Salles de shoot : pour les spécialistes, "l'effet est globalement positif"

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Deux salle de consommation à moindre risque (SCMR) existent en France à titre expérimental, à Paris et Strasbourg. Les députés doivent décider cette semaine de poursuivre ou non l'expérimentation, et éventuellement d'en ouvrir de nouvelles, à Bordeaux, Marseille et Lille, notamment. 

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Un consommateur prépare une seringue d’héroïne à la salle de shoot de Strasbourg (Bas-Rhin), octobre 2021 (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Officiellement, ces structures sont des salles de consommation de drogue à moindre risque (SCMR). La salle de shoot de Strasbourg est l'une des deux ouvertes en France à titre expérimental. Michel y passe de temps en temps, avec son héroïne. Des travailleurs sociaux et les infirmiers lui fournissent du matériel stérile, et Michel se pique ici, sous leur surveillance, dans un box. "C'est bien, ce genre d'endroit. Ça évite qu'on laisse traîner des seringues partout, parce que souvent après un shoot on n'est pas très concentré... Ça peut arriver de laisser traîner du matos, et ce ne serait pas bien qu'un gamin tombe dessus. Je suis carrément pour ce genre de salle.

"Ici les gars nous aident et ne portent aucun jugement."

Michel, toxicomane

à franceinfo

Après son shoot, Michel va pouvoir rester autant qu'il veut, en salle de repos ou dans le jardin. Ici, pas de jugement, un cadre plus sûr, plus hygiénique pour ces hommes et femmes qui vivent dans la précarité, souvent dans la rue : c'est aussi ce que vient chercher Christophe. "Ça fait 21 ans que je me drogue. J'ai arrêté plein de choses : l'ecstasy, le speed, la kétamine... L'héroïne, j'ai arrêté un peu mais je reprends de temps en temps. La coke je n'ai pas arrêté, c'est trop dur. Mon rêve c'est d'arrêter tout, et ici on a plus de courage, plus de volonté pour arrêter, parce que les personnes nous disent ce qui est bien et ce qui n'est pas bien."

Une cinquantaine d'usagers chaque jour

La salle de consommation de drogue à moindre risque, c'est certes pouvoir consommer en toute sécurité, mais aussi être aidé si on souhaite arrêter la drogue : "Cela fait partie de notre travail d'orienter les personnes vers les structures adaptées, un lit de sevrage ou une post-cure pour un séjour de consolidation du sevrage de deux, trois mois ou six mois", explique le coordinateur Nicolas Ducourneau. Une cinquantaine d'usagers viennent chaque jour dans la salle de consommation de drogue de Strasbourg.

Les salles de consommation de drogue ont été au cœur de l'actualité ces dernières semaines. Il y a eu notamment un projet de nouvelle salle dans le 20e arrondissement de Paris, finalement abandonné devant l'opposition ferme des habitants du quartier. Pour la salle parisienne existante à l'hôpital Lariboisière, les riverains se plaignent régulièrement de nuisances et d'insécurité. À Strasbourg, au contraire, le débat est dépassionné car la salle de consommation de drogue se situe au cœur de l'hôpital, le long d'un quai et à l'écart de tout voisinage.

Les pratiques à risque en baisse

Après cinq ans d'expérimentation, Jean Castex a récemment tranché : le gouvernement est favorable à l'ouverture de nouvelles salles. Il existe des projets à Marseille, Bordeaux, Lille et de nouveau à Paris. Le Premier ministre s'est appuyé notamment sur l'avis de scientifiques : des chercheurs de l'Inserm ont étudié les deux salles de consommation de drogue à moindre risque de Paris et Strasbourg pendant un an et en ont tiré un rapport de 350 pages, publié au mois de mai dernier. Rapport résumé par l'un de ses auteurs, le Pr Laurence Lalanne, addictologue au CHU de Strasbourg : "Il y a une diminution des pratiques à risque d'infection par le virus du sida et par le virus de l'hépatite C : moins d'échanges et d'utilisation de matériel usagé. Il y a également une diminution des overdoses non fatales, des abcès, des passages aux urgences, des délits et des injections dans l'espace public. Donc l'effet est globalement positif."

L'Inserm a même calculé que sur dix ans, les salles de consommation de drogue de Paris et Strasbourg permettent d'éviter 11 millions d'euros de frais médicaux occasionnés par l'usage des drogues.

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