Variole du singe : cinq questions sur les dizaines de cas avérés en Europe et en Amérique du Nord

Des dizaines de personnes porteuses de ce virus ont été signalées au Royaume-Uni, en Espagne, au Portugal, en Suède, au Canada, aux Etats-Unis mais aussi en France depuis près de deux semaines. 

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L'Organisation mondiale de la santé surveille l'évolution épidémiologique du virus de la variole du singe, qui a fait son apparition en Europe et en Amérique du Nord début mai 2022. (MAXPPP)

La variole du singe, habituellement cantonnée à certaines régions d'Afrique, a fait son apparition en Europe et en Amérique du Nord. Un premier cas a été confirmé en France, vendredi 20 mai, rapporte la direction générale de la santé (DGS). Depuis deux semaines, plus d'une trentaine de cas ont été confirmés en Espagne, au Portugal, au Royaume-Uni, en Suède, au Canada et aux Etats-Unis, selon les autorités sanitaires des pays concernés. 

Cette multiplication de foyers depuis le 6 mai, date à laquelle les premiers cas ont été signalés outre-Manche, inquiète l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Franceinfo répond à cinq questions sur ce virus transmis à l'homme par l'animal.

1D'où vient cette maladie ?

L'orthopoxvirose simienne, dite "variole du singe" ("monkeypox", en anglais), est une zoonose virale rare, principalement observée dans les zones isolées du centre et de l'ouest de l'Afrique, à proximité des forêts tropicales humides, explique l'OMS. Elle a émergé à la suite de l'éradication mondiale de la variole en 1980 et l'arrêt de la vaccination antivariolique. Ce virus a été identifié pour la première fois chez l'homme en 1970 en République démocratique du Congo (RDC). Sa durée d'incubation varie, en général, de six à seize jours. Mais cela peut aller jusqu'à 21 jours.

2Quels sont ses symptômes ?

La maladie se caractérise par des symptômes similaires à ceux provoqués par la variole autrefois. Mais elle est moins grave, assure l'OMS. Dans un premier temps, le patient infecté subit une fièvre, de forts maux de tête, des douleurs musculaires, une inflammation des ganglions lymphatiques caractéristique, des maux de dos et une grande fatigue. Puis des boutons apparaissent, d'abord sur le visage, puis dans les paumes des mains et sur les plantes des pieds. Les muqueuses buccales, les parties génitales et la cornée peuvent aussi être touchées par cette importante éruption cutanée. La disparition des symptômes prend, dans la majorité des cas, deux à trois semaines, explique l'Organisation mondiale de la santé.

3Comment se transmet-elle ?

La variole du singe fait partie de la famille des zoonoses (des maladies qui se transmettent de l'animal à l'humain, et réciproquement). Le plus souvent, le virus est transmis à l'homme par des rongeurs infectés ou des primates, via le contact direct avec du sang, des liquides biologiques ou des lésions cutanées ou des muqueuses de ces animaux. La consommation de viande d'animaux infectés pas suffisamment cuite peut également être un facteur de risque. Cette maladie doit son appellation au fait que le virus a été découvert en 1958 sur des singes tenus en captivité en laboratoire.

La transmission interhumaine, elle, se produit principalement par les particules des gouttelettes respiratoires lors d'un contact face-à-face prolongé, ce qui expose les membres de la famille des cas évolutifs à un risque infectieux plus grand. Mais la contamination peut provenir de contacts étroits avec des lésions cutanées d'un sujet infecté ou d'objets, comme la literie, récemment contaminés par des liquides biologiques ou des matières provenant des lésions d'un patient, détaille l'OMS.

"Il est important de souligner que la variole du singe ne se transmet pas facilement entre les personnes et que le risque global pour le grand public est très faible", assure le docteur Colin Brown, directeur des infections cliniques et émergentes à l'Agence de sécurité sanitaire britannique (Ukhsa)*. Rien ne permet d'affirmer que la seule transmission interhumaine permette de maintenir la variole du singe dans la population humaine, assure de son côté l'OMS.

