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Paris 2024 : à moins d'un an des JO, la sécurité pose toujours question malgré la confiance affichée des autorités

Le sujet de la sécurité des JO de Paris donne, en coulisses, des sueurs froides à certains. Le secteur de la sécurité privée, notamment, peine à répondre côté effectifs.
Article rédigé par Yannick Falt
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Les agences de sécurité privée peinent à recruter pour les JO de Paris en 2024 (photo d'illustration). (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a prévenu ses troupes avec ce mot d'ordre : tous sur le pont  pendant Paris-2024. "Les Jeux olympiques à Paris, c’est une fois par siècle. Donc une fois par siècle, il y a un type qui n’a pas de chance, qui est ministre de l’Intérieur et qui doit organiser les Jeux olympiques à Paris, a-t-il débuté. Et puis, la cérémonie d’ouverture en dehors d’un stade, c’est une fois tous les 3 500 ans puisque ça n’a jamais existé. Donc, je le dis aux gendarmes, aux policiers, aux sapeurs-pompiers, aux agents du ministère de l’Intérieur : il n’y aura pas zéro congé mais il y aura besoin de plus de monde entre juin, juillet et août".

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Pas ou peu de vacances, la sentence est lâchée. Les réservistes ont été appelés à la rescousse alors que 30 000 policiers et gendarmes seront mobilisés chaque jour en moyenne dont 35 000 pour la seule cérémonie d'ouverture avec les berges de Seine à sécuriser, 600 000 spectateurs attendus et des dizaines de chefs d'État. L’alerte maximum en termes de risques d'attentat, un scénario catastrophe a été étudié en haut lieu. Sont anticipés des drones tueurs ou une cyberattaque du comité d'organisation, voire des hôpitaux d'Île-de-France.

Les agents d'accueil, de nettoyage, des gardiens appelés à la rescousse

Les forces de l'ordre devront également s'appuyer sur des agents privés. Priorité numéro 1 donc actuellement : en recruter suffisamment. Mais c'est une course contre la montre qui a débuté car la mission est délicate. Le secteur est déjà en tension. Il y a plus d'offres que de candidats et avec les jeux, ce sont 25 000 agents en plus qu'il faut recruter. D'où une campagne lancée en région parisienne. Pôle Emploi s'est d'abord adressé aux 10 000 agents agréés mais certains ont changé de métier pendant la crise du Covid, préférant par exemple des activités de logistique. La campagne de recrutement a donc été élargie aux chômeurs de longue durée dans d'autres secteurs.

Nadine Crinier, directrice de Pôle Emploi en Île-de-France, cible désormais un vivier de 100 000 personnes : "Certaines ont déjà eu des activités qui peuvent se rapprocher de compétences liées à la sécurité privée, argumente-t-elle. Des agents d’accueil, des personnes qui ont fait du gardiennage de bâtiments ou du nettoyage de locaux industriels ou de bureaux tertiaires et qui ont déjà l’habitude des procédures et des qualités d’observation… On va aller leur proposer des vidéos sur ces métiers, pourquoi pas des immersions en entreprise et former l’ensemble de ces personnes". 

Pas de risque d'infiltration terroriste, affirme Laurent Nuñez

Des recrutements au pas de charge, une formation parfois accélérée, 106 heures contre 170 habituellement, avec un risque de sécurité au rabais ou pire, qu'un terroriste tente de se faire recruter... Impossible, assure le préfet de police de Paris Laurent Nuñez, qui met en avant les enquêtes menées en amont et le criblage. "Le dispositif réglementaire qui encadre la profession n’a cessé de monter en puissance, défend-il, à la fois sur leur professionnalisation avec des formations d’assez haut niveau et puis aussi sur la moralité, entendue au sens large, des agents, qui font l’objet, évidemment, comme les membres des forces de sécurité intérieures, d’enquêtes administratives, de manière à nous assurer qu’il n’y a pas de risque sécuritaire de ce point de vue. Évidemment que nous y veillerons".

Les règles ont d'ailleurs été récemment durcies. En plus d'un casier judiciaire vierge, un agent de sécurité doit justifier d'au moins cinq ans de présence légale sur le sol français. 

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Et si malgré cette campagne de recrutement, les agents de sécurité n'étaient pas assez nombreux le jour J ? C'est l'une des craintes de Florent Lecoq, négociateur de la branche sécurité de la CGT. Lui-même agent, il se souvient de l'Euro 2016 de foot organisé en France. "Au début, il y avait beaucoup de salariés de la sécurité privée qui s’étaient inscrits. Mais avec la différence de salaires proposés dans la restauration, faire serveur ou faire des sandwichs ou l’accueil, on s’est vite retrouvés avec la tête sous l’eau", raconte-t-il.

"Quand on voit les contraintes d’agent de sécurité, le travail de nuit, le travail de longue haleine, l’absence totale de 13e mois ou de primes, forcément l’hôtellerie, l’accueil, le nettoyage va nous en piquer encore."

Florent Lecoq, agent de sécurité et négociateur CGT

à franceinfo

Face à ce risque, la profession a récemment été augmentée et de nouvelles négociations salariales sont en cours. Mais le secteur est confronté à une autre difficulté : féminin à 15% seulement, il va falloir recruter en nombre pour les palpations de femmes lors des filtrages. Il est toutefois trop tôt pour évoquer un scénario de crise, estime Laurent Nuñez. "Il n’y a pas de raisons de penser qu’il faille déclencher un plan B, déclare le préfet de police de Paris. Le Cojo a passé un certain nombre d’appels d’offres, la profession fait d’énormes efforts pour être au rendez-vous. Nous sommes très confiants sur le fait que la sécurité privée sera bien au rendez-vous de cet évènement majeur pour notre pays". 

Le plan B qui n'est pas nommé, c'est celui du recours à l'armée, comme pour les JO de Londres en 2012, par manque d'agents privés. Les militaires, appoints sécuritaires… Le scénario est bien envisagé mais pas tranché pour l'instant. 

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