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Chez les orques, l’effet "grand-mère" est encore plus fort que ce que l’on pensait

Chez les humains, le rôle de l'investissement maternel est déjà clé (surtout en période scolaire). Une étude vient de montrer à quel point il est encore plus important chez les orques – pour les mères, la charge mentale dure toute la vie.
Article rédigé par franceinfo - Hervé Poirier
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
L'orque a une répartition cosmopolite ; c'est une espèce qui vit dans les régions arctiques et antarctiques jusqu'aux mers tropicales. Les orques nous enseignent que derrière les bienfaits apportés aux enfants et aux petits-enfants, il y a toujours un coût. (MICHELE WESTMORLAND / CORBIS DOCUMENTARY RF / GETTY IMAGES)

Le billet science du weekend avec Hervé Poirier, rédacteur en chef au magazine scientifique Epsiloon se penche aujourd'hui sur l'investissement maternel, déjà clé chez les humains, et très important chez les orques. 

franceinfo : Ce qu'on appelle l'effet grand-mère serait, chez les orques, encore plus lourd que ce que l'on supposait. C'est-à-dire ? 

Hervé Poirier : En cette période de vacances scolaires, certaines mères et grand-mères sont soumises à rude épreuve. Je ne sais pas si cela va les soulager, mais c’est pire chez les orques ! Grâce à 40 ans de suivi attentif d’une population vivant dans le Pacifique nord, les biologistes ont pu mesurer pour la première fois le sacrifice que représente l’investissement maternel.

Le chiffre est impressionnant : le soin que prennent les mères à s’occuper de leur fils réduit d’environ 50% leur succès de reproduction. Je dis bien leur fils, car ce phénomène n’est valable que lorsqu’elles ont un mâle : avoir une fille n’influence en rien leur succès reproducteur – la société orque est très sexuée. Et le plus impressionnant, c’est que ce coût ne s’atténue pas, à mesure que les fils vieillissent et deviennent adultes. Pour les mères orques, il dure toute la vie !

C’est comme une sorte de charge mentale qui pèse sur les mères ? 

Oui. On savait que le rôle des grand-mères orques est un facteur clé pour la cohésion du clan, ou la transmission des techniques de chasse. Et c’est sur cette même population d’orques du Pacifique nord qu’a été mesuré, il y a quelques années, le fameux effet "grand-mère" : le taux de survie d’un orque, mâle ou femelle, augmente considérablement, s’il a autour de lui une grand-mère.

Un effet encore plus marqué lorsque la grand-mère orque devient ménopausée : non-fertile, elle peut alors consacrer beaucoup plus d’attention à ses petits-fils et petites-filles. Avec cette nouvelle étude, on mesure la charge qui se cache derrière cet effet. Une charge qui pèse sur les femelles, bien avant la ménopause, bien avant qu’elles ne deviennent grand-mères.

Et on est un peu tenté d’extrapoler cela chez nous, les humains…

Oui. D’autant que le phénomène de la ménopause n’a été identifié que chez trois mammifères : l’humain, l’orque et le globicéphale – un autre cétacé. D’autant aussi que l’effet "grand-mère" a d’abord été observé dans les sociétés humaines. Les orques, ici, nous enseignent que derrière les bienfaits apportés aux enfants et aux petits-enfants, il y a toujours un coût. Mais cela, les mamans et les grands-mamans le savaient déjà.

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