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Baisse des gaz à effet de serre : comment les vaches françaises se sont retrouvées sur le marché carbone

Le principe de la "compensation carbone volontaire" permet à des entreprises de réduire leur bilan carbone, en achetant des tonnes de CO2 économisées par les agriculteurs.

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La ferme de Jean-Philippe Guines, en Ille-et-Vilaine.
La ferme de Jean-Philippe Guines, en Ille-et-Vilaine. (ETIENNE MONIN)
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Cinq ans après la signature des accords de Paris, les vaches en France font leur entrée sur le marché carbone : 300 éleveurs vont très bientôt être rémunérés pour diminuer les émissions de gaz à effets de serre dans leurs exploitations. L'agriculture en France est responsable d’un cinquième de ces rejets.

L'histoire démarre il y a une petite dizaine d'années : Jean-Philippe Guines, éleveur près de Rennes (Ille-et-Vilaine), fait partie de l'aventure. Aujourd'hui, on peut qualifier sa ferme "de bas carbone". Avec ses 175 vaches, elle n'a, de l'extérieur, rien de spectaculaire et ressemble à toutes les autres fermes. Mais son bilan carbone s'est sensiblement amélioré depuis 2013. À l'époque, la profession lance un outil pour évaluer les émissions. L'engagement est volontaire, Jean-Philippe Guines joue le jeu, sans trop savoir où cela va le mener : "Moi, j'y suis rentré par curiosité, parce que les gaz à effets de serre, j'en ai entendu parler, mais je ne savais pas du tout comment ça fonctionnait. Arriver à les diminuer sur une exploitation laitière, je ne voyais pas non plus comment."

Des réductions de gaz à effet de serre depuis plusieurs années

En cinq ans, le troupeau réduit de 18% ces émissions de gaz à effet de serre. L’agriculteur joue sur plusieurs leviers : il supprime les importations de soja (moins de CO2), il diminue la surface de maïs (moins de machines) et il augmente les pâturages (pour stocker du carbone). "Tous les leviers qu'on a bougés, ce sont des ajustements techniques sur l'exploitation. Il n'y a pas eu de gros investissements", explique l'éleveur.

Aujourd'hui, Jean-Philippe Guines passe un cap supplémentaire. Avec une petite partie de la profession, il va entrer sur le marché français du carbone. Cela veut dire que les émissions qu’il va économiser vont être achetées par des entreprises, qui vont le déduire de leur bilan carbone. "En gros, c'est une troisième évolution, avec une ouverture à tout le monde. Donc là, on va pouvoir vendre des économies carbone qui ont été faites." Aujourd'hui, l'exploitation de Jean-Philippe Guines rejette 400 tonnes d’équivalent CO2 par an. D’ici cinq ans, l'objectif est de passer en dessous des 300.

Cette compensation, qui nous sera payée, peut nous inciter à aller plus loin et compenser les frais qu'on peut avoir.

Jean-Philippe Guines, éleveur

à franceinfo

Dans une exploitation, ce qui pollue le plus, c'est le méthane. Le gaz est rejeté par les vaches quand elles ruminent, il représente la moitié des émissions d’un élevage. Certaines fermes réduisent le nombre de bêtes pour faire chuter la pollution, d’autres testent des compléments alimentaires. C'est ce qui se passe dans la ferme expérimentale bas carbone de Trévarez, près de Quimper (Finistère), l'une des stations de recherche des chambres l’agriculture.

"Cet hiver, on teste un complément alimentaire sur la station, explique Élodie Tranvoiz, chargée d'étude de la chambre d'agriculture. Un complément alimentaire à base de plantes, censé diminuer de 15% les émissions de méthane. L'étude qu'on mène cet hiver va permettre de voir entre les gains potentiels de méthane et le coût de ce produit-là, est-ce que les éleveurs sont gagnants ou pas."

Un objectif de 140 000 tonnes de CO2 économisées en cinq ans

Ce qui permet aujourd’hui aux agriculteurs de prendre pied dans le marché carbone, c'est d'abord parce que le gouvernement a créé ce marché. Cela date de deux ans à peine. C'est ce qu'on appelle de la "compensation carbone volontaire". Cela permet à des entreprises d'acheter des tonnes de CO2 économisées par les agriculteurs pour les déduire de leur bilan carbone.

Ensuite, il y eu une demande des industriels du lait. Leur sort est en quelque sorte lié aux fermes qui les approvisionnent, explique Jean-Baptiste Dollé, chef du service environnement à l'institut de l'élevage : "Les premières discussions avec les industriels laitiers ont démarré dans les années 2010-2012. Les gros opérateurs laitiers tels que Danone, Lactalis, Bel, etc. et les gros groupes coopératifs ont été très incitatifs pour aider l'ensemble de la filière à entrer dans cette démarche de progrès et accompagner l'ensemble des producteurs."

Le spécialiste poursuit : "Leurs besoins, c'est ensuite en matière d'empreinte carbone. C'était de pouvoir avoir une empreinte carbone réduite. Leur préoccupation enfin, c'est d'atteindre la neutralité carbone en 2050. C'est-à-dire de réduire au maximum sur le périmètre de leurs usines et sur le périmètre amont des usines, donc à l'échelle du producteur."

Aujourd'hui, 300 éleveurs proposent donc de vendre leurs économies de CO2. Le prix a été fixé à 30 euros la tonne. Au total, 140 000 tonnes de CO2 doivent être économisées d'ici cinq ans. C'est donc un marché de plus de quatre millions d’euros. La Caisse des dépôts et la ville de Bordeaux font partie de la liste des acheteurs.

La ferme de Jean-Philippe Guines, en Ille-et-Vilaine.
La ferme de Jean-Philippe Guines, en Ille-et-Vilaine. (ETIENNE MONIN)