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Emmanuel Macron à Kigali : le Rwanda attend un geste

Ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire entre le Rwanda et la France après 27 ans de tumultes, de colère, d'accusations et de déni... Emmanuel Macron est à Kigali jeudi 27 mai, pour une visite hautement symbolique et très attendue sur place.

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Une vue de Kigali, la capitale rwandaise, à la veille de la visite d\'Emmanuel Macron, le 26 mai 2021
Une vue de Kigali, la capitale rwandaise, à la veille de la visite d'Emmanuel Macron, le 26 mai 2021 (LUDOVIC MARIN / AFP)

C'est la première visite du président français, qui entend tourner la page, après le rôle ambigu joué par la France au moment du déclenchement du génocide contre les Tutsis alors qu'elle était l'alliée du pouvoir hutu. Un moment historique pour ce pays de 12 millions d'habitants.

Le Rwanda attend, Kigali se prépare, mais on ne peut pas parler de liesse pour cette visite, loin de là. La France a déçu et est toujours perçue par la population tutsie comme l'alliée objectif du pouvoir génocidaire hutu qu'elle a aidé, formé, financé, armé en dépit des alertes lancées par des diplomates, par des chercheurs, par des militaires, avant le déclenchement des massacres. François Mitterrand et son entourage faisaient la sourde oreille.

Puis il y a eu l'opération Turquoise, ces soldats français envoyés pour stopper le génocide mais dont le déploiement a surtout permis le départ de dizaines de milliers de réfugiés vers le Congo et parmi eux de nombreux génocidaires. Il y a donc encore beaucoup de méfiance dans les rues de Kigali, cette capitale impeccablement propre, moderne, où de grands panneaux publicitaires annoncent la venue du président et de médias français.

L'attente des rescapés du génocide

Tout le monde a bien conscience que chaque mot qui va être dit ici va être extrêmement lourd de sens. Paul Kagamé, le président rwandais, accusait la France de complicité dans le génocide. Or, il l'a dit la semaine dernière à Paris, le rapport Duclert commandé et accepté par Emmanuel Macron parle de "responsabilités lourdes et accablantes" pour la France, et cela, dit-il, est déjà suffisant pour aller de l'avant.

Egide Nkuranga, un des dirigeants d'Ibuka la principale organisation de rescapés, rappelle que "en 2010, le Premier ministre belge est venu et a demandé pardon. Le secrétaire général de l'ONU aussi, et même le président américain l'a fait. On attend de Macron qu'il dise quelque chose qui nous réconforte." 

S'il dit pardon pour ce que la France a fait pendant le génocide, c'est bien. À lui de décider.

Egide Nkuranga, de l'organisation de rescapés Ibuka

à franceinfo

À Bisesero, dans l'ouest du Rwanda, en surplomb du lac Kivu, 50 000 Tutsis ont été massacrés sur les collines. Parmi ceux qui les ont poursuivis, tués à la machette, à la grenade, il y a des hommes aujourd'hui réfugiés en France. Il y aurait en tout une centaine de génocidaires présumés et recherchés qui vivent cachés ou au grand jour en France, comme la veuve du président Habyarimana, Agathe.

Les collines de Bisesero, dans l\'ouest du Rwanda, le 26 mai 2021
Les collines de Bisesero, dans l'ouest du Rwanda, le 26 mai 2021 (CLAUDE GUIBAL / RADIO FRANCE)

"Pourquoi la France garde-t-elle des génocidaires chez elle ?"

 "Il y a beaucoup de génocidaires en France, souligne Éric Nzabihimana. Sur les 17 membres de sa famille directe, ils sont trois à avoir survécu. Et on se demande pourquoi la France, si elle n'a pas une part de responsabilité dans le génocide, continue-t-elle à garder ces génocidaires sans qu'ils soient poursuivis ou ramenés au Rwanda, comme ça se fait dans d'autres pays. C'est comme un parent qui protège sa famille..."

C'est peut-être sur ce dossier judiciaire, en donnant plus de moyens à la justice pour qu'elle instruise les plaintes, que la France peut faire un geste significatif pour les Rwandais. Un geste qui marquera le retour - peut-être - de la confiance.

Une vue de Kigali, la capitale rwandaise, à la veille de la visite d\'Emmanuel Macron, le 26 mai 2021
Une vue de Kigali, la capitale rwandaise, à la veille de la visite d'Emmanuel Macron, le 26 mai 2021 (LUDOVIC MARIN / AFP)