Vu 15 millions de fois, le message de "démission" du groupe WhatsApp familial d'un père de famille américain lance un débat sur le droit à la déconnexion

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Sa fille ainée a publié sur Twitter une capture d’écran, vue désormais près de 15 millions de fois et approuvée par des dizaines de milliers d’internautes. De quoi mettre en lumière le problème de l’épuisement numérique.

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Radio France
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Les applications de reseaux sociaux sur un smartphone. (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

Difficile d’échapper aux groupes WhatsApp ou Messenger de famille, ou de belle-famille, ou de fratrie... Bref, pour qui y aurait miraculeusement échappé, à toutes ces applications de discussion en ligne où l’on partage photos, vidéos et autres moments de vie.

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Comme beaucoup, Thomas D’Orazio, 51 ans, qui vit en Pennsylvanie, aux États-Unis, père de deux grandes filles de 23 et 19 ans, a joué le jeu, avec patience, bienveillance, assiduité. Puis, dépassé par des tombereaux de notifications, de selfies, de micro-vidéo et autres informations dispensables, il a fini par annoncer la semaine dernière à sa femme et ses filles qu’il quittait le groupe WhatsApp de famille.

Cette histoire fort banale n’aurait jamais dû dépasser le stade de l’échange privé. Mais l’ainée, Allison, a publié une capture d’écran de l’annonce paternelle sur Twitter pour partager son émotion. Une capture d’écran qui, depuis, a été massivement partagée, commentée, applaudie par des millions d’internautes et qui dit ceci : "Je ne peux pas lire tout ça, je ne supporte plus de toujours devoir rire ou aimer ou ajouter des petits cœurs à chaque pensée, photo ou blague publiées ici. Oui, j’aimerai, je rirai, je compatirai toujours avec vous. Mais je ne peux plus vivre avec cette pression, je pars, et c’est signé d’un vieux grincheux né avant les portables."

Ses lignes sont écrites avec humour, mais Thomas D’Orazio met les mots sur un vrai phénomène. En trois jours, son message a été vu près de 15 millions de fois, partagé et approuvé par des dizaines de milliers d’internautes qui confient tous vivre la même pression. Pression qui a un nom : l’épuisement numérique, une sur-sollicitation d’autant plus lourde que les échanges familiaux viennent s’ajouter à un temps d’écran professionnel déjà considérable.

Plus de 7 heures par jour en France

En France, d’après le dernier baromètre BVA sur l’hyperconnexion, on passe en moyenne 4h50 par jour devant un écran, ça monte à 7h13 pour les cadres. Et l'on passe 1h46 en moyenne sur les réseaux sociaux les données collectées par Statista.

On publie, on commente, on like, jusqu’à l’insomnie pour certains. De quoi poser cette question à nos sociétés : pour se préserver, faute de pouvoir quitter un groupe WhatsApp de travail, peut-on démissionner d’un groupe de famille ? Toutes ces choses partagées valent-elles vraiment la peine de l’être ? Et que disent toutes ces publications de nous ? Pour la petite histoire, Thomas D’Orazio n’est pas parti, la symbolique était trop dure : il a juste mis le groupe en silencieux. Manière d’appliquer discrètement son précieux droit à la déconnexion.

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