciés maillots, shorts et chaussettes, a ajouté depuis deux ans des hijabs sportifs à sa liste. Ils sont plus pratiques pour courir qu’un voile traditionnel et c’est une manière d’encourager les jeunes femmes musulmanes à faire du sport. 

En Espagne et en Allemagne, la laïcité encouragée

En Espagne, il n'existe pas de réglementation à l’échelle nationale. Les sujets liés à l'Éducation sont gérés par les puissantes régions et en cas d'absence de règles, c'est à la dicrétion de chaque établissement. La règlementation est plus stricte dans l'enseignement privé religieux mais dans les classes, les crucifix accrochés au murs sont interdits depuis la loi de 2010, qui promeut la laïcité de l'Espagne. Le débat en fait n’est pas central pour une large partie des Espagnols, dans une société où la religion catholique est encore présente dans la vie publique sans que cela choque grand monde.

En Allemagne, la question de l'abaya ne se pose pas comme en France, peut-être parce que la communauté musulmane du pays vient majoritairement de Turquie, où ce vêtement n'est quasiment pas porté. Plus généralement, la liberté de la religion est un droit protégé par la Loi fondamentale, on est ici bien loin de la laïcité à la française car il n’y a pas, en Allemagne, de séparation stricte entre l'Église et l’État. À cause de son histoire récente, le pays tient à faire preuve de neutralité et de tolérance à l'égard de toutes les visions du monde et de toutes les religions. Mais les musulmans doivent parfois passer par les tribunaux pour imposer leur droit, comme l'illustre un cas de niqab accepté en classe (voile intégral qui ne laisse apparent que les yeux). Cependant il est à noter que l'inspection scolaire a le pouvoir d'interdire des signes religieux ostentatoires, dans le cas où la paix scolaire est concrètement menacée.

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