Cet article date de plus d'un an.

Alpinisme : qui est Sophie Lavaud, la "madame tout le monde", première Française à gravir les 14 sommets de plus de 8000 mètres ?

L’intrus de l’actu donne chaque soir un coup de projecteur sur une personnalité qui aurait pu passer sous les radars de l’actualité.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
L'alpiniste française Sophie Lavaud au sommet du K2, le 21 juillet 2018. (CAPTURE D'ÉCRAN YOUTUBE)

Sophie Lavaud a atteint lundi 26 juin au Pakistan, le sommet du Nanga Parbat à 8126 mètres d'altitude en compagnie d’un groupe d’une vingtaine d’alpinistes et de sherpas. Mais le record est juste pour elle : Sophie Lavaud, qui, disons-le, a deux autres nationalités, suisse et canadienne. Avec ses trois passeports, elle cumule d’ailleurs les "premières". Elle est à la fois "le premier français" (homme et femme confondus) à atteindre les 14 sommets de plus de 8000, la première suissesse et le premier canadien, là aussi, homme et femme confondus).

>> "Je n'ai jamais grimpé pour un record", raconte Sophie Lavaud, en passe de devenir la première Française à gravir les 14 sommets himalayens à plus de 8000 m

Et elle est seulement la 4e femme dans le monde à boucler ce grand chelem himalayen après une espagnole, une autrichienne et une italienne. Un projet dans lequel elle s’était lancé en 2012, une bonne dizaine d’années, donc. À 55 ans, Sophie Lavaud est une véritable intruse dans le monde de l’alpinisme, notamment parce qu’elle s’y est mise très tard. Le décor d’enfance est pourtant favorable. Même si elle naît à Lausanne en mai 68, ses parents ont un appartement à Argentière, en Haute-Savoie. Elle chausse donc ses premiers skis à trois ans. Mais il n’est pas question de carrière sportive. Elle fait des études de commerce à Lyon, commence une carrière dans l'hôtellerie, le luxe et la cosmétique. Elle crée une société évènementielle dans la finance avec son frère, tout en "crapahutant" sans plus de prétentions dans la montagne.

"Envie d'aller flirter avec le 8 000"

Son équipe la qualifie de "madame tout le monde", de femme "simple" avec des rêves peu ordinaires, et qui se donne les moyens de les réaliser à son rythme. Et le rêve des "8000" surgit presque de nulle part. Cela commence avec le Mont-Blanc qu’elle gravit comme une sorte de défi avec des amis. Elle a 36 ans, on est en 2004. Et elle se prend au jeu. "Un jour en 2012, le contexte fait que j'arrive à partir sur un 8 000. Je disais à l'époque que j'avais envie d'aller flirter avec le 8 000 pour voir si j'en étais capable, explique Sophie Lavaud, dans une interview réalisée en 2022 pour le festival du film d’aventure à La Rochelle. Mais je ne savais pas du tout et je ne m'en sentais pas capable. J'ai fait deux sommets d'affilée sur la première saison. Et puis après, j'ai vraiment organisé ma vie autour de ces expéditions, un Mont-Blanc en 2004, un Everest en 2014."

Donc les deux premiers 8000 de cette "première saison" 2012 sont le Shishapangma, (8013 mètres) et le Cho Oyu (8188 mètres), au Tibet. En 2014, elle gravit l’Everest (8800 ètres). Et là voilà partie pour pour la série complète. Parmi les plus hauts : le K2 (8611 mètres) sur lequel elle échoue une première fois à cause d'une avalanche mais qu’elle gravit finalement en 2018. L’année suivante en 2019, c'est au tour de l'Annapurna (8091 mètres), au Népal. Au total, elle participe à 22 expéditions pour "valider" finalement ces 14 sommets ! La liste a d’ailleurs été republiée l’été dernier par le géographe Eberhard Jurgalski, chamboulant les classements de la course aux quatorze 8000. Cela a d’ailleurs contraint Sophie Lavaud à "refaire" certains sommets. Mais cela permet notamment d’utiliser de l’oxygène. C’est son cas et elle l’assume totalement, pour raisons de sécurité, avec le froid et la peur de perdre ses doigts. Elle s’applique d’ailleurs à faire les paliers d’acclimatation et prend donc de l’oxygène la nuit au tout dernier camp d’altitude.

Des films tirés de ses expéditions

Sophie Lavaud est aussi ambassadrice de l’ONG Terre des Hommes où elle soutient des projets humanitaires, notamment sur la survie des femmes enceintes dans les régions montagneuses où se déroulent ses expéditions. Dans les nombreuses conférences qu’elle donne désormais, elle insiste sur le dépassement de soi ou encore le suivisme, notamment en entreprise, un monde avec lequel elle dresse beaucoup de parallèles. "Comment je gravis ces grands sommets seule ? En Himalaya, je vais aller nulle part. Et j'ai toujours besoin d'équipes. Tous ces gens qui m'entourent font que, ensemble, on arrive au sommet. Et moi, je ne fais que suivre tous ces gens qui m'entourent. Alors, bon, je prends quand même quelques décisions, ça c'est sûr ! Mais j'ai vraiment à l'idée de revaloriser les gens. Et si je fais l'analogie avec le monde de l'entreprise, c'est revaloriser les équipes." 

Plusieurs films ont déjà été tirés de ses expéditions, dont certains ont été primés. Un vidéaste fait d'ailleurs partie de l'équipe de cette 14e ascension, ce qui donnera donc un film dans quelques mois autour de Sophie Lavaud. 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.