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Législatives en Israël : Itamar Ben Gvir, le député d'extrême droite qui secoue la campagne

Les électeurs israéliens à nouveau appelés aux urnes, mardi 1er novembre. C'est le cinquième scrutin en trois ans et demi. Et pour celui-ci, la droite de gouvernement s'allie à l'extrême droite la plus radicale.

Article rédigé par franceinfo - Frédéric Métézeau
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Le député israélien Itamar Ben Gvir, représentant du parti d'extrême droite Otzma Yehudit, en campagne le 28 octobre 2022 à Jérusalem (ABIR SULTAN / EPA)

Le phénomène politique marquant de cette campagne israélienne, à l'instar de ce qui s'est passé ces dernières années au Brésil, aux Etats-Unis, en Italie ou même en France avec l'irruption d'Eric Zemmour et la montée en puissance du RN, c'est une extrême droite de plus en plus affirmée.

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En Israël, cette sensibilité politique est incarnée par un avocat très provocateur, Itamar Ben Gvir. Âgé de 46 ans, lunettes rondes et large kippa blanche toujours de travers, il est député sortant de la liste sioniste-religieuse. Ils étaient six jusqu'ici, ils espèrent être au moins le double à l'issue du scrutin.

Ben Gvir donne de la voix et parfois plus. Un soir à Jérusalem-Est, lors de tensions entre la police et des habitants palestiniens, Ben Gvir arrive sur les lieux protégé par les forces de l'ordre et dégaine son pistolet... "Itamar, pourquoi vous tenez un pistolet ?" lui demande le journaliste. "Parce qu’ils nous lancent des pierres ! Vous avez vu ce qui se passe ? répond l'avocat, qui poursuit : Les amis, s’ils vous lancent des pierres, il faut leur tirer dessus !" C'est le style Ben Gvir : toujours là où il y a du grabuge, suivi par ses supporters et par des caméras.

Cela plaît à Yitzhak et Daniel, rencontrés à son meeting à Tel Aviv : "Je trouve qu’il dit ce qu’il faut. Il dit ce que les gens pensent. Ben Gvir c’est un nouveau politicien, il apporte quelque chose de nouveau. Les autres ont brisé leurs promesses dans le passé donc lui a l’opportunité de prouver qu’il va faire ce qu’il dit", explique l'un. Le second ajoute : "C'est comme en Europe. Nous vivons dans une période extrême donc il nous faut quelqu’un d’extrême."

Son idéologie : la "force juive"

Itamar Ben Gvir est le représentant d'une extrême-droite religieuse messianique, identitaire et raciste, opposée à un Etat palestinien. On ne compte plus les propos anti-palestiniens et homophobes au sein de son parti Otzmah Yehudit, descendant d'un parti politique interdit dans les années 90 pour incitation au terrorisme. "Cela veut dire force juive. Il faut situer ce personnage dans la galaxie des partis d'extrême droite ou des partis populistes qu'on connaît bien aujourd'hui en Europe, explique Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l'université Bar Ilan. Ce que représente Itamar Ben Vir, c'est la théorie selon laquelle si on n'écrase pas clairement la partie d'en face, c'est nous qui serons écrasés. Cela paraît évidemment bizarre pour des juifs, pour un peuple qui a souffert de l'ostracisme. Mais le racisme, la xénophobie n'épargne strictement aucun pays et aucun peuple actuellement."

Mais l'équipe Ben Gvir tente d'atténuer ce discours raciste. En cette année marquée par la recrudescence des attentats anti-israéliens, l'extrême droite préfère insister sur la sécurité. En meeting, au lieu de chanter "Mort aux Arabes", qu'on a souvent entendu dans les rues israéliennes ces dernières années, les militants chantent "Mort aux terroristes". Et en hébreu, cela sonne quasiment à l'identique !

Neriah, un colon venu de Cisjordanie occupée, se dit "stressé par l’idée d’un gouvernement de gauche. C’est un danger pour Israël. On a besoin de sécurité dans le pays entier. Je pense que si les Arabes comprennent que nous sommes les propriétaires de la maison, s’ils respectent les règles, s'ils comprennent que c’est un État juif, s’ils arrêtent les attentats et tout leur bordel, s'ils se comportent comme n’importe quel autre Israélien, pas de problème..."

"Mais dès qu’un Arabe ramasse une pierre ou un pétard, il faut le mettre sur un missile pour le renvoyer de mon pays. Il n’a plus sa place ici." 

Neriah, colon en Cisjordanie occupée

à franceinfo

En meeting, devant un public jeune et à 90% masculin, les discours de Ben Gvir sont des successions de slogans, de phrases simples et courtes répétées deux ou trois fois. Par exemple quand il s'agit de justice : "Je veux des tribunaux puissants, des juges puissants mais je veux que les politiciens puissent décider qui seront les juges ! C’est comme ça dans tous les pays normaux ! Quand un nouveau gouvernement se met en place, il veut son agenda à lui et ce n’est pas une honte que d’avoir des juges avec un agenda sioniste juif !"

L'extrême droite veut aussi abroger les délits d'escroquerie et d'abus de confiance, avec l'espoir de blanchir Benyamin Netanyahou, actuellement en procès. Car Ben Gvir est là pour aider l'ancien Premier ministre de droite à revenir au pouvoir. Cette alliance droite-extrême droite brise un tabou. Si elle l'emporte, Ben Gvir demandera des ministères régaliens dans le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël.

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