Crack à Paris : en l'absence de traitement, le président de SOS Addictions plaide pour l'augmentation des moyens psychologiques et sociaux

Selon William Lowenstein, médecin addictologue et président de l'association SOS Addictions, invité ce samedi sur franceinfo, les salles de shoot ne sont qu'une partie de la réponse à apporter au problème de la consommation de crack.

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Radio France
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La salle de shoot L'Argos, à Strasbourg, le 7 novembre 2016. (JEAN-MARC LOOS / MAXPPP)

"Il faut des lieux dédiés pour accueillir les consommateurs de crack si on veut sortir de cette situation inhumaine", a estimé samedi 2 octobre sur franceinfo William Lowenstein, médecin addictologue et président de l'association SOS Addictions, alors qu'une nouvelle manifestation de riverains est prévue dans l'après-midi contre la présence d'usagers de crack dans les rues de Pantin et Aubervilliers venus du 19e arrondissement de Paris.

franceinfo : Est-ce qu'il faut des lieux dédiés pour accueillir les consommateurs de crack ?

William Lowenstein : Oui, il faut des lieux dédiés pour accueillir les consommateurs de crack si on veut sortir de cette situation inhumaine, pour eux, et insupportable pour les riverains. Mais les salles de consommation sont efficaces à deux conditions : d'abord si elles s'inscrivent dans une prise en charge médico-sociale beaucoup plus globale avec des passerelles vers des services de soins en addictologie et en psychiatrie, mais aussi si un travail de concertation est entrepris avec les riverains, les forces de l'ordre, le préfet et l'Agence régionale de Santé.

Y a-t-il des traitements médicaux connus ?

Il faut savoir que le crack c'est une forme violente de la cocaïne, rapide puisqu'elle est fumée. Or, pour les traitements de la cocaïne, on n'est pas très bons. Il n'y a pas de médicaments de substitution comme pour l'héroïne même quand elle est injectée et cette faiblesse thérapeutique, médicamenteuse, suppose l'augmentation des moyens d'accompagnement psychologiques et sociaux. C'est la raison pour laquelle ces salles de consommation doivent être des entrées sur un parcours de soins et le mot qu'on entend peu c'est celui de passerelle. Si la salle de consommation se transforme en ghetto insupportable pour les patients comme pour les riverains on est dans l'échec. Si, en revanche, on arrive à réaliser de réelles passerelles dans un parcours de soins, cela change tout.

Le problème, c'est encore une fois le manque de moyens ?

Oui, il faut des moyens importants. Il y a plus de 300 passages par jour dans la salle de consommation à Paris, un peu moins dans l'autre salle à Strasbourg. Ce n'est pas une seule salle débordée qui peut régler le problème. Mais, vu ce qu'on fait là, déplacer le problème avec le coût de la répression que cela suppose, je pense qu'on est dans des budgets équivalents.

Comment expliquez-vous que ces consommateurs se réunissent à ciel ouvert dans un même lieu ?

Les crackers ont tendance à se rassembler dans un lieu où le deal peut être à portée de main, parce que l'action du crack est de très courte durée. Ils n'achètent pas de quoi consommer pendant des heures. Ils achètent de quoi consommer un peu, et puis encore un peu, et encore, parce que le besoin de reconsommer est terriblement fort.

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