4Est-elle dangereuse pour l'humain ?

Il n'existe pas de traitement spécifique ni de vaccin préventif contre l'orthopoxvirose simienne. Le patient guérit en général spontanément avec l'aide de soins appropriés. Si la vaccination antivariolique était efficace pour prévenir la maladie à l'époque des campagnes vaccinales, le vaccin n'est plus disponible pour le grand public depuis l'arrêt de sa fabrication, rappelle l'OMS. Cependant, pour les patients ayant bénéficié de la vaccination antivariolique plus jeunes, l'évolution de la maladie est potentiellement plus bénigne.

Les cas graves sont liés à la durée de l'exposition au virus, à l'état de santé du patient avant la maladie ou à la gravité des complications induites. Le taux de létalité peut fortement varier (de 1 à 10%) et semble notamment lié à l'âge des patients, les jeunes enfants étant les plus sensibles face à ce virus.

5Que sait-on des cas identifiés à travers le monde ?

Le premier cas avéré a été signalé le 6 mai au Royaume-Uni par l'Agence de sécurité sanitaire britannique (Ukhsa). Le patient avait effectué un voyage au Nigeria* entre fin avril et début mai. Depuis, huit autres cas ont été identifiés, à la date du mercredi 18 mai.

L'Ukhsa n'a établi aucun lien de transmission entre ces patients. Quatre d'entre eux"semblent avoir été infectés à Londres". Ces derniers se sont présentés comme "homosexuels, bisexuels ou ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes", précise l'agence britannique, qui enquête sur la source de ces infections "rares et inhabituelles""Les preuves suggèrent qu'il pourrait y avoir une transmission du virus de la variole du singe dans la communauté", alerte la docteure Susan Hopkins*, conseillère médicale en chef à l'Ukhsa.

Le Portugal a de son côté signalé vingt cas suspects mardi. Tous recensés "dans la région de Lisbonne et de la Vallée du Tage", précise le quotidien Diaro de Noticias (en portugais). "Quatorze cas (sont) confirmés et au moins deux autres (présentent) une forte probabilité d'être également des infections." Tous ces cas sont "pour la majorité des jeunes, tous de sexe masculin", et ils présentent "des lésions ulcéreuses", détaille la Direction générale de la santé portugaise dans un communiqué. Pour autant, "il ne s'agit pas d'une maladie liée aux options sexuelles", assure l'infectiologue Jaime Nina auprès du journal portugais.

Son voisin, l'Espagne, a déclenché mercredi une alerte sanitaire après la détection de huit cas suspects à Madrid. Les huit hommes touchés sont en attente de la confirmation de leurs contaminations, qui ne semblent pas liées entre elles, souligne El Pais (en espagnol). Le directeur du Centre de coordination des alertes et urgences sanitaires (CCAES) du ministère de la Santé, Fernando Simon, a expliqué qu'"il est peu probable que la variole du singe génère une transmission significative [en Espagne], mais (cela) ne peut être exclu"

Un premier cas confirmé, dans la région de Stockholm, a également été détecté en Suède, jeudi. Selon l'Agence de santé publique suédoise, la personne infectée "n'est pas gravement malade, mais a reçu des soins". Les autorités sanitaires suédoises ont précisé qu'elles enquêtaient actuellement avec l'appui des centres régionaux de contrôle infectieux pour savoir "s'il y a davantage de cas dans le pays".

De l'autre côté de l'Atlantique, une dizaine de cas suspects ont également été révélés mercredi au Canada. "Pour le moment, le Québec n'a aucun cas confirmé", a informé la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Marjorie Larouche, au quotidien La Presse. Cependant l'Agence de santé publique canadienne dit suivre la situation de près, tout en assurant qu'aucun cas n'a été signalé à la date du 18 mai. Et aux Etats-Unis, un homme qui s'était récemment rendu au Canada a été dépisté positif à cette maladie dans le Massachusetts.

* Tous ces liens renvoient vers des contenus en anglais

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