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La fin du ticket de métro, un pas de plus vers une dématérialisation généralisée

À partir de ce jeudi, les tickets de métro parisien en carton seront de moins en moins proposés à la vente, au profit de cartes magnétiques ou de tickets dématérialisés. Une dématérialisation qui touche de plus en plus d'aspects de notre quotidien.

Article rédigé par France Info - Boris Hallier
Radio France
Publié
Temps de lecture : 4 min
Illustration ticket metro parisien. (ALEXIS SCIARD  / MAXPPP)

Fini les carnets de tickets de métro, la RATP se lance à son tour dans la dématérialisation des titres de transport. À partir de jeudi 14 octobre, les carnets de tickets "papier" vont être progressivement retirés du marché. Si vous êtes de passage dans la capitale, que vous n'avez pas d'abonnement, plusieurs solutions s'offrent désormais à vous grâce notamment à votre smartphone. 

L'heure n'est plus à la promotion des "tickets chic, tickets chocs", comme le disait la publicité des années 1980. La disparition de ces tickets va être progressive : des tickets "papier" à l'unité seront toujours disponibles dans les prochains mois, mais l'objectif est bien d'inciter les voyageurs à acheter une carte magnétique réutilisable ou un ticket numérique sur l'application de la RATP.

La RATP n'est pas la seule à prendre cette direction. Dans les bus de Dijon, Brest, Tarbes ou Amiens, ou même Moscou ou New York, la carte bancaire ou l'application paiement de votre smartphone peuvent faire office de ticket. Il suffit de l'approcher du lecteur pour valider directement son trajet. 

Une technique pratique et rapide qui ferait presque oublier que l'on dépense de l'argent. Et c'est bien l'objectif. "On fait disparaître ce que l'on appelle une friction, explique Dominique Bouiller, sociologue du numérique à Sciences Po Paris. En économie, on appelle ça des transactions sans friction. Vous avez l'impression de vivre dans un monde fluide, sans coût de transaction. Tout le monde est d'accord qu'il faut aller le plus vite possible, mais nous-mêmes, nous finissons par fonctionner comme des automates."

La possibilité d'un monde sans pièces ni billets

Il est même possible d'aller plus loin : imaginer un monde sans monnaie physique. Un scénario déjà préparé avec peut-être un jour un euro numérique. Une monnaie dématérialisée à l'image des albums photos, des  films que l'on a même plus besoin d'enregistrer sur son ordinateur. De plus en plus de Français les stockent sur le cloud, ce fameux nuage qui est en fait constitué de câbles, de serveurs parfois situés à des milliers de kilomètres, avec un impact écologique puisqu'ils consomment énormément d'énergie. Dans la dématérialisation subsiste malgré tout du matériel loin d'être infaillible. 

"Dès que votre téléphone portable ne fonctionne plus vous ne pouvez plus rien faire. À la limite vous ne pourrez plus rentrer dans votre maison, rentrer dans votre voiture, prévenir je ne sais qui, etc. Là, il y a un problème !"

Dominique Bouiller, sociologue du numérique à Sciences Po Paris

à franceinfo

"Il faut qu'on ait une alternative toujours disponible, ce qui est très coûteux, selon Dominique Bouiller. Sur les questions monétaires, par exemple, il faut qu'on s'arrange pour qu'il y ait toujours de la monnaie liquide qui circule, parce que sinon, à un moment, vous pouvez être totalement bloqué."

Et des blocages existent : la panne géante de Facebook, la semaine dernière, celle d'OVH Cloud, mercredi 13 octobre qui a perturbé de nombreux sites français,  rappellent à quel point le réseau peut être fragile.

Un enjeu financier colossal

Cette dématérialisation, censée nous rendre la vie plus facile, constitue aussi un enjeu financier énorme pour les entreprises. Preuve en est que les entreprises et institutions du monde entier ont dépensé 34 milliards d'euros pour sous-traiter le stockage et le traitement de leurs données. C'est un nouveau record, favorisé notamment par la généralisation du télétravail. 

Parmi ceux qui fournissent ces services, on retrouve Amazon, Microsoft ou encore Google. Ces grands groupes, qui forment ce qu'on appelle les GAFAM, investissent eux dans des centres de données toujours plus grands, pour pouvoir en stocker toujours davantage. Car ces données elles-mêmes sont une mine d'or, explique Mathieu Mélin, avocat spécialisé dans les technologies de l'information et les données personnelles. "Vos données mises sur le cloud vous appartiennent, vous en restez propriétaire, mais dès lors que vous êtes sur un service gratuit, ce n'est pas un coffre-fort numérique, explique-t-il. On est au contraire sur des services qui vont exploiter vos données, afin derrière de proposer de la publicité ciblée, qu'ils vont commercialiser. Et c'est comme ça qu'ils vont gagner de l'argent."

"En matière de vie privée, il y a un enjeu assez fort. Et puis ces groupes vont utiliser vos données pour améliorer leur service, et cette notion d'amélioration est très floue, car on ne sait pas ce que ça engendre comme utilisation des données."

Mathieu Mélin, avocat spécialisé

à franceinfo

La dématérialisation en tout cas est loin d'être terminée. Dans les supermarchés par exemple, les tickets de caisse au format papier disparaitront au 1er janvier 2023, c'est inscrit dans le Code de l'environnement. Mais on les retrouvera, sous forme numérique, dans des serveurs qu'il faudra alimenter en électricité.

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