Des sécheresses éclair émergent

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On parle beaucoup du niveau des nappes phréatiques en France. On découvre aussi un nouveau type de sécheresse : les sécheresses éclair, qui sont capables d’assécher les sols en quelques semaines seulement, voire quelques jours.  ​​

Article rédigé par
Mathilde Fontez - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une nouvelle forme de sécheresse émerge : les sécheresses éclair. (Illustration)  (DAVID HENDERSON / THE IMAGE BANK RF / GETTY IMAGES)

Avec Mathilde Fontez, rédactrice en chef du magazine scientifique Epsiloon, on évoque aujourd'hui la question du niveau des nappes phréatiques, qui est bas quasiment partout en France, d’après les derniers relevés. On risque la sécheresse cet été.

franceinfo : Et en prime, des chercheurs découvrent aujourd’hui un nouveau type de sécheresse :

Mathilde Fontez : Oui, des sécheresses d’un nouveau genre, plus brutales et intenses. Un nouveau fléau climatique : les sécheresses éclair. Le phénomène est étudié par les climatologues et les météorologues depuis quelques années seulement. Et une grosse étude de l’université de Hong Kong en dresse aujourd’hui le portrait, pour la première fois.

Elles durent moins longtemps que les sécheresses normales ?

Beaucoup moins. Les sécheresses normales s’installent sur des mois. On le voit aujourd’hui en France, on est fin avril, et on est déjà en train de se préparer à la sécheresse de cet été.

Là, ce sont des coups de chaud sur quelques semaines, voire plus souvent quelques jours, qui s’abattent sur une région bien déterminée. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles sont si longtemps passées inaperçues, elles sont difficiles à détecter. Il y a tout de même un exemple emblématique : la sécheresse qui a touché le centre des États-Unis en août 2012. Elle n’a duré que quelques jours, mais elle a épuisé d’un coup toute l’eau des sols.

Un cham de maïs desséché dans le Missouri aux États-Unis, en août 2012. (Illustration) (DHUGHES9 / E+ / GETTY IMAGES)

L’exemple de 2012 montre l’impact de ces sécheresses éclair : elles sont courtes, donc moins graves en un sens. Sauf quand elles tombent à un moment clé pour l’agriculture. Dans le Midwest américain, elles ont flétri totalement les récoltes de maïs, et provoqué une perte qui a été évaluée à plus de 35 milliards de dollars. Une perte colossale.

On sait maintenant comment elles se forment ?

L’étude commence à en détailler les causes : ce n’est pas seulement une hausse des températures qui les provoque. Il faut un coup de chaud, mais il faut aussi que la pression atmosphérique soit au plus bas. Alors, la végétation, le sol, voient toute leur eau s'échapper brutalement.

En analysant l’ensemble des données hydroclimatiques mondiales – toutes les mesures d’humidité du sol réalisées par satellite, au cours des 20 dernières années – les chercheurs ont aussi pu étudier comment elles évoluent : ils voient que ces sécheresses éclair s’accentuent. Elles sont de plus en plus rapides et intenses. Celles qui assèchent le sol en seulement 5 jours, ont augmenté de 3 à 19%. L’augmentation atteint même 20% dans les régions les plus sensibles. Évidemment, on soupçonne un effet du réchauffement climatique.

Il y a donc des régions qui sont particulièrement touchées ?

Oui, c’est l’autre découverte des chercheurs. Les sécheresses éclair surgissent surtout dans des régions où il y a de grandes variations saisonnières d’humidité. Des régions qui sont souvent particulièrement fertiles : l’Asie du Sud-est, le bassin amazonien, l’Est de l’Amérique du Nord.

D’où l’intérêt d’essayer de les prévoir, pour pouvoir protéger les récoltes. Sauf que ça n’a rien d’évident. On l’a dit, les sécheresses éclair ne préviennent pas avant de frapper. L’analyse des simulations climatiques rétrospectives, pour celle de 2012 aux États-Unis, a montré qu’il n’y a quasiment aucun signal précurseur.

Mais les chercheurs ont tout de même trouvé un indicateur, le déficit de pression de vapeur, qui pourrait être mesuré plus finement pour permettre de prédire l’arrivée de ces petits monstres climatiques.

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