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Zablon Simentov, le dernier Afghan de confession juive s’apprête à quitter la terre de ses ancêtres, par peur du retour des Talibans

À 60 ans, il a traversé tous les bouleversements en Afghanistan. Depuis 2005, il est le dernier juif à être resté en Afghanistan, mais avec le retrait prochain des troupes américaines, Zablon Simentov dit qu’il renonce à rester à Kaboul, par crainte de la répression talibane.

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Zablon Simentov à Kaboul (Afghanistan).
Zablon Simentov à Kaboul (Afghanistan). (NEW YORK DAILY NEWS ARCHIVE / NEW YORK DAILY NEWS)

Il s’appelle Zablon Simentov, "Zébulon", si l’on francise son prénom, et c’est d’ailleurs comme cela qu’il est présenté dans tous les articles de presse qui ont été publiés cette semaine sur lui, des dizaines d’articles dans toutes les langues,
du Bangkok Post au Times of Israël, pour annoncer que Zablon Simentov, dernier juif d’Afghanistan, s’apprête à faire ses valises, à quitter la terre de ses ancêtres par peur du retour des talibans. Il l’a confirmé à l’AFP, l’Agence France Presse qui l’a rencontré dans sa synagogue à Kaboul. Un véritable personnage, une figure locale et mondiale.

À 60 ans, il a tout traversé : l’invasion soviétique, la guerre civile, l’arrivée des Talibans à la fin des années 1990, puis l’offensive de l’OTAN, qui s’est prolongée, encore, et encore, jusqu’à l’annonce il y a quelques jours par Joe Biden du retrait des troupes américaines. Au fil des décennies, tous les juifs afghans sont partis. De plusieurs centaines en 1990, ils n’étaient plus que 10 en 1996, puis deux en l’an 2000 : lui, Zablon, et un rabbin octogénaire, Ishaq Levin. Deux hommes qui au lieu de s’unir se sont brouillés, battus pour une Torah disparue, ils se sont dénoncés mutuellement aux Talibans qui les ont mis tous les deux en prison, essayant au passage de les convertir à l’Islam, en vain. Et puis, Ishaq est mort en 2005, "la moitié des juifs d’Afghanistan est partie avec lui, ironisait Simentov dans une interview au Figaro en 2006, et je suis donc le dernier ici, le seul."

Je pensais que les américains et les européens allaient régler tout ça, nous sortir de la guerre mais ça n’est pas arrivé. Donc si les Talibans reviennent, là, je partirai.

Zablon Simentov, dernier rabbin d'Afghanistan

à l'AFP

Effectivement, il y a longtemps déjà que sa femme et ses deux filles se sont installées en Israël, le laissant à la mission qu’il s’est donné : protéger son héritage, juif et afghan, parce qu’il tient aux deux, aimant à raconter que ses ancêtres se sont sans doute installés là en fuyant Babylone, il y a plus de 2000 ans. Il porte la kippa et la tunique traditionnelle afghane, il parle dari, et entretient sa synagogue grâce à l’aide de ses amis musulmans. Cela fait quinze ans maintenant que les journalistes viennent le voir pour faire le portrait du dernier juif de Kaboul, quinze ans qu’on lui demande pourquoi il ne part pas, quinze ans qu’il répond qu’il doit garder sa synagogue. "Je pensais que les américains et les européens allaient régler tout ça, dit-il, nous sortir de la guerre mais ça n’est pas arrivé. Donc si les Talibans reviennent, je partirai." Un départ pour lequel il n’a pas encore fixé de date.

Zablon Simentov à Kaboul (Afghanistan).
Zablon Simentov à Kaboul (Afghanistan). (NEW YORK DAILY NEWS ARCHIVE / NEW YORK DAILY NEWS)