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Semaine des prix Nobel : qui est Michel Zink, ce membre de l'Académie française qui souffle des noms de lauréats au Comité suédois ?

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.

Article rédigé par Bérengère Bonte
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Michel Zink à Lyon, en juin 2018. (PHOTO CHAMBERT FREDERIC / MAXPPP)

A 77 ans, le "fauteuil 37" de l’Académie française est l’un des rares français qui murmurent des lauréats potentiels chaque année au comité Nobel. Il ne le crie pas sur tous les toits. Car, autant pour le Nobel de la Paix, tout le monde peut lancer ses idées, autant pour la littérature, il faut attendre que l’on vous sollicite. Et ça peut faire des jaloux.

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Selon les années, ce pape de la littérature médiévale répond ou pas au courrier du Comité Nobel. Il a suggéré Yves Bonnefoy, sans succès. Il a plutôt eu du flair – il n'ose pas parler d’influence – lorsqu'en 2016, il a proposé le nom qui a eu le prix 2017 : c'est Kazuo Ichiguro, le britannique, d’origine japonaise. "J’avais soigné la lettre", dit-il. Cette année, il n’est plus tout à fait sûr d’avoir répondu, lassé de plaider pour un collègue de l'Académie dont il ne veut pas donner le nom. Mais il n'aurait pas choisi Annie Ernaux, et il le dit sans langue de bois.

Conçu le jour où ses parents "ont appris la Libération de Paris"

Comment se retrouve-t-on à enseigner la littérature médiévale et à souffler des noms au comité Nobel ? Pour lui, tout vient de ses parents, mariés sur les bancs de la Sorbonne, juste avant la Seconde Guerre mondiale. Le père, normalien, avait fait une thèse sur l’équivalent des chansons de geste en Allemagne, tout fils de paysans alsacien non francophone qu’il était. Ce père officier, fait prisonnier, refusant d’être libéré car il aurait été renvoyé en Alsace, en territoire allemand : inimaginable avec une épouse – la mère de Michel Zink – moitié juive allemande.

Michel Zink, lui, naît trois jours avant l’armistice à Issy-les-Moulineaux, le 5 mai 1945. Et on se pince là encore, en l’entendant, lui l’académicien, raconter la suite : "Mes parents m'ont toujours dit que j'étais prématuré de 3 semaines. Quand j’ai été grand, j’ai fait le calcul : je me suis rendu compte que mes parents m’ont conçu dans le Morvan le jour où ils ont appris la Libération de Paris. On pouvait enfin refaire des enfants !"

Il passe son enfance à Lyon, et sur les traces de ses deux sœurs aînées, il entre à Normale Sup. Pas le choix ! En lettres classiques, il craint en effet d’être "étriqué" dans la littérature contemporaine. En terminale, il avait lu un petit livre sur les troubadours du Languedoc qui l’avait "ravi". Ça ne l’empêchera pas de lire à ses trois enfants, l’intégralité de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust ! Tous sont devenus scientifiques, mais tous adorent les livres.

De nombreuses distinctions à travers le monde

Après son agrégation, Michel Zink enseigne à la Sorbonne, à Tunis pendant sa coopération, il donne des conférences dans le monde entier, le tout en Français, "mon anglais est horrible", confesse-t-il. Il collectionne les prix : docteur honoris causa des universités de Sheffield, Bucarest, Pékin, membre étranger d'Académie aux Etats-Unis ou même à l'Académie royale des Lettres en Suède, etc. 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette distinction suédoise ne serait pour rien dans le fait que le Comité Nobel le sollicite. Dans son souvenir, le premier contact remonte à son entrée au Collège de France : il y a près de 30 ans, bien avant l’Académie française aussi. Les règles officielles sont assez obscures. On ne sait même pas combien ils sont. Les seules archives disponibles sont celles d'il y a 50 ans : 13 Français sollicités en 1970, une trentaine l’année d’avant.

Il y a quelques années, Michel Zink a aussi fait de la radio à France Inter, pour tenir une chronique de littérature médiévale ! Désormais sa vie est réglée sur les Académies. Ce vendredi après-midi, à 15h30, il était à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, pour une "séance secrète" de 30 minutes suivie d’une "publique", avec communication d’égyptologie. C'est en fait toute une vie dédiée au livre puisqu'il siège aussi dans toutes les commissions d'attribution de prix d’histoire, de littérature, etc. A 77 ans, le médiéviste écrit toujours, mais moins. Il termine en ce moment un petit ouvrage tiré de ses derniers cours au Collège de France, qui avaient pour thème : "parler aux simples gens un air littéraire médiéval". Tout un programme !

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