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Vers une nouvelle loi sur la laïcité

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Faut-il une nouvelle loi sur la laïcité ? Le débat est de retour après l'annulation par la justice du licenciement d'une salariée portant le voile dans une crèche dans les Yvelines. Depuis, l'idée de légiférer fait son chemin. Mais au gouvernement comme à l'Assemblée, la question divise.
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Radio France
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Au hit-parade des sujets les plus débattus de la République, la Laïcité est sans doute parmi les mieux placés. Depuis 1905, on n'en finit pas d'en écrire, d'en corriger, d'en préciser la définition au gré des évènements. Dernier en date, cette affaire couramment désignée comme celle de "la crèche Baby Loup". Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a lui-même appelé à une initiative parlementaire pour combler si nécessaire un vide juridique. Et son appel a été devancé par le groupe... UMP. Son chef de file, Christian Jacob :"Je pense qu'il faut qu'on regarde comment corriger le texte actuel. On est en train d'y travailler, on va présenter une modification au sein du groupe UMP et je pense qu'en fin de semaine prochaine, on sera capable de faire une proposition précise ".

Plusieurs députés donc se sont saisi du rôle de sherpa, comme Eric Ciotti ou Jean-François Copé, rejoints ce mercredi par François Fillon qui s'est fendu d'une tribune dans le Le Monde. Il y a deux grandes pistes : soit reconnaître une mission de service public aux structures de type crèches et donc leur appliquer les règles strictes des services publics en matière de signes religieux, soit étendre ces règles au privé. C'est l'option privilégiée par Jacques Myard, le député UMP des Yvelines : "Je suis en train de préparer une proposition de loi dans laquelle je vais dire qu'au nom de l'harmonie sociale, la manifestation ostentatoire de signe religieux est interdite. Il ne s'agit pas de violer les consciences. Il s'agit de dire que la laïcité s'applique aussi au sein des entreprises pour éviter les heurts et les incompréhensions ".

PS et UMP partagés

Les députés en question attendent évidement de voir le texte. Mais sur le principe de la réaffirmation de la laïcité, la corrézienne Sophie Dessus est pour. Et pas seulement quand il s'agit des services publics : "Ce que l'on fait chez soi, le dieu auquel on croit, c'est une chose; une autre est quand on est dans la vie publique puisque malgré tout le privé c'est un lieu où l'on est tous ensemble et on doit le respecter. S'il y a une loi sur la laïcité qui est bien faite et qui correspond, elle va peut-être être amendée, mais c'est la direction, oui ".

L'idée d'une loi ne fait pas l'unanimité, à droite comme à gauche : attention au risque de stigmatiser les musulmans, comme le souligne la députée UMP Valérie Pécresse : "Il ne sera pas question de stigmatiser quelqu'un sur ses croyances ou ses non-croyances. On est dans une république laïque, on n'a pas le droite de demander à quelqu'un ce qu'il croit ". Le socialiste Olivier Faure ajoute qu'il faut veiller à ne pas doublement punir les femmes qui portent le voile :"Il faut faire attention à ne pas donner le sentiment que toutes les femmes voilées sont des agents de l'islamisme et ne pas tomber dans une paranoïa qui reverrait ces femmes vers un cercle de plus étroit, communautariste et qui finalement les reverrait vers ce qu'il y a de pire ".

Des députés partagés, tout comme le gouvernement. Le ministre de la ville François Lamy notamment est réticent. Du coup, la porte-parole du gouvernement, Najat Valleau-Belkacem appelle au dialogue : "J'entend les arguments de François Lamy, il craint que soit stigmatisée une certaine population. Imaginez-vous que mon objectif à moi serait de stigmatiser cette population ? Donc je pense que c'est un travail collectif qu'il nous faut et qu'il serait le bienvenu ".

En attendant les députés socialistes ont à leur tour annoncé hier une future initiative parlementaire sur la laïcité. Un travail en commun donc, mais chacun dans sa chapelle.

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