Les prisons s'équipent pour lutter contre les livraisons prohibées par drone : "quand il va rentrer dans l'enceinte, il sera automatiquement brouillé"

Les établissements pénitentiaires sont de plus en plus confrontés aux livraisons par drone. Ces objets volants font rentrer de la drogue ou des téléphones portables dans les cellules, ce phénomène touche un nombre croissant d'établissements. Reportage à Beauvais.
Article rédigé par France Info - Simon Cardona
Radio France
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Temps de lecture : 96 min
CENTRE PENITENTIAIRE DE BEAUVAIS (FRED DOUCHET / PHOTOPQR/LE COURRIER PICARD/MAXPPP)

Il y a dix jours, vendredi 18 août, en Gironde à la prison de Gradignan : un demi-kilo de drogue a été livré par drone, en pleine nuit. Le détenu n'a eu qu'à tendre la main à travers les barreaux de sa cellule pour attraper le colis. C'est un exemple parmi d'autres, ce phénomène de livraison par drone, de drogue ou de téléphones, est un casse-tête pour les prisons françaises. Et le problème s'est étendu ces derniers mois à Strasbourg, Perpignan, Lille et aussi Beauvais. Depuis le début de l'année, plus de 600 tentatives ont été enregistrées par le ministère de la Justice.

Un phénomène en expansion depuis deux ans

Au centre pénitentiaire de Beauvais, la directrice adjointe Aurélia Costes a vu naître ce phénomène il y a deux ans : "C'est lié aussi au fait que l'administration pénitentiaire a énormément investi en termes de matériel de lutte contre les "projections" (c'est-à-dire le fait d'introduire des objets interdits par-dessus les murs d'une prison), et de fait aujourd'hui, finalement, la livraison par drone est le seul moyen qui permet aux 'projeteurs' de continuer leur business, parce qu'il s'agit bien quand même, au départ, d'un business."

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Face à ces livraisons qui se multiplient, la prison de Beauvais s'est donc équipée, en début d'année, d'antennes anti-drones réparties dans la prison et un logiciel installé sur plusieurs ordinateurs. Julien Gallet, en charge de la sécurité dans la prison, nous montre : "Alors ici on est dans une salle de crise, là où on a la répercussion de tous les événements de l'établissement. On a un rapport de nombreuses caméras." Julien Gallet explique comment les ondes de télécommandes sont détectées et répertoriées dans le logiciel : "Donc c'est un dispositif qui est avec une cartographie de l'établissement, on a un rayon d'action assez important, sur de nombreux kilomètres autour de l'établissement." 

"Selon la distance, là deux ou trois kilomètres, on saura qu'il y a un drone dans le secteur. Quand il va rentrer dans l'enceinte de l'établissement, il sera automatiquement brouillé."

Julien Gallet, en charge de la sécurité dans la prison

à franceinfo

À Beauvais il y a en moyenne six tentatives de livraisons par drone chaque mois, mais cela reste encore minoritaire par rapport à la méthode la plus courante : la projection au-dessus des murs de l'enceinte à la force des bras ou bien même avec une petite catapulte.

Il n'en reste pas moins que la démocratisation des drones inquiète la direction et les syndicats. Joris Ledoux est le secrétaire régional Ufap-Unsa-Justice : "Il y a la sécurité des biens et des personnes, quand je vous dis "c'est marginal", vous en avez peut-être cinq, six dans le mois. Avec le système justement, ça réfrène la progression de ces drones. Mais imaginez un drone qui rentre des produits explosifs, qui se jette directement sur l'enceinte de la prison, pour faire exploser par exemple la porte d'entrée, je trouve tout à fait légitime qu'on se dote de moyens évitant la progression des drones sur le domaine pénitentiaire."

Des brouilleurs pour le drone et des policiers pour le pilote

Au total, 22 sites pénitentiaires français sont équipés de brouilleurs anti-drones, pour un coût de 12 millions d'euros par an à l'État. Le ministère de la Justice compte équiper 45 prisons d'ici à la fin de l'année.

La police joue aussi un rôle pour empêcher les drones d'arriver en prison. À chaque tentative d'intrusion, les policiers sont alertés. Ils fouillent alors les environs pour tenter d'interpeller le pilote du drone. Au commissariat de Beauvais, un gros carton est posé sur le bureau du major de police Denis : "Alors, vous ne verrez pas grand-chose, parce qu'il est sous scellés, mais c'est un drone qui avait été récupéré suite à une tentative de remise illicite au centre pénitentiaire de Beauvais. C'est un drone qui était resté accroché à des filins anti-hélicoptère. Un drone qu'on peut trouver sur le marché, en vente libre. Ils avaient mis un système d'attaches pour accrocher les colis dessus, donc à savoir des colis de produits stupéfiants. "

Un coût très faible

Un petit drone coûte une centaine d'euros, ce qui fait que tout le monde peut s'en procurer observe Éric Heip, le directeur départemental de la police nationale dans l'Oise : "Nous avons des délinquants locaux qui se sont prêtés à l'exercice, des gens qui venaient de l'extérieur, parfois de très loin d'ailleurs, des gens pas du tout connus comme des délinquants chevronnés, des mineurs comme des majeurs, donc il n'y a pas de profil type."

Même si les brouilleurs de drones se généralisent et permettent de faire baisser ces tentatives d'intrusion, les centres pénitentiaires et la police nationale restent très attentifs. Dans les tribunaux, des premières condamnations ont eu lieu. Il y a un mois en Alsace, un homme a été condamné à un an de prison ferme, pour avoir tenté de livrer du cannabis par drone dans la maison d'arrêt de Strasbourg.

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