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Martine et Louise, cinquante ans de prostitution

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Aux Pays-Bas, ces deux sœurs jumelles sont devenues célèbres. A soixante-dix ans, elles racontent leur vie quotidienne dans le fameux quartier rouge d'Amsterdam.
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Radio France
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Dans la rue, des passants
les arrêtent. Ils les reconnaissent. Ils les ont vues à la télévision, dans un
documentaire ou ils ont lu au moins un des deux livres rédigés par leur soin. Un de
ces ouvrages va sortir en France, d'ailleurs. Martine et Louise Fokkens sont en
train de devenir les prostituées les plus connues des Pays-Bas, et les emblèmes
du quartier rouge d'Amsterdam.

Pour Libération , Quentin Girard les a
rencontrées. Les deux soeurs ont soixante-dix ans. Elles sont joyeuses,
blagueuses, gouailleuses. Elles continuent à s'habiller en rouge et en rose.
Elles ont cessé de se prostituer, même si Martine continue à voir quelques
clients réguliers, le dimanche : "Pour moi, c'est comme aller à la
messe"
, dit-elle.

Derrière les sourires,

l'histoire est moins drôle

Elle commence en 1962. A l'époque, Louise a 19 ans.
Elle a déjà trois enfants. Elle est au chômage, elle vit dans la misère. Son
mari, un voyou, la met sur le trottoir. Elle se souvient : "Cela devait
être juste pour deux ans, pour qu'on gagne assez et qu'on lance un commerce. Il
me prenait l'argent, dépensait tout, il mentait tout le temps et me battait
parfois, mais à l'époque, on ne divorçait pas"
.

Deux ans plus tard,
Martine imite sa soeur, poussée, elle aussi, par son mari. Au début, les
jumelles sont sur le trottoir, puis derrière les fameuses vitrines du quartier rouge.
Dans les années 1980, elles se sont débarrassées de leurs maris. Elles achètent
leur propre maison close, puis elles la revendent, poussées par la mairie, car le quartier change.

Quand les deux soeurs en parlent, la nostalgie n'est pas très loin. Dans
Libération , Louise explique que rien n'est comme avant : "Les femmes
venues de l'est ne se connaissent plus, ne se parlent plus et les bordels sont
aux mains des mafias étrangères
".

La prostitution est de

moins en moins tolérée

La mairie restreint les horaires d'ouverture des
maisons closes : le matin, elles sont maintenant fermées entre quatre heures et
neuf heures. Les prostituées doivent avoir au moins 21 ans, et non plus 18. La
municipalité veut faire baisser leur nombre, pour lutter contre la criminalité
et changer peu à peu l'image du quartier rouge.

Louise et Martine Fokkens
préfèrent se souvenir du passé, et des milliers de clients qu'elles ont vu
défiler. Tous différents. Dans Libération, Quentin Girard relève un laveur de
carreaux, un nain, un rabbin, un haltérophile, des marins aussi bien sûr. Des
jeunes, des vieux, des violents, des impuissants. Les deux prostituées n'ont
pas de regrets. Et elles le disent, sans détour : "On a eu la belle
vie"

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