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Variole du singe : comment la recherche s’organise dans le monde pour mieux connaître la maladie

Les chercheurs du monde entier mènent l'enquête sur la variole du singe, un virus bien connu qui circule habituellement en Afrique mais qui est arrivé en Europe et en Amérique en se transmettant entre humains de manière inattendue.

Article rédigé par Anne-Laure Dagnet
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Le Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste, dans son bureau de l'Institut Pasteur lors d'une visioconférence avec l’OMS. (ANNE-LAURE DAGNET / RADIO FRANCE)

Des chercheurs du monde entier mènent l'enquête sur la variole du singe, alors que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a indiqué mardi 14 juin 2022 qu’elle cherchait à évaluer si la variole du singe devait ou non être considérée comme "une urgence de santé publique internationale". En tête des questions qui demeurent, et à laquelle les scientifiques tentent de répondre : comment ce virus qui circule habituellement en Afrique est arrivé en Europe et en Amérique ?

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En France, si on ne recense "que" 91 malades, sans forme grave ni décès, la circulation inhabituelle de la maladie inquiète, mobilisant nombre d’équipes de chercheurs. Partout dans le monde, les scientifiques cherchent ainsi à comprendre pourquoi les cas se multiplient en Europe et en Amérique du Nord uniquement entre humains, alors qu'en Afrique ce sont dans la plupart des cas les animaux qui transmettent la maladie à l'homme.

Des chiens de prairie à l’origine des premières transmissions à l’homme

L'OMS fait le point régulièrement et l'équipe du Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste, traque la variole du singe en Afrique où le virus est apparu en 1970 chez un bébé au Congo. La première fois qu'il a été identifié, c'était sur un singe dans une animalerie, au Danemark en 1958, d'où le nom de "variole du singe". Ce n’est pourtant pas le primate qui transmettrait la maladie, mais plutôt des écureuils ou de petits rongeurs. Ce sont d’ailleurs des chiens de prairie infectés par la maladie qui sont à l'origine des premiers cas chez l'homme aux États-Unis, en 2003.

En Afrique, le virus circule dans la population depuis les années 1970, et cause parfois des morts. Camille Besombes, médecin infectiologue dans l'unité d'épidémiologie des maladies infectieuses émergentes à l'Institut Pasteur de Paris, mène l'enquête en Centrafrique avec les équipes de l'institut pour savoir d'où provient ce virus. "Un petit centre de santé informe l'Institut Pasteur de Bangui quand il y a un cas suspect, explique-t-elle. L'Institut Pasteur de Bangui dépêche une équipe d'investigation, dans laquelle je fais partie quand je suis sur le terrain. On va d'abord voir les humains atteints, on leur pose des questions, on fait des prélèvements de sang en PCR pour chercher le virus."

"On s'intéresse à leurs contacts, puis on s'intéresse aux animaux, en tentant de mettre des pièges, et de demander aux populations locales de nous amener les animaux qu'ils ont l'habitude de consommer ou de chasser pour voir s'il y a quelque chose."

Camille Besombes, infectiologue

à franceinfo

En France, la procédure est identique : sous la houlette de Santé publique France, dès qu'un cas de variole du singe est repéré, les chercheurs prélèvent des échantillons des lésions, les boutons causés par la maladie, et envoient ces prélèvements à l'Institut de recherche biomédicale des armées ou à l'institut Pasteur à Paris.

Au terme de ces premières investigations, les scientifiques ont pu établir que la souche qui sévit sur nos continents est la même que celle qui circule en Afrique de l'Ouest, c’est-à-dire la moins grave. L'épidémie qui sévit en Europe a très probablement une origine unique, puisqu'ils ont trouvé des similitudes sur les séquençages de plusieurs prélèvements.

Le virus serait arrivé en Europe lors d’une gay pride aux Canaries

Des indices permettent d’établir que le virus serait arrivé en Europe au cours d'une gay pride début mai aux Canaries. Il s’agit là de la thèse de l'"évènement super-propagateur", explique le Pr Arnaud Fontanet : "Ce qui est particulier dans cette épidémie, indique-t-il, c'est qu'il semblerait qu'il y ait eu un ou deux événements que nous appelons dans notre jargon des événements 'super-propagateurs'. Cela veut simplement dire qu'il y a eu des rassemblements de masse où il y a pu y avoir beaucoup de contaminations et un démarrage d'épidémie, poursuit l'épidémiologiste. Depuis, l'épidémie continue de se transmettre en très grande majorité dans la communauté homosexuelle masculine."

Au Portugal, une équipe de chercheurs a analysé le génome du virus prélevé sur neuf malades et a découvert de petites mutations, peut-être le début d'un indice sur ce nouveau mode de transmission entre hommes, même s’il subsiste bon nombre d’inconnues. "L'éruption est un peu différente de celle qui est observée en Afrique, avec beaucoup plus de lésions au niveau de la sphère génitale", souligne le Pr Arnaud Fontanet.

"Il y a probablement une transmission sexuelle. S'agit-il de contacts ou de rapports sexuels ? Le sperme est-il infecté ? La gamme de recherches à réaliser est encore très importante."

Pr Arnaud Fontanet, épidémiologiste

à franceinfo

La sémantique des séquençages et des cas contacts rappelle furieusement celle du Covid-19, mais la maladie n’a pas grand-chose à voir avec le coronavirus. D'abord elle n'est pas aussi grave, ni aussi contagieuse que le Covid : il faut vraiment des contacts rapprochés pour l'attraper. Le sujet est contagieux lorsqu’il éprouve des symptômes tels qu’une forte fièvre, des maux de tête et des ganglions enflés. Les scientifiques sont donc assez sereins sur l'évolution de la maladie : il n’y a pas d'épidémie massive en vue.

>> Variole du singe : l'UE conclut un contrat pour plus de 100 000 doses de vaccins

Par ailleurs, la recherche avance aussi sur les traitements et un fameux vaccin. Ainsi, pour protéger les cas contacts des malades, on utilise le vaccin contre la variole, qui est efficace à 85% contre cette variole du singe. Il existe aussi des traitements pour les plus fragiles, mais pour la majorité des malades, ils ne sont pas nécessaires, la maladie se résorbe d'elle-même en quelques semaines.

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