Cet article date de plus de huit ans.

Pour l'administration, Gabin, vingt mois, est un "enfant fantôme"

écouter (2min)
C'est une histoire absurde, un imbroglio administratif. Le petit Gabin a des parents français, mais il a vu le jour en Espagne. Depuis sa naissance, il y a vingt mois, il n'a pas d'existence officielle.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
 (©)

Au mois d'aout 2011, Jessica
et Romaric passent leurs vacances à Murcie, en Espagne. Jessica est enceinte de
sept mois. Elle a prévu d'accoucher en France, à son retour. Mais elle ressent
des contractions, et Gabin voit le jour de l'autre côté des Pyrénées, avec
plusieurs semaines d'avance. L'accouchement se passe bien. Romaric et Jessica
quittent l'hôpital avec un "certificat d'accouchement". Puis ils
rentrent en France, tranquillement.

Quand ils se présentent à
l'Etat civil, près de chez eux, dans le Nord, ils comprennent qu'il y a un
problème. L'employée leur explique que sans acte de naissance espagnol, elle ne
peut pas inscrire l'enfant dans le registre. Les parents se tournent alors vers
le consulat espagol. Mais on leur explique qu'il fallait y penser avant, dès la
naissance. Pour l'administration, Gabin est un fantôme.

Ce petit problème de papiers
va avoir des conséquences énormes. Dans Midi-Libre,
dans l'article de Jean-Pierre Amarger, Jessica explique qu'elle est "à
bout" : "Gabin n'a pas d'identité, ni de sécurité sociale. Je ne peux
pas l'inscrire à la crèche car je n'ai pas de document à présenter. Du coup, je
ne peux pas travailler. En plus, j'ai une peur bleue qu'on me l'enlève car je
ne peux pas prouver que je suis sa mère". Jessica raconte la première fois
qu'elle a emmené l'enfant chez le médecin : "Il pensait que Gabin avait
été enlevé. Heureusement, mon mari n'était pas loin. Ils se ressemblent comme
deux gouttes d'eau. Tout s'est arrangé". Cette situation a aussi des
conséquences financières. L'an dernier, le bébé a été hospitalisé. Pour le
soigner, les parents ont déboursé plus de mille euros et, comme l'enfant n'est
pas inscrit à la sécurité sociale, ils n'ont pas été remboursés. Jessica et
Romaric ont bien pensé à demander un test ADN, mais pour que ce test ait de la
valeur, il faudrait que la justice le demande.

Le couple habite maintenant
près de Beziers.  Sans relâche, il
sollicite l'administration. En vain. Au consulat espagnol, la semaine dernière,
Jessica a encore reçu une réponse qui l'a estomaquée. On lui a dit : "Vous
n'aviez qu'à ne pas accoucher en Espagne".

Mais pour la première fois,
ce matin, les parents ont une lueur d'espoir. D'après Florence Deguen, dans le
quotidien Aujourd'hui en France, le procureur de la République de Montpellier
va recevoir tout à l'heure Jessica et Romaric. Pour son prochain anniversaire,
pour ses deux ans, Gabin aura peut-être des papiers.

 

 

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.