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Surnommée la "grand-mère de Lesbos", Emilia Kamvysi, photographiée en train de donner le biberon à un bébé réfugié, est morte

Emilia Kamvysi s'est éteinte à l'âge de 93 ans. Elle était devenue le symbole de la solidarité de la population grecque face à la crise migratoire.
Article rédigé par Céline Asselot
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Emilia Kamvysi, la "grand-mère de Lesbos" nommée au prix Nobel de la Paix, dans sa maison du village de Skala Sikamias sur l'île de Lesbos le 5 octobre 2016. (ANGELOS TZORTZINIS / AFP)

Elle a une retraite plutôt paisible, Emilia Kamvysi, dans sa petite maison blanche ornée d’un rosier. Elle aime cuisiner pour ses petits-enfants, regarder les infos à la télé et aller s’asseoir avec ses copines Maritsa et Efstratia sur le banc du village qui fait face à la mer. Elle n’a pas beaucoup d’argent, elle touche 350 euros de retraite par mois après une vie à travailler à la ferme, mais elle dit n’avoir besoin de rien.

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C’est une retraite comme il en existe tant d’autres à travers le monde, sauf que nous sommes à Lesbos, l’île grecque la plus proche des côtes de la Turquie, la porte d’entrée en Europe de centaines de milliers de réfugiés. Alors forcément, la vie n’est pas tout à fait la même qu’ailleurs et en 2015 au plus fort de la crise migratoire un photographe prend un cliché qui va tout changer : sur cette photo, on voit les trois grands-mères sur leur banc avec leurs cannes, leurs bas noirs et leurs robes à fleurs, mais surtout avec un bébé dans les bras d’Emilia à qui elle donne le biberon. C’est un réfugié syrien arrivé en bateau avec sa mère quelques heures plus tôt.

Cette image a fait le tour du monde symbolisant une population grecque en première ligne – et souvent bien seule – face à la crise migratoire, symbolisant aussi la solidarité qui finit toujours par émerger malgré les problèmes logistiques et économiques posés par cet afflux de migrants dans un pays qui se remettait tout juste d’une grave crise financière.

Quelques mois plus tard, un groupe d’universitaires et d’avocats grecs ont décidé de proposer la candidature d’Emilia, de Maritsa et Efstratia pour le prix Nobel de la paix, et voilà les grands-mères de Lesbos en compétition avec le pape François ou la chancelière Angela Merkel. Elles n’ont finalement pas gagné (le Nobel est allé cette année-là au président colombien pour ses efforts dans le processus de paix avec les Farc) mais c’est presque tant mieux : qu’aurait-elle fait de ce prix ?, s’interroge Emilia face aux journalistes du monde entier, venus la rencontrer dans sa petite maison blanche. Elle leur raconte l’histoire de ses parents, des Grecs installés sur l’île turque de Cunda qui ont été persécutés, menacés de mort lorsqu’a éclaté en 1922 la guerre entre la Turquie et la Grèce et qui sont partis : “ils ont fui sur des bateaux de pêcheurs" dit-elle “avec pour simple bagage des ballots de vêtements et une machine à coudre” et ils sont venus à Lesbos chercher un avenir meilleur, exactement comme les migrants syriens un siècle plus tard. 

Il y a quelques années, Maritsa et Efstratia sont mortes, Emilia était la dernière des grands-mères de Lesbos. Elle s’est éteinte hier à l’âge de 93 ans et ses funérailles seront célébrées lundi 13 mars sur son île dont elle a donné une si belle image. “Nous n’avons pas fait grand-chose” disait-elle un peu gênée face à cette notoriété tardive, “nous avons juste offert de l’amour, car c'était la seule chose que nous avions à donner”.

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