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Tan Weiwei, la chanteuse pop qui brise le tabou des violences faites aux femmes en Chine

Véritable star en Chine depuis 2006, son dernier album, sorti le 11 décembre, se veut féministe et dénonce notamment les violences sexistes et les féminicides. Un sujet tabou en Chine que Tan Weiwei, 38 ans, dit vouloir aborder pour "prendre (ses) responsabilités."

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La chanteuse Tan Weiwei lors d\'un gala à Shanghaï (Chine), le 23 juin 2019.
La chanteuse Tan Weiwei lors d'un gala à Shanghaï (Chine), le 23 juin 2019. (MAXPPP)

C’est une véritable star en Chine, un visage familier pour plus d’1,3 milliard de personnes, ça donne une idée du nombre vertigineux d’oreilles que sa parole peut atteindre. Tan Weiwei, également surnommée Sitar Tan, a 38 ans, elle est originaire du Sichuan, et depuis 2006 et sa participation à l’émission de télé-réalité "Super Girl", le "The Voice" chinois, elle est adulée par des millions de jeunes.

Une notoriété qu’elle a décidé d’utiliser avec son dernier album intitulé 3811, sorti le vendredi 11 décembre, pour faire ce qui ne se fait pas : chanter autre chose que de belles histoires d’amour, chanter la face sombre, la misogynie, les coups, la violence, la mort. Une chanson en particulier a mis les réseaux sociaux en ébullition, puisqu’elle aborde le sujet des féminicides. Et pas de manière évasive, mais directe, frontale, crue : elle raconte l’histoire de Xiao Juan, battue, brûlée vive, tondue, séquestrée et finalement tuée par un homme. "N’oubliez pas mon nom, rappelez-vous en", dit le refrain avant de demander : "quand cette sempiternelle tragédie arrêtera-t-elle de se reproduire ?"

Tan Weiwei énumère aussi les mots qui avilissent, qui salissent et précèdent généralement la violence. Autant d’éléments qui font écho à des drames récents qui ont fait la une des journaux en Chine, comme le rappelle le South China Morning Post : le meurtre d’une blogueuse, Lhamo, morte après avoir été aspergée d’essence et immolée par son ex-mari en septembre, ou encore le cas d’une femme à Hangzhou, tuée et démembrée par son conjoint. Les violences faites aux femmes ne se limitent pas à un pays, ou à une culture. C’est un fléau mondial, la Chine n’y échappe pas. Encore fallait-il le dire.

Je ne suis pas "courageuse", je prends simplement mes responsabilités

Tan Weiwei

sur le réseau social Weibo

Ce que fait Tan Weiwei est donc une première, jamais une chanteuse n’avait osé mettre le sujet sur la table. D’ailleurs, sur le réseau social Weibo, certains s’inquiètent : la chanson va-t-elle être censurée ? C’est courageux mais n’est-elle pas allée trop loin ? Ce à quoi elle a elle-même répondu : "Je ne suis pas courageuse, je prends simplement mes responsabilités." Il n’y a pas de vaccin contre les violences faites aux femmes, mais il y a l’éducation, des messages forts que peuvent passer les voix qui comptent et donc les chansons.

La chanteuse Tan Weiwei lors d\'un gala à Shanghaï (Chine), le 23 juin 2019.
La chanteuse Tan Weiwei lors d'un gala à Shanghaï (Chine), le 23 juin 2019. (MAXPPP)