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Affaire Troadec : le prétendu magot d'or au cœur du procès pour quadruple meurtre

Hubert Caouissin est jugé devant la cour d'assises de Nantes pour le meurtre de sa belle-famille, les Troadec, en 2017. L'accusé et son épouse, également dans le box des accusés, sont persuadés qu'elle a hérité d'un trésor, jalousement convoité.

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Hubert Caouissin (au centre, caché) et son avocat, lors d\'une première reconstitution des meurtres de la famille Troadec, le 12 mars 2019, à Pont-de-Buis (Finistère).
Hubert Caouissin (au centre, caché) et son avocat, lors d'une première reconstitution des meurtres de la famille Troadec, le 12 mars 2019, à Pont-de-Buis (Finistère). (FRED TANNEAU / AFP)

A partir de ce mardi 22 juin, Hubert Caouissin est jugé devant la cour d'assises de Loire-Atlantique, pour meurtre et atteinte à l'intégrité d'un cadavre, aux côtés de sa femme, Lydie, poursuivie, elle, pour recel de cadavre et modification de la scène de crime. Le tribunal a trois semaines pour tenter de comprendre comment un homme apparemment sans histoire s'est transformé en meurtrier et a décimé toute une famille. Hubert Caouissin est accusé d'avoir tué son beau-frère, Pascal Troadec, son épouse Brigitte et leurs deux enfants de 18 et 20 ans, Charlotte et Sébastien, en février 2017, à Orvault, dans la banlieue de Nantes. Leurs corps ont été démembrés, en partie brûlés et dispersés sur le terrain d'Hubert Caouissin. L'accusé a reconnu les meurtres en mars 2017.

1940 : Brest bombardé, une caisse d'or disparaît

Au cœur de ce drame, un prétendu magot d'or. Pour comprendre, il faut se rendre à l'Arsenal de Brest, dans le Finistère. Un immense bâtiment au sein duquel Hubert Caouissin a gravi tous les échelons, jusqu'à devenir technicien en chaudronnerie. Le Banque de France y a aussi caché 2 800 tonnes d'or au début de la Deuxième Guerre mondiale, précisément au fort du Portzic.

Alain Boulaire, historien brestois, raconte comment, le 18 juin 1940, l\'or de la Banque de France, caché dans le fort du Portzic (derière lui), a été transporté par bateau pour échapper aux nazis. Une caisse a chuté lors des manutentions. 
Alain Boulaire, historien brestois, raconte comment, le 18 juin 1940, l'or de la Banque de France, caché dans le fort du Portzic (derière lui), a été transporté par bateau pour échapper aux nazis. Une caisse a chuté lors des manutentions.  (DELPHINE GOTCHAUX / RADIO FRANCE)

Mais alors que les Allemands approchent de la cité maritime, les lingots et les napoléons sont évacués par bateau en 48 heures, sous les bombardements, vers le Canada, les Antilles ou encore le Sénégal. "Une caisse d'or chute durant les manutentions effectuées sur le quai des Flotilles, le 18 juin 1940, dans l'après-midi, raconte l'historien brestois Alain Boulaire. A Recouvrance, un des vieux quartiers de Brest, l'immeuble situé au 12, rue Legendre a été acheté par la famille Troadec. Et c'est dans cet immeuble qu'aurait été retrouvé le fameux or, clé de voûte de cette affaire."

Sauf que les enquêteurs n'ont trouvé aucune preuve de ce trésor. Le SRPJ de Nantes a analysé les comptes de Pascal et Brigitte Troadec. Les juges d'instruction ont lancé des commissions rogatoires internationales à Andorre, Monaco, ou en Suisse. Résultat, aucune trace de comptes cachés ni de rentrée d'argent soudaine. Même au sein de la famille Troadec, personne n'a jamais vu briller le moindre lingot d'or. 

Hubert Caouissin certain d'avoir été spolié

Mais cette légende familiale est à l'origine de ce que les experts psychiatres et psychologues ont qualifié de "délire paranoïaque" d'Hubert Caouissin, persuadée avec sa femme Lydie et sa belle-mère Renée que Pascal et Brigitte Troadec avaient volé le magot.

"Que cela existe ou n'existe pas, cela ne change rien à notre histoire et aux questions qui se posent, explique Thierry Fillion, un des deux avocats d'Hubert Caouissin. Ce qui m'apparaît essentiel est la croyance fondamentale d'Hubert Caouissin, de son épouse et de sa belle-mère. Une croyance partagée en l'existence de cet or et donc d'une spoliation familiale, d'une injustice à rétablir et de tout ce qui a découlé de cette situation."

Le beau-père d'Hubert Caouissin a-t-il, un jour, mis la main sur quelque chose ? On ne le saura peut-être jamais.

Thierry Fillion, avocat de l'accusé

à franceinfo

La famille explose au cours d'un déjeuner en juillet 2014, chez Renée Troadec. Hubert accuse son beau-frère et sa belle-sœur de les avoir spoliés. Le ton monte. Renée Troadec prend le parti de sa fille et de son gendre et coupe les ponts avec son fils. Dans l'ordinateur d'Hubert Caouissin, les policiers vont retrouver un dossier baptisé "crapule", avec des photos de la maison de Pascal et Brigitte Troadec et un enregistrement audio de cette dispute familiale. 

Il n'y a pourtant "pas un seul élément du dossier qui laisse penser que Pascal et Brigitte aient eu à un moment une rentrée d'argent importante", assure Olivier Pacheu, l'avocat des tantes de Pascal Troadec.

Ce magot, ces pièces d'or n'existent pas.

Olivier Pacheu, avocat des tantes de Pascal Troadec

à franceinfo


"Je pense que dans le raisonnement psychologique d'Hubert, rétrospectivement, il a construit cette histoire, poursuit l'avocat Olivier Pacheu. En constatant une légère augmentation du niveau de vie de Pascal et Brigitte, par l'achat de voitures d'occasion allemandes, il a cherché une explication. Et quand on en cherche, on finit toujours par en trouver. Rétrospectivement, en reconstruisant l'histoire, il s'est dit que ce ne pouvait être que l'or qui avait disparu dans la rade de Brest."

Cet or et la version défendue par l'accusé vont être au centre des débats qui s'ouvrent devant la cour d'assises de Nantes. Hubert Caouissin maintient qu'il s'est rendu à Orvault uniquement pour "surprendre des conversations" entre son beau-frère et sa belle-sœur. Et qu'il n'a fait que se défendre quand Pascal Troadec l'a surpris en pleine nuit et aurait voulu le tuer. 

L\'entrée du pavillon où Pascal Troadec, Brigitte et leurs deux enfants, Charlotte et Sébastien, ont été tués. La boîte aux lettres de cette maison d\'Orvault, en Loire-Atlantique, est toujours au nom de la famille.
L'entrée du pavillon où Pascal Troadec, Brigitte et leurs deux enfants, Charlotte et Sébastien, ont été tués. La boîte aux lettres de cette maison d'Orvault, en Loire-Atlantique, est toujours au nom de la famille. (DELPHINE GOTCHAUX / RADIO FRANCE)

Hubert Caouissin (au centre, caché) et son avocat, lors d\'une première reconstitution des meurtres de la famille Troadec, le 12 mars 2019, à Pont-de-Buis (Finistère).
Hubert Caouissin (au centre, caché) et son avocat, lors d'une première reconstitution des meurtres de la famille Troadec, le 12 mars 2019, à Pont-de-Buis (Finistère). (FRED TANNEAU / AFP)