Crise de Taïwan : vers une guerre des puces ?

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C’est un conflit qui en cache un autre, celui entre la Chine et Taïwan pour le contrôle du marché mondial des semi-conducteurs. Les tensions et les enjeux économiques sont tels, que certains redoutent une guerre des puces. 

Article rédigé par
Vincent Touraine - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
L'usine TSMC de Hsinchu (Taïwan). (DAVID CHANG / EPA via MAXPPP)

Taïwan domine largement le marché mondial des semi-conducteurs. Une domination que l’île doit à son champion national TSMC. Ce nom ne vous dit probablement rien, mais ses puces équipent peut-être votre smartphone. Le géant taïwanais fournit notamment Apple, Qualcomm, ou encore Nvidia. TSMC c’est LE grand spécialiste des puces haut de gamme parmi les plus avancées au monde, un marché dont il a le quasi-monopole.

D’une façon plus générale, Taïwan, c’est plus des deux tiers de la production mondiale de semi-conducteurs, loin devant la Corée du Sud ou les États-Unis, ses principaux concurrents. Des composants vitaux pour l’électronique grand public, mais aussi pour l’automobile, ou encore le secteur de la défense.
Les puces taïwanaises sont si importantes pour la Chine parce que les usines chinoises, qui assemblent la plupart des produits électroniques vendus dans le monde, sont de grandes consommatrices de ces composants. D’après un rapport du Congrès américain, la Chine à elle seule représente plus de la moitié de la demande mondiale en semi-conducteurs. Des puces soit importées, soit fabriquées en Chine même par des fournisseurs bien souvent taïwanais. Toute rupture dans la chaîne d’approvisionnement serait un désastre pour l’industrie chinoise, et au-delà, pour toute l’économie mondiale. Elle ne ferait qu’aggraver la pénurie actuelle de composants qui touche notamment les grands de l’automobile.

Les États-Unis en ont d’ailleurs bien conscience puisqu’ils viennent de lancer un plan à 52 milliards de dollars pour relocaliser massivement la fabrication de ces puces. TSMC envisage d’ailleurs d’y construire plusieurs usines, dont une géante en Arizona, actuellement en chantier.


Les usines taiwanaises en première ligne


La plupart des sites de production sont installés sur la façade ouest de l’île, juste en face de la Chine. Le siège de TSMC lui-même n’est pas très loin de la côte. En cas de débarquement des troupes chinoises, ces usines seraient des cibles de choix.
Même si le patron de TSMC, Mark Liu, affirmait dernièrement sur la chaîne CNN que “personne ne pouvait contrôler par la force” son groupe, il reconnaît qu’en cas d’invasion ses installations deviendraient “inopérantes”, tant elles sont “sophistiquées” - dit-il - et dépendantes de leur “connexion en temps réel avec le monde extérieur”, qu’il s’agisse de l’Europe, du Japon ou des États-Unis.

Selon les experts, ce scénario d’une prise de contrôle par la Chine de l’industrie taïwanaise des semi-conducteurs serait la grande crainte de Washington, la ligne rouge à ne pas franchir, en cas d’embrasement du conflit.

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