Attractivité de l'industrie : "Il y a un problème, alors qu'il y a des jobs passionnants et mieux payés que dans les services", assure Louis Gallois

La Semaine de l’industrie, dont la 12e édition se déroule du 27 novembre au 3 décembre, propose une série d'événements dans toute la France pour découvrir la diversité des métiers et les opportunités de carrière de ce secteur dynamique. Louis Gallois, coprésident de la Fabrique de l'Industrie, vient nous en parler.
Article rédigé par France Info
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Louis Gallois, co-président de la Fabrique de l'Industrie. (franceinfo)

Louis Gallois, ancien PDG de la SNCF et d'Airbus, ancien président du conseil de surveillance de PSA-Peugeot-Citroën, est coprésident de la Fabrique de l'Industrie. Ce laboratoire d'idées, consacré à l'industrie, participe à la Semaine de l'industrie qui se déroule dans toute la France du 27 novembre au 3 décembre. Cette année, l'opération regroupe 5 500 événements qui s'adressent aux jeunes autour du thème "Avec l’industrie, fabrique ton avenir".

franceinfo : C'est la Semaine de l'industrie. La semaine dernière, le laboratoire danois Novo Nordisk a annoncé près de deux milliards d'euros d'investissement près de Chartres. Diriez-vous que nous sommes en train de vivre un changement de mentalité profond en France, concernant l'industrie ?

Louis Gallois : Je crois qu'il se passe quelque chose, que les mentalités sont en train de changer.

"Je vois apparaître une nouvelle génération d'entrepreneurs très souvent engagés."

Louis Gallois

à franceinfo

Des entrepreneurs engagés pour fabriquer en France, engagés pour la protection de l'environnement. Et je pense qu'ils ont le moral et ont envie d'y aller.

Il y a donc un changement de paradigme ?

Je pense qu'il y a un changement de mentalité, et vous avez de très gros investissements. Vous avez cité celui de Chartres, mais il y a eu l'investissement sur les semi-conducteurs à Grenoble, il y a eu les gros investissements sur les batteries, notamment autour de Dunkerque. Tout cela crée un climat nouveau et je pense que ce sont des bourgeons. J'espère qu'ils annoncent le printemps, même si nous sommes au début de l'hiver.

Ce changement de mentalité est-il également dû à un volontarisme politique ? Je pense évidemment à celui du président de la République.

Il y a eu un virage de la politique de l'offre, qui a commencé sous François Hollande et qui s'est intensifié sous Emmanuel Macron, qui a organisé une série d'événements, comme "Choose France" à Versailles en mai 2023. Et puis, il y a eu aussi "France 2030", qui représente 53 milliards, ce qui permet de s'engager sur un certain nombre de voies nouvelles.

Face à notre déficit commercial, qui atteint 54 milliards d'euros au premier semestre, a-t-on vraiment le choix ? Raisonnablement ?

Le déficit des produits manufacturés est également colossal : 80 milliards d'euros en 2022. C'est considérable, parce qu'à côté de ça, il y a évidemment le déficit dû aux produits pétroliers, aux importations d'énergies…

Donc fabriquer en France, c'est aussi un choix raisonnable.

"Fabriquer en France est un choix d'autant plus raisonnable qu'il s'inscrit dans cette idée de grande régionalisation, pour éviter les transports excessifs et aussi pour éviter les dépendances."

Louis Gallois

à franceinfo

Nous sommes très dépendants d'un certain nombre de fournisseurs et notamment de la Chine.

Donc c'est aussi une question de souveraineté.

Absolument.

Dans le même temps, on voit qu'on a énormément de mal à recruter dans l'industrie en France. 50 000 à 60 000 emplois sont non pourvus aujourd'hui. Comment l'expliquez-vous ? Est-ce dû à un déficit d'image ? L'usine, c'est "sale" ?

Je pense qu'il y a d'abord un déficit d'adéquation de l'offre à la demande. Les compétences que l'on cherche dans l'industrie ne sont pas obligatoirement immédiatement disponibles.

"Il y a un effort de formation très important à faire, notamment pour tout ce qui concerne les nouvelles technologies numériques, etc."

Louis Gallois

à franceinfo

Et par ailleurs, on constate que les jeunes qui sortent de formations dans des filières industrielles ne vont pas vers l'industrie. Près de la moitié d'entre eux, d'après ce que j'entends dire, ne va pas vers l'industrie. Donc, il y a un problème d'attractivité, de déficit d'image.

Et pourtant, les salaires y sont plus élevés que dans les services.

Les salaires sont plus élevés, ce qui fait d'ailleurs qu'il y a un petit problème de charges sociales… Mais je crois qu'effectivement, il y a un problème d'image. La semaine de l'industrie, c'est ça, c'est 5 500 événements pour amener les gens dans les entreprises, pour qu'ils voient ce que c'est que l'industrie, ce qu'elle apporte au pays, ce qu'elle représente. Et aussi le fait qu'on y trouve des jobs passionnants, plutôt bien payés, mieux que dans les services, plus stables que dans les services, contrairement à ce que l'on croit.

"Il faut que les jeunes aillent vers l'industrie. Mais c'est à l'industrie d'être attractive."

Louis Gallois

à franceinfo

Quels sont les leviers d'action sur lesquels il faut jouer aujourd'hui ? Dans une tribune que vous avez récemment publiée dans le journal Le Monde, vous dites que la France est menacée aujourd'hui de descendre en deuxième division.

Sur la recherche, oui.

Donc, à part les questions de cotisations sociales, de charges sociales, quel est le dernier levier sur lequel il faut agir ?

Il y a plusieurs leviers, mais celui-là est très important : nous allons sortir, avec la Fabrique de l'Industrie, une étude sur les innovations de rupture dans le domaine la transition énergétique et écologique.

"Sur la recherche, la France est mal placée, l'Europe est mal placée. Les bien placés, ce sont les États-Unis, la Chine, le Japon et la Corée du Sud, ceux qui investissent dans la recherche."

Louis Gallois

à franceinfo

Il est extrêmement important que nous redressions notre effort de recherche : il est insuffisant. Il faut plus d'argent public, parce que la recherche privée, qui est soutenue par l'État, est plutôt de bonne qualité, si ce n'est que l'industrie française est assez petite.

On a un crédit d'impôt recherche qui coûte sept milliards d'euros aux finances publiques. Ce n'est quand même pas négligeable.

Ce n'est pas négligeable, mais quand vous voyez qu'un chercheur est embauché au CNRS après dix ans d'études à 2 100 euros net… On n'attire pas les chercheurs de très haut niveau avec ça, c'est clair. Si nous voulons attirer les chercheurs de très haut niveau, il va falloir, par exemple, augmenter les salaires des chercheurs. Je pense que c'est très important.

Retrouvez cette interview en vidéo.

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