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Au Bangladesh, "le bordel de mère en fille"

Dans la plus grande maison close du pays, des enfants de prostituées se battent pour un avenir meilleur au Bangladesh.

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C'est l'histoire de Jesmin. Elle a quinze ans. Elle sourit. Elle porte un sari beige. Sur la photo, dans Libération, elle pose, très sage, avec ses camarades. Jesmin vient de réussir son examen scolaire. Elle rêve de devenir avocate. Pour y arriver, le chemin sera long. Jesmin grandit dans le bordel de Dauladtia, à cent kilomètres de Dacca, la capitale du Bangladesh. Sa mère est prostituée. La jeune fille va tout faire pour avoir un autre destin. 

Pour Libération, Michel Henry est entré dans cette immense maison close, dans ce qu'il appelle "le bordel de mère en fille". Celles qui entrent ici ne savent jamais quand elles vont en sortir. Dauladtia est comme une petite ville, avec ses restaurants, ses bars, sa pharmacie, son épicerie. Le bordel est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Une passe coûte deux euros. Au Bangladesh, la prostitution n'est ni légale, ni illégale. La police ne fait rien pour l'empêcher. Beaucoup de fonctionnaires sont corrompus. Ils profitent de cette économie. 

Les prostituées recoivent les clients les uns après les autres. Elles ont chacune leur chambre. Quand elles veulent être tranquilles, elles demandent simplement aux enfants de sortir, et d'aller jouer plus loin. Car ici, les enfants sont partout. Ils sont six cents pour mille cinq cents prostituées. Pour eux, le risque est immense. Dès l'âge de 13 ans, et même parfois plus tôt, des filles suivent le chemin de leur mère. Elles prennent la relève. La prostitution est un moyen de survivre et d'aider sa famille. 

Dans ce cloaque, Jesmin a de la chance. C'est elle qui le dit. Avec quelques dizaines d'autres enfants, elle est accueillie dans une "safe house", un centre d'hébergement attenant au bordel. Une ONG locale s'occupe des petits. Elle essaie de les préserver et de leur préparer un avenir meilleur. Elle les envoie à l'école. Jesmin le dit avec ses mots d'adolescentes : "j'aime être ici. Ici, personne ne va nous agresser ou nous insulter ". Dans Libération, Michel Henry explique qu'au centre d'hébergement, les enfants ont le droit de rêver. Ils voudraient devenir médecin, professeur, hôtesse de l'air, ou bien avocate comme Jesmin. Mais comment financer des études ? C'est la grande question quand on est pauvre dans un pays pauvre. Jesmin y croit. Elle va s'accrocher. Elle veut aussi aider sa mère. Elle pense même au jour où elle pourra la sortir de la maison close : "Si je peux avoir un bon job, j'y arriverai". 

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