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Nucléaire : autour de la centrale de Penly, les débats sur le développement de nouveaux réacteurs sont une aubaine pour les sous-traitants

Le débat public sur l’implantation de six nouveaux réacteurs nucléaires démarre ce jeudi et pour l’occasion franceinfo fait étape à Penly, près de Dieppe, en Seine-Maritime, où la perspective de la construction de deux nouveaux réacteurs réjouissent les sous-traitants du secteur.

Article rédigé par France Info - Willy Moreau
Radio France
Publié
Temps de lecture : 5 min
La centrale nucléaire de Penly, près de Dieppe, le 6 avril 2012. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

"Dites, donc ça va pas votre truc ! On n'a pas besoin de ça ici !" C'était un cri du cœur, sans animosité qui date de 1975.  Un habitant de Penly, en Seine-Maritime exprimait ce sentiment à un journaliste venu l'interroger sur l'idée, formulée alors, de construire une centrale nucléaire, pas très loin de chez lui. "On ne peut pas trouver une autre source d'énergie ?", s'interrogeait-il alors, dubitatif.

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Le temps a passé et les éoliennes ont fleuri, à deux pas de la centrale, créée depuis. Elles verront bientôt sortir de terre deux réacteurs EPR nouvelle génération sur le site déjà existant. Les travaux pourraient débuter avant la fin du quinquennat, car le gouvernement veut aller vite.

La main d'œuvre manque

Encore faut-il qu'il y ait des bras. Par exemple, sur le site de la centrale nucléaire de Flamanville, dans la Manche, Bernard Dororsczuk, le président de l'autorité de sûreté nucléaire, a constaté cette carence : "Je suis allé sur le chantier de l'EPR pour la deuxième fois en décembre dernier et j'ai vu les équipes de soudeurs qui avaient été qualifiées : on y trouve des Allemands, des Tchèques, des Croates, mais très peu de Français. Nous n'avons plus de soudeurs en France ! C'est un vrai sujet."

Outre le manque de main d'œuvre, le secteur doit composer avec d'autres contraintes : respect de l'environnement, risque climatique (la centrale est située sur une zone d'érosion des falaises). Autant d'enjeux qui seront au cœur des débats publics à venir.

Les sous-traitants eux, s'impatientent de l'aubaine à venir et donc du lancement du chantier. Parmi eux, Christophe Léger, gérant de TSI (Tuyauterie soudure industrielle), une entreprise de soudure industrielle implantée à Dieppe, à une dizaine de kilomètres de Penly, qui s'attend à augmenter la part du nucléaire dans son activité.

"Aujourd'hui, le nucléaire représente 25% de notre activité et on espère bien que dans les années à venir cela représente au moins 50%.

Christophe Léger

à franceinfo

Jean-Louis Billard, le directeur d'exploitation embauché il y a trois ans exprès sur la partie nucléaire, et son équipe, occupent un tiers de l'atelier, dans lequel on découpe des pièces d'acier de plusieurs mètres de long. "On va intervenir pour de la tuyauterie, de la métallerie, de la serrurerie, de la charpente, décrit-il. Par exemple, ce que nous voyons-là, ce sont de nouveaux portails qui seront installés sur le site nucléaire de Gravelines."

Les projets se multiplient

"Quand vous intervenez chez EDF, vous devez écrire ce que vous allez faire, suivre ce que vous avez écrit et contrôler que ce que vous avez fait, vous l'avez fait suivant ce que vous aviez écrit, sourit le cadre. C'est beaucoup plus poussé que quand vous intervenez dans l'industrie ou dans le tertiaire et c'est donc beaucoup d'investissements." Aussi, fort de cette expérience, il a vu les projets se multiplier : "On commence déjà à être sollicités par des appels d'offres : on en a reçu il y a quelques jours pour des travaux qui seront à faire entre 2026 et 2032/2033."

L'entreprise anticipe des années florissantes : la PME de 80 salariés compte embaucher, mais TSI subit la concurrence des gros groupes pour recruter. "Ils sont quand même plus forts que nous, admet Christophe Léger. Ces différences de salaires peuvent varier jusqu'à plusieurs centaines d'euros par mois. Pas de quoi freiner les investissements de l'entreprise, qui va agrandir son atelier de 400 mètres carrés.

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