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REPORTAGE. "On s'entend vraiment bien" : l'accueil réussi de réfugiées ukrainiennes dans une famille vendéenne

Depuis le début de l'offensive russe en Ukraine, il y a un an, 100 000 Ukrainiens ont trouvé refuge en France, selon le ministère de l'Intérieur. Près d'un tiers, 30 000 déplacés, ont été accueillis par des familles d'accueil.
Article rédigé par franceinfo, Valentin Dunate
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Illustration réfugiés ukrainiens. (CLEMENTZ MICHEL / MAXPPP)

Soniia et Nadiaa ont dû fuir le Donbass, l'oblast de Lougansk qui est actuellement sous occupation et confrontés à de violents combats. Depuis près d'un an, ces deux femmes sont hébergées par une famille d'accueil à La Roche-sur-Yon, en Vendée. Nadiaa la mère - qui est institutrice - donne des cours de mathématiques à distance. Les élèves de sa ville, Svatové, sont désormais éparpillés en Ukraine et en Europe mais malgré la distance, "c'est important pour moi et pour les enfants ukrainiens", explique Nadiaa. "C'est important pour toute l'Ukraine."

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Sa fille, Soniia 17 ans, se souvient parfaitement du début de l'offensive il y a un an. Elle et sa mère se sont réveillées à 5 heures du matin, en panique. Puis quelques jours plus tard, elle a vu les soldats russes occuper sa ville. "Ils allaient dans toutes les maisons, raconte Sonia, pour supprimer tout ce qui était ukrainien. Ils ont mis des drapeaux russes partout. Jamais je n'aurais pu imaginer que je serais ici, il y a un an. Au début, c'était dur, beaucoup de stress, mais maintenant, on s'entend vraiment bien avec notre famille française."

"Elles font partie de la famille"

Il faut donc imaginer Nadiaa et Soniia descendre du bus en avril 2022 après un long voyage, quelques affaires et beaucoup de souvenirs avant de rencontrer Sébastien et Kathy. "Ça s'est fait naturellement, raconte Kathy. On a laissé les choses se faire. On leur a laissé le temps de s'adapter. Comme nous finalement, parce que c'est une adaptation, mine de rien, de recevoir deux personnes chez soi à temps plein. Ce n'est pas la même vie. Du coup, ça s'est fait naturellement et c'est vrai que maintenant, elles font partie de la famille en fait, tout simplement."

Dans la chambre de Nadiaa et Soniia, un énorme drapeau ukrainien est accroché. "Ce sont mes parents qui l'avaient et du coup, on l'a installé quand elles sont arrivées, histoire de leur rappeler un peu la maison", explique Kathy. "C'est un petit bout d'Ukraine dans cette chambre", déclare Soniia. Un pays, leur pays, qu'elle rêve de retrouver une fois la guerre terminée.

"La plupart vont repartir"

Le but de ces deux femmes n'est pas de rester comme la grande majorité des réfugiés ukrainiens. La plupart de ces réfugiés sont déjà rentrés chez eux. Dans le département de la Vendée, où Sonia et Nadia ont trouvé refuge, 84 personnes ont été accueillies dès le début de la guerre, dès le 1ᵉʳ mars, grâce à l'association Les Joyeux Petits Souliers. Sur ces 84 personnes, seules 23 sont restées. "Beaucoup souffrent d'être en France alors qu'ils pensent qu'ils pourraient être très utiles en Ukraine, explique François Blanchet, président des Joyeux Petits Souliers et maire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie.

"On a même des mamans qui sont arrivées en nous disant 'on laisse nos enfants et on repart tout de suite en Ukraine pour aider à l'effort de guerre'. Ce sont des gens qui, dès qu'ils le pourront, repartiront. Certains resteront, mais je pense que ça restera très marginal."

François Blanchet, président de l'association Les Joyeux Petits Souliers et maire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie

à franceinfo

Tout va dépendre du conflit en Ukraine. Dans le cas de Nadiaa et Soniia, il est pour l'instant impossible pour elles de rentrer puisque leur ville est occupée par les soldats russes. Il y a des bombardements incessants, des tirs d'artillerie. Il y a d'ailleurs certains Ukrainiens venus en France quelques mois, qui hésitent à revenir.

François Blanchet reçoit souvent des appels de ce type. "On nous dit : 'Si on n'a plus à manger, si on n'a plus de chauffage, est-ce que vous serez prêt à nous réaccueillir encore ?' Et bien sûr, on a sollicité les familles d'accueil. Toutes les familles sont prêtes à accueillir des Ukrainiens si jamais le besoin s'en faisait sentir. On a toujours la compagnie de bus avec laquelle on travaille. On a juste à appuyer sur le bouton et en quelques heures, on peut remplir plusieurs bus à destination de la France. Bien sûr, c'est en cas de force majeure. Il suffit que l'armée ukrainienne recule et que l'armée russe avance de façon significative. Et je pense qu'on aura certainement des demandes pour un nouveau départ."

La guerre se poursuit, le front est instable. C'est d'ailleurs pour ça que partout en France, les conventions de financement ont été reconduites cette année pour maintenir l'ouverture de 20 000 places d'hébergement.

